Évaluation de la déformabilité du sol

Évaluation de la déformabilité du sol

Évaluation de la déformabilité du sol

Contexte : Le sol, un support vivant et déformable.

En géotechnique, l'une des vérifications les plus critiques pour tout projet de construction est l'évaluation des tassements. Contrairement à l'acier ou au béton, le sol est un matériau complexe dont le comportement peut varier énormément. Un bâtiment, un pont ou un remblai applique des charges sur le sol qui, en réponse, se comprime. Ce phénomène, appelé tassementLe tassement est l'enfoncement vertical du sol sous l'effet d'une charge. On distingue le tassement immédiat (élastique), le tassement de consolidation (évacuation de l'eau) et le tassement secondaire (fluage)., doit être anticipé et calculé avec précision pour éviter des dommages structurels (fissures, inclinaison) et garantir la sécurité et la durabilité de l'ouvrage. Cet exercice vous guidera dans le calcul du tassement de consolidation d'une fondation sur un sol argileux, en utilisant les résultats d'un essai œdométrique.

Remarque Pédagogique : Cet exercice illustre la démarche fondamentale de l'ingénieur géotechnicien. À partir d'essais en laboratoire (l'essai œdométrique) qui caractérisent la compressibilité d'un échantillon de sol, nous allons prédire le comportement à grande échelle d'une couche de sol sous une fondation réelle. C'est un parfait exemple de la liaison entre la caractérisation du matériau et le calcul de structure.


Objectifs Pédagogiques

  • Calculer la contrainte effective initiale dans un massif de sol.
  • Estimer l'augmentation de contrainte due à une charge de fondation.
  • Interpréter les paramètres de compressibilité d'un sol (e₀, Cc, σ'p).
  • Déterminer l'état de consolidation d'un sol (normalement consolidé ou surconsolidé).
  • Appliquer la méthode œdométrique pour calculer le tassement final.

Données de l'étude

Une semelle filante de largeur B = 2 m, supportant une charge uniformément répartie q = 150 kPa, est fondée à une profondeur D = 1 m. Le sol de fondation est une couche d'argile saturée de 8 m d'épaisseur, reposant sur un substratum rocheux imperméable. La nappe phréatique est à la surface du sol. Un essai œdométrique sur un échantillon prélevé au milieu de la couche d'argile a donné les résultats suivants :

Schéma du problème géotechnique
Nappe q = 150 kPa D = 1 m B = 2 m Argile saturée γ_sat = 19 kN/m³ Substratum rocheux Point A H = 8 m
Paramètre Symbole Valeur Unité
Poids volumique saturé \(\gamma_{\text{sat}}\) 19 \(\text{kN}/\text{m}^3\)
Indice des vides initial \(e_0\) 0.9 -
Indice de compression \(C_c\) 0.4 -
Contrainte de préconsolidation \(\sigma'_{\text{p}}\) 80 \(\text{kPa}\)
Poids volumique de l'eau \(\gamma_{\text{w}}\) 9.81 \(\text{kN}/\text{m}^3\)

Questions à traiter

  1. Calculer la contrainte verticale effective initiale \(\sigma'_{\text{v0}}\) au milieu de la couche d'argile.
  2. Calculer l'augmentation de contrainte verticale \(\Delta\sigma'_{\text{v}}\) au milieu de la couche d'argile due à la fondation (on utilisera la méthode de diffusion simplifiée à 2V:1H).
  3. Le sol est-il normalement consolidé ou surconsolidé ? Justifier.
  4. Calculer le tassement de consolidation final \(S_{\text{c}}\) de la couche d'argile en cm.

Les bases de la Mécanique des Sols

Avant de plonger dans la correction, revoyons quelques concepts géotechniques fondamentaux.

1. La Contrainte Effective (Principe de Terzaghi) :
Le squelette solide du sol est le seul à pouvoir résister aux efforts de cisaillement. La contrainte qui s'exerce sur ce squelette est la contrainte effective \(\sigma'\). Elle est égale à la contrainte totale \(\sigma\) (poids des terres et de l'eau) moins la pression de l'eau interstitielle \(u\). \[ \sigma' = \sigma - u \] C'est cette contrainte effective qui gouverne la résistance et la déformabilité du sol.

2. La Consolidation :
Lorsqu'on charge un sol argileux saturé, la charge est d'abord reprise par l'eau interstitielle (incompressible). Cela crée une surpression hydraulique. Avec le temps, l'eau s'évacue lentement (car l'argile est peu perméable), la surpression diminue et la charge est transférée progressivement au squelette solide. Ce processus de dissipation de la surpression, accompagné d'une réduction de volume (tassement), est la consolidation.

3. L'Essai Œdométrique :
Cet essai de laboratoire simule la consolidation en 1D. On applique des charges verticales sur un échantillon de sol et on mesure sa déformation. Le résultat est une courbe (Indice des vides \(e\) en fonction du logarithme de la contrainte effective \(\log(\sigma')\)). De cette courbe, on tire des paramètres clés comme l'indice de compression \(C_c\), qui représente la pente de la droite de compression vierge, et la contrainte de préconsolidation \(\sigma'_{\text{p}}\), qui est la plus grande contrainte que le sol ait subie dans son histoire.


Correction : Évaluation de la déformabilité du sol

Question 1 : Calculer la contrainte effective initiale (\(\sigma'_{\text{v0}}\))

Principe (le concept physique)

Avant toute construction, le sol à une certaine profondeur est déjà soumis au poids des terres situées au-dessus. La contrainte effective initiale est cette contrainte "historique" qui existe dans le sol. Elle est fondamentale car elle constitue notre point de départ. Pour la calculer, on détermine le poids total des terres (contrainte totale) et on soustrait la pression de l'eau à cette même profondeur.

Mini-Cours (approfondissement théorique)

Le principe de la contrainte effective de Terzaghi est le pilier de la mécanique des sols. La contrainte totale (\(\sigma\)) en un point est la force totale par unité de surface, supportée à la fois par les grains solides et l'eau. La pression de l'eau (\(u\)) agit dans toutes les directions et tend à écarter les grains. La contrainte effective (\(\sigma'\)) est la différence, représentant les forces de contact entre les grains. C'est cette contrainte qui contrôle le changement de volume (tassement) et la résistance au cisaillement du sol.

Remarque Pédagogique (le conseil du professeur)

Imaginez une éponge saturée d'eau dans un sac plastique. Si vous pressez le sac, au début, seule la pression de l'eau augmente. Les grains de l'éponge ne sentent rien. C'est la contrainte totale. Si vous percez un petit trou, l'eau s'échappe, la pression de l'eau diminue, et l'éponge se comprime. La force que vous appliquez est maintenant transmise aux grains de l'éponge : c'est la contrainte effective qui augmente.

Normes (la référence réglementaire)

Le calcul des contraintes dans le sol est une étape de base requise par toutes les normes de conception géotechnique, notamment l'Eurocode 7 (EN 1997). Ces normes spécifient comment déterminer les poids volumiques des sols et la position des niveaux d'eau pour effectuer ce calcul.

Formule(s) (l'outil mathématique)

La contrainte effective \(\sigma'_{\text{v0}}\) à une profondeur \(z\) est donnée par :

\[ \sigma'_{\text{v0}} = \sigma_{\text{v0}} - u_0 \]

Avec la contrainte totale \(\sigma_{\text{v0}}\) et la pression interstitielle \(u_0\) :

\[ \sigma_{\text{v0}} = \gamma_{\text{sat}} \cdot z \quad \text{et} \quad u_0 = \gamma_{\text{w}} \cdot z \]

On peut aussi utiliser directement le poids volumique déjaugé \(\gamma' = \gamma_{\text{sat}} - \gamma_{\text{w}}\)

\[ \sigma'_{\text{v0}} = \gamma' \cdot z = (\gamma_{\text{sat}} - \gamma_{\text{w}}) \cdot z \]
Hypothèses (le cadre du calcul)

On suppose que le sol est homogène, que la nappe est hydrostatique (pas d'écoulement d'eau vertical) et que la surface du sol est horizontale.

Donnée(s) (les chiffres d'entrée)
  • Profondeur du point de calcul (milieu de la couche) : \(z = 1 + 8/2 = 5 \, \text{m}\)
  • Poids volumique saturé, \(\gamma_{\text{sat}} = 19 \, \text{kN}/\text{m}^3\)
  • Poids volumique de l'eau, \(\gamma_{\text{w}} = 9.81 \, \text{kN}/\text{m}^3\)
Astuces(Pour aller plus vite)

L'utilisation du poids volumique déjaugé (\(\gamma'\)) est presque toujours plus rapide lorsque le sol est sous la nappe phréatique. Calculez \(\gamma' = 19 - 9.81 = 9.19\) kN/m³ une seule fois, puis multipliez simplement par la profondeur. Cela évite de calculer séparément \(\sigma\) et \(u\).

Schéma (Avant les calculs)
Profil de Contraintes Verticales
z (m)0z=5z=9Contrainte (kPa)σ'v0 = ?
Calcul(s) (l'application numérique)

Calcul avec le poids volumique déjaugé :

\[ \begin{aligned} \sigma'_{\text{v0}} &= (\gamma_{\text{sat}} - \gamma_{\text{w}}) \cdot z \\ &= (19 - 9.81) \, \text{kN}/\text{m}^3 \cdot 5 \, \text{m} \\ &= 9.19 \, \text{kN}/\text{m}^3 \cdot 5 \, \text{m} \\ &= 45.95 \, \text{kPa} \end{aligned} \]
Schéma (Après les calculs)
Profil de Contraintes avec Valeur
z (m)05σ'v0 ≈ 46 kPaσv0 = 95
Réflexions (l'interprétation du résultat)

Au milieu de la couche d'argile, le squelette solide subit une contrainte de 45.95 kPa. C'est cette valeur qui sera comparée à la contrainte de préconsolidation pour déterminer l'histoire du sol, et c'est à partir de cette valeur que le tassement sera calculé.

Points de vigilance (les erreurs à éviter)

L'erreur la plus commune est d'oublier de soustraire la pression de l'eau, c'est-à-dire de travailler en contraintes totales. En mécanique des sols, presque tous les calculs de déformabilité et de résistance se font en contraintes effectives. Une autre erreur est de mal calculer la profondeur z.

Points à retenir (permettre a l'apprenant de maitriser la question)
  • La contrainte effective est la clé : \(\sigma' = \sigma - u\).
  • Sous la nappe, il est simple d'utiliser le poids volumique déjaugé : \(\gamma' = \gamma_{\text{sat}} - \gamma_{\text{w}}\).
  • La contrainte effective initiale est le point de départ de tout calcul de tassement.
Le saviez-vous ? (la culture de l'ingénieur)

Le phénomène de subsidence de certaines villes, comme Mexico ou Venise, est un exemple spectaculaire de consolidation à grande échelle. Le pompage excessif de l'eau des nappes souterraines a fait chuter la pression interstitielle (\(u\)), augmentant ainsi la contrainte effective (\(\sigma'\)) sur des couches d'argile très compressibles, provoquant l'enfoncement de la ville sur plusieurs mètres.

FAQ (pour lever les doutes)
Résultat Final (la conclusion chiffrée)
La contrainte verticale effective initiale au milieu de la couche d'argile est d'environ 46 kPa.
A vous de jouer(pour verifier la comprehension de l'etudiant parrapport a la question)

Quelle serait la contrainte effective initiale \(\sigma'_{\text{v0}}\) (en kPa) à la base de la couche d'argile (z=9m) ?

Question 2 : Calculer l'augmentation de contrainte (\(\Delta\sigma'_{\text{v}}\))

Principe (le concept physique)

La charge appliquée par la fondation en surface ne reste pas concentrée. Elle se diffuse dans le massif de sol en profondeur, un peu comme le faisceau d'une lampe de poche qui s'élargit. L'augmentation de contrainte est donc maximale juste sous la fondation et diminue avec la profondeur. Nous devons estimer cette augmentation au point de calcul (milieu de la couche) pour savoir quelle "surcharge" le sol va réellement subir.

Mini-Cours (approfondissement théorique)

La répartition des contraintes dans un massif de sol sous une charge est un problème complexe. La solution théorique exacte pour un milieu élastique, homogène et isotrope a été développée par Boussinesq. Cependant, cette solution implique des calculs complexes (abaques, intégrales). Pour les calculs courants, des méthodes approchées comme la diffusion à 2V:1H (2 de pente verticale pour 1 d'horizontale) donnent une estimation raisonnable et rapide de la dissipation de la contrainte avec la profondeur.

Remarque Pédagogique (le conseil du professeur)

Imaginez que vous appuyez avec votre doigt sur un coussin épais. La pression est très forte juste sous votre doigt, mais si vous mettez votre main à l'intérieur du coussin, plus bas, vous sentirez une pression beaucoup plus faible et répartie sur une plus grande surface. C'est exactement ce que modélise la formule de diffusion : la même force (charge) se répartit sur une surface de plus en plus grande en profondeur.

Normes (la référence réglementaire)

L'Eurocode 7 ne prescrit pas une méthode unique pour le calcul de la diffusion des contraintes, laissant le choix à l'ingénieur. Les méthodes simplifiées comme celle à 2V:1H sont largement acceptées pour les études préliminaires, tandis que des méthodes plus précises (abaques de Fadum, logiciels aux éléments finis) sont utilisées pour les projets complexes.

Formule(s) (l'outil mathématique)

La méthode de diffusion à 2V:1H suppose que la charge se répartit sur une largeur qui augmente avec la profondeur \(z\) sous la fondation.

\[ \Delta\sigma'_{\text{v}} = \frac{Q}{A(z)} = \frac{(q \cdot B \cdot L)}{(B+z)(L+z)} \]

Pour une semelle filante (longueur L considérée comme infinie), la formule se simplifie en :

\[ \Delta\sigma'_{\text{v}} = \frac{q \cdot B}{B+z} \]

où \(z\) est la profondeur depuis la base de la fondation.

Hypothèses (le cadre du calcul)

On suppose que la charge de la fondation se diffuse linéairement avec une pente de 2V:1H. Cette méthode est une approximation qui ne tient pas compte de la rigidité du sol ou de la fondation.

Donnée(s) (les chiffres d'entrée)
  • Contrainte appliquée par la fondation, \(q = 150 \, \text{kPa}\)
  • Largeur de la fondation, \(B = 2 \, \text{m}\)
  • Profondeur du point A sous la base de la fondation : \(z = 5 \, \text{m} - 1 \, \text{m} = 4 \, \text{m}\)
Astuces(Pour aller plus vite)

Attention, la profondeur \(z\) dans cette formule est comptée à partir du NIVEAU DE FONDATION, et non de la surface du sol. C'est une erreur très fréquente. Dans notre cas, le point de calcul est à 5m de la surface et la fondation est à 1m, donc z = 5 - 1 = 4 m.

Schéma (Avant les calculs)
Diffusion de la Charge (2V:1H)
qΔσ'v = ?z=4m
Calcul(s) (l'application numérique)

On applique la formule simplifiée pour la semelle filante.

\[ \begin{aligned} \Delta\sigma'_{\text{v}} &= \frac{q \cdot B}{B+z} \\ &= \frac{150 \, \text{kPa} \cdot 2 \, \text{m}}{2 \, \text{m} + 4 \, \text{m}} \\ &= \frac{300}{6} \, \text{kPa} \\ &= 50 \, \text{kPa} \end{aligned} \]
Schéma (Après les calculs)
Diffusion avec Valeur Calculée
q=150 kPaΔσ'v = 50 kPa
Réflexions (l'interprétation du résultat)

La charge de 150 kPa appliquée en surface ne génère plus qu'une augmentation de contrainte de 50 kPa au milieu de la couche d'argile. La contrainte effective finale à ce point sera donc \(\sigma'_{\text{vf}} = \sigma'_{\text{v0}} + \Delta\sigma'_{\text{v}} = 46 + 50 = 96\) kPa. C'est ce changement d'état de contrainte qui va provoquer le tassement.

Points de vigilance (les erreurs à éviter)

Ne pas utiliser la bonne profondeur \(z\) (depuis la base de la fondation) est l'erreur principale. Il faut aussi s'assurer que la contrainte \(q\) est la contrainte nette appliquée par l'ouvrage. Si on avait un déblai avant de construire, il faudrait en tenir compte.

Points à retenir (permettre a l'apprenant de maitriser la question)
  • La charge d'une fondation se diffuse en profondeur.
  • L'augmentation de contrainte \(\Delta\sigma'_{\text{v}}\) diminue avec la profondeur.
  • La méthode 2V:1H est une approximation simple et courante pour ce calcul.
Le saviez-vous ? (la culture de l'ingénieur)

L'influence de la forme de la fondation est importante. Pour une même charge \(q\) et une même surface, une fondation carrée dissipera sa charge un peu plus vite en profondeur qu'une fondation filante très longue. Les calculs précis (Boussinesq) permettent de quantifier cette différence.

FAQ (pour lever les doutes)
Résultat Final (la conclusion chiffrée)
L'augmentation de contrainte au milieu de la couche d'argile est de 50 kPa.
A vous de jouer(pour verifier la comprehension de l'etudiant parrapport a la question)

Si la largeur de la semelle était de B = 4 m (avec la même charge q=150 kPa), quelle serait la nouvelle augmentation de contrainte \(\Delta\sigma'_{\text{v}}\) (en kPa) à la même profondeur ?

Question 3 : Déterminer l'état de consolidation du sol

Principe (le concept physique)

L'histoire géologique d'un sol (érosion, passage de glaciers, variations de la nappe) laisse une "mémoire" de la contrainte maximale qu'il a subie. Cette mémoire est la contrainte de préconsolidation \(\sigma'_{\text{p}}\). En la comparant à la contrainte actuelle \(\sigma'_{\text{v0}}\), on peut savoir si le sol est "naïf" (n'a jamais été plus chargé qu'aujourd'hui) ou s'il a déjà "connu pire".

Mini-Cours (approfondissement théorique)

La courbe œdométrique \(e-\log(\sigma')\) présente une rupture de pente. Cette rupture, déterminée graphiquement par la méthode de Casagrande, correspond à \(\sigma'_{\text{p}}\). Si \(\sigma'_{\text{v0}} < \sigma'_{\text{p}}\), le sol est surconsolidé (OC). Toute charge additionnelle le fera se recompresser le long d'une pente douce (indice de recompression \(C_r\)) jusqu'à atteindre \(\sigma'_{\text{p}}\). Au-delà, il suivra la pente raide de la compression vierge (indice de compression \(C_c\)). Si \(\sigma'_{\text{v0}} \approx \sigma'_{\text{p}}\), le sol est normalement consolidé (NC) et toute charge le fera tasser le long de la pente \(C_c\).

Remarque Pédagogique (le conseil du professeur)

Pensez à un carton que vous pliez pour la première fois : il faut forcer pour créer le pli (compression vierge). Si vous le dépliez et le repliez, cela demande beaucoup moins d'effort (recompression). La contrainte de préconsolidation est la "force" maximale que le "carton" du sol a déjà subie. Tant qu'on reste en dessous, il se déforme peu. Si on dépasse, on crée un "nouveau pli" et la déformation est beaucoup plus grande.

Normes (la référence réglementaire)

La détermination des paramètres de compressibilité (\(C_c\), \(\sigma'_{\text{p}}\)) à partir de l'essai de consolidation unidimensionnelle est standardisée, par exemple par la norme ASTM D2435. La méthode graphique de Casagrande est la procédure la plus universellement reconnue pour déterminer \(\sigma'_{\text{p}}\).

Formule(s) (l'outil mathématique)

On compare simplement \(\sigma'_{\text{v0}}\) et \(\sigma'_{\text{p}}\) :

\[ \begin{cases} \text{Si } \sigma'_{\text{v0}} \approx \sigma'_{\text{p}} & \rightarrow \text{Sol Normalement Consolidé (NC)} \\ \text{Si } \sigma'_{\text{v0}} < \sigma'_{\text{p}} & \rightarrow \text{Sol Surconsolidé (OC)} \end{cases} \]

On définit le rapport de surconsolidation (OCR) :

\[ \text{OCR} = \frac{\sigma'_{\text{p}}}{\sigma'_{\text{v0}}} \]
Hypothèses (le cadre du calcul)

On suppose que l'échantillon testé en laboratoire est de bonne qualité et parfaitement représentatif de la couche de sol in-situ au point de calcul.

Donnée(s) (les chiffres d'entrée)
  • Contrainte effective initiale, \(\sigma'_{\text{v0}} = 46 \, \text{kPa}\) (du calcul Q1)
  • Contrainte de préconsolidation, \(\sigma'_{\text{p}} = 80 \, \text{kPa}\)
Astuces(Pour aller plus vite)

Le calcul de l'OCR donne une idée immédiate de l'état du sol. Si OCR = 1, le sol est NC. Si OCR > 1, il est OC. Plus l'OCR est élevé, plus le sol est "raide" pour de faibles chargements. Pensez aussi à vérifier où se situe la contrainte finale \(\sigma'_{\text{vf}}\) par rapport à \(\sigma'_{\text{p}}\), car cela déterminera la formule de tassement à utiliser.

Schéma (Avant les calculs)
Courbe Œdométrique Théorique
σ'pσ'v0log(σ')e
Calcul(s) (l'application numérique)

On compare les deux valeurs :

\[ 46 \, \text{kPa} < 80 \, \text{kPa} \quad \Rightarrow \quad \sigma'_{\text{v0}} < \sigma'_{\text{p}} \]

Le sol est donc surconsolidé. On peut calculer l'OCR :

\[ \text{OCR} = \frac{80 \, \text{kPa}}{46 \, \text{kPa}} \approx 1.74 \]
Schéma (Après les calculs)
Position des Contraintes sur la Courbe
σ'p=80σ'v0=46σ'vf=96
Réflexions (l'interprétation du résultat)

L'OCR de 1.74 indique que le sol est légèrement surconsolidé. Cela signifie que pour des faibles chargements (tant que la contrainte finale reste inférieure à 80 kPa), le sol se déformera peu. Si on dépasse cette contrainte de préconsolidation, le sol "oublie" son passé et se comprime beaucoup plus, comme un sol normalement consolidé. Dans notre cas, la contrainte finale est \(\sigma'_{\text{vf}} = 96\) kPa, ce qui est supérieur à \(\sigma'_{\text{p}}\). Le tassement se fera donc en deux phases : une faible recompression jusqu'à 80 kPa, puis une forte compression vierge au-delà.

Points de vigilance (les erreurs à éviter)

Ne pas identifier correctement l'état de consolidation est une erreur majeure, car la formule de calcul du tassement en dépend directement. Un sol OC se tasse beaucoup moins qu'un sol NC pour la même augmentation de contrainte (tant qu'on ne dépasse pas \(\sigma'_{\text{p}}\)).

Points à retenir (permettre a l'apprenant de maitriser la question)
  • Si \(\sigma'_{\text{v0}} < \sigma'_{\text{p}}\), le sol est Surconsolidé (OC).
  • Si \(\sigma'_{\text{v0}} \approx \sigma'_{\text{p}}\), le sol est Normalement Consolidé (NC).
  • L'OCR quantifie le degré de surconsolidation.
  • L'état de consolidation détermine la formule de tassement à utiliser.
Le saviez-vous ? (la culture de l'ingénieur)

Certains sols argileux présentent un phénomène de "vieillissement" ou "fluage secondaire" qui peut augmenter leur contrainte de préconsolidation apparente, même sans avoir été chargés puis déchargés. Le temps lui-même peut "figer" la structure du sol et le rendre plus rigide, créant une légère surconsolidation.

FAQ (pour lever les doutes)
Résultat Final (la conclusion chiffrée)
Comme \(\sigma'_{\text{v0}} < \sigma'_{\text{p}}\), le sol est surconsolidé avec un OCR d'environ 1.74.
A vous de jouer(pour verifier la comprehension de l'etudiant parrapport a la question)

Si l'essai œdométrique avait donné \(\sigma'_{\text{p}}\) = 40 kPa, le sol serait-il NC ou OC ?

Question 4 : Calculer le tassement de consolidation final (\(S_{\text{c}}\))

Principe (le concept physique)

Le tassement est la conséquence directe de la réduction de l'indice des vides de la couche d'argile sous l'effet de l'augmentation de contrainte effective. La formule œdométrique relie cette variation de l'indice des vides (via les paramètres \(C_c\) ou \(C_r\)) à la déformation verticale de la couche sur toute son épaisseur H.

Mini-Cours (approfondissement théorique)

La déformation verticale d'une couche de sol (\(\epsilon_v\)) est liée à la variation de son indice des vides (\(\Delta e\)) par la relation : \(\epsilon_v = \Delta e / (1+e_0)\). Dans l'essai œdométrique, on trouve que \(\Delta e = C_c \log(\sigma'_{\text{vf}}/\sigma'_{\text{v0}})\) pour un sol NC. En combinant ces deux relations, on obtient la déformation \(\epsilon_v\). Le tassement total \(S_{\text{c}}\) est simplement cette déformation multipliée par l'épaisseur totale de la couche : \(S_{\text{c}} = \epsilon_v \cdot H\). C'est l'origine de la formule finale.

Remarque Pédagogique (le conseil du professeur)

La formule peut sembler intimidante, mais elle est logique. Le terme \(\frac{C_c}{1+e_0}\) représente la compressibilité du matériau. Le terme \(H\) représente l'épaisseur de la "couche de coussin" qui va se tasser. Et le terme \(\log_{10}(\frac{\sigma'_{\text{vf}}}{\sigma'_{\text{v0}}})\) représente l'ampleur du changement de charge. Le tassement est simplement le produit de ces trois facteurs : (Compressibilité du matériau) x (Épaisseur) x (Ampleur du chargement).

Normes (la référence réglementaire)

L'Eurocode 7 exige la vérification des États Limites de Service (ELS). Le tassement est un critère d'ELS majeur. La norme ne donne pas de valeurs limites absolues, mais stipule que les tassements (totaux et différentiels) ne doivent pas altérer l'apparence, le confort des usagers ou le fonctionnement de la structure. Des valeurs typiques de tassement admissible sont de l'ordre de 2 à 5 cm pour les fondations superficielles.

Formule(s) (l'outil mathématique)

Puisque le sol est surconsolidé et que la contrainte finale \(\sigma'_{\text{vf}} = 96\) kPa dépasse la contrainte de préconsolidation \(\sigma'_{\text{p}} = 80\) kPa, nous devrions utiliser une formule en deux parties. Cependant, l'indice de recompression \(C_r\) n'est pas donné. L'énoncé suggère donc d'utiliser la formule pour un sol Normalement Consolidé comme approximation conservative (elle majore le tassement).

\[ S_{\text{c}} = \frac{C_c}{1+e_0} \cdot H \cdot \log_{10}\left(\frac{\sigma'_{\text{vf}}}{\sigma'_{\text{v0}}}\right) \]

avec \(\sigma'_{\text{vf}} = \sigma'_{\text{v0}} + \Delta\sigma'_{\text{v}}\).

Hypothèses (le cadre du calcul)

On suppose que le tassement est purement unidimensionnel (vertical), que les paramètres \(e_0\) et \(C_c\) sont constants sur toute l'épaisseur de la couche, et que la formule pour un sol NC est une approximation acceptable.

Donnée(s) (les chiffres d'entrée)
  • Indice de compression, \(C_c = 0.4\)
  • Indice des vides initial, \(e_0 = 0.9\)
  • Épaisseur de la couche, \(H = 8 \, \text{m}\)
  • Contrainte effective initiale, \(\sigma'_{\text{v0}} = 46 \, \text{kPa}\)
  • Contrainte effective finale, \(\sigma'_{\text{vf}} = 46 + 50 = 96 \, \text{kPa}\)
Astuces(Pour aller plus vite)

Faites attention aux unités ! Si H est en mètres, le tassement sera en mètres. N'oubliez pas de convertir en centimètres à la fin, car c'est l'unité usuelle pour les tassements. Vérifiez aussi l'ordre de grandeur : un tassement de plusieurs mètres est improbable, un tassement de quelques millimètres est souvent négligeable. Pour les fondations superficielles, on s'attend à des centimètres.

Schéma (Avant les calculs)
Concept du Tassement de la Couche
HSc = ?
Calcul(s) (l'application numérique)

On applique la formule en utilisant des unités cohérentes. Le résultat sera en mètres.

\[ \begin{aligned} S_{\text{c}} &= \frac{C_c}{1+e_0} \cdot H \cdot \log_{10}\left(\frac{\sigma'_{\text{vf}}}{\sigma'_{\text{v0}}}\right) \\ &= \frac{0.4}{1+0.9} \cdot 8 \, \text{m} \cdot \log_{10}\left(\frac{96 \, \text{kPa}}{46 \, \text{kPa}}\right) \\ &= \frac{0.4}{1.9} \cdot 8 \cdot \log_{10}(2.087) \\ &= 0.2105 \cdot 8 \cdot 0.3195 \\ &\approx 0.538 \, \text{m} \end{aligned} \]

Conversion en centimètres :

\[ S_{\text{c}} = 0.538 \, \text{m} \times 100 = 53.8 \, \text{cm} \]
Schéma (Après les calculs)
Tassement Final Calculé
Tassement = 54 cm !
Réflexions (l'interprétation du résultat)

Un tassement de près de 54 cm est énorme et inacceptable pour la plupart des structures. Ce résultat met en évidence la très grande compressibilité de cette couche d'argile. En tant qu'ingénieur, une telle valeur conduirait immédiatement à rejeter la solution de fondation superficielle. Il faudrait envisager des solutions alternatives : un traitement de sol (colonnes ballastées, etc.), un allègement de la structure, ou plus probablement des fondations profondes (pieux) pour reporter les charges sur le substratum rocheux.

Points de vigilance (les erreurs à éviter)

Utiliser la mauvaise formule de tassement (NC vs OC) est une erreur critique. De plus, attention au logarithme : la formule utilise un logarithme en base 10, pas un logarithme népérien (ln). Enfin, assurez-vous que l'épaisseur H est bien celle de la couche compressible (ici 8 m).

Points à retenir (permettre a l'apprenant de maitriser la question)
  • Le tassement dépend de la compressibilité du sol (\(C_c\)), de l'épaisseur de la couche (\(H\)) et du ratio des contraintes (\(\log(\sigma'_{\text{vf}}/\sigma'_{\text{v0}})\)).
  • La formule de tassement est différente pour les sols NC et OC.
  • Le résultat doit être comparé aux tassements admissibles pour l'ouvrage.
Le saviez-vous ? (la culture de l'ingénieur)

La Tour de Pise est l'exemple le plus célèbre de problème de tassement. Son inclinaison est due à un tassement différentiel : la couche d'argile sous la tour est plus compressible d'un côté que de l'autre. Des travaux de stabilisation complexes, notamment par extraction de sol (sous-excavation), ont permis de redresser partiellement la tour et de garantir sa stabilité pour les siècles à venir.

FAQ (pour lever les doutes)
Résultat Final (la conclusion chiffrée)
Le tassement de consolidation final calculé est d'environ 54 cm.
A vous de jouer(pour verifier la comprehension de l'etudiant parrapport a la question)

Si le sol était moins compressible avec un indice \(C_c\) = 0.2, quel serait le nouveau tassement final (en cm) ?


Outil Interactif : Paramètres du Tassement

Modifiez les paramètres du projet pour voir leur influence sur le tassement final.

Paramètres d'Entrée
150 kPa
2 m
8 m
Résultats Clés
Augmentation Contrainte (\(\Delta\sigma'_{\text{v}}\)) -
Tassement Final (cm) -
Tassement Admissible ~ 5 cm

Le Saviez-Vous ?

Karl von Terzaghi (1883-1963) est universellement reconnu comme le "père de la mécanique des sols". C'est lui qui, en 1925, a publié le premier traité moderne sur le sujet, en introduisant notamment le concept fondamental de contrainte effective. Son travail a transformé la géotechnique, qui était alors un art empirique, en une véritable science de l'ingénieur.


Foire Aux Questions (FAQ)

Le tassement calculé est-il instantané ?

Non, c'est une différence majeure avec les matériaux comme l'acier. Le tassement de consolidation dans les argiles est un processus très lent qui peut prendre des années, voire des décennies, pour se produire complètement. Le calcul nous donne la valeur finale, mais des calculs plus complexes sont nécessaires pour connaître la vitesse du tassement en fonction du temps.

Pourquoi ne calcule-t-on le tassement qu'au milieu de la couche ?

C'est une simplification courante et efficace. On considère que le point au milieu de la couche est représentatif du comportement moyen de toute la couche. Les contraintes (initiale et additionnelle) sont calculées en ce point, et on applique ensuite la déformation correspondante à l'ensemble de l'épaisseur H. Pour des calculs plus précis, on peut découper la couche en plusieurs sous-couches et sommer les tassements de chacune.


Quiz Final : Testez vos connaissances

1. Si l'indice de compression \(C_c\) d'un sol est plus élevé, le tassement final sera...

2. Un sol avec un OCR = 5 est...


Tassement de Consolidation
Réduction de volume d'un sol fin saturé due à l'expulsion progressive de l'eau interstitielle sous l'effet d'une charge. C'est un processus lent.
Indice des Vides (e)
Rapport du volume des vides sur le volume des grains solides dans un échantillon de sol. C'est une mesure de la compacité du sol.
Contrainte Effective (\(\sigma'\))
Fraction de la contrainte totale qui est supportée par le squelette solide du sol. Elle gouverne la résistance et la déformation du sol.
Contrainte de Préconsolidation (\(\sigma'_{\text{p}}\))
La plus grande contrainte effective historique qu'un sol a subie. C'est la "mémoire" du sol.
Évaluation de la déformabilité du sol

D’autres exercices de Géotechnique:

0 commentaires
Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *