Exercice corrigé EN 1993-1-1 EN 1993-1-5 EN 10025-2 EN 1990

Calcul de l'effort tranchant dans une poutre

GCÉquipe EtudiantGénieCivilMis à jour le 25 mars 2026 50 min de lecture
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Étude de cas · Note de calculs Réf. RDM-CIS-01

Calcul de l'effort tranchant dans une poutre

Combinaison fondamentale, aire de cisaillement, résistance plastique et élancement d'âme

NiveauLicence 3 / Bureau d'études
DomaineRésistance des matériaux
ThèmeCisaillement d'une poutre métallique et vérification réglementaire
PrérequisÉquilibre d'une poutre isostatique, diagramme d'effort tranchant, combinaisons d'actions
1. Présentation du Projet CAHIER DES CHARGES
Contexte de l'Étude & Enjeux

Le Contexte : Une passerelle piétonne franchit 6,00 m sur deux poutres latérales en profilé laminé. Le dimensionnement à la flexion a conduit au choix d'un IPE 300 en acier S355, et il reste à justifier la tenue au cisaillement. Cette vérification se joue aux appuis, là où l'effort tranchant est maximal, et elle ne se réduit pas à comparer une sollicitation à une résistance : le règlement impose en réalité trois contrôles distincts, dont l'un décide si des raidisseurs d'âme sont nécessaires et l'autre si la vérification en flexion peut être conduite séparément.

Les Points Clés du Projet

Pour avancer sereinement, voici les éléments fondamentaux que vous devez avoir à l'esprit. Gardez un œil attentif sur ces critères déterminants :

  • Deux sollicitations, deux sections critiques : L'effort tranchant est maximal aux appuis et nul à mi-travée ; le moment fléchissant fait exactement l'inverse. Les deux vérifications ne portent donc pas sur la même section.
  • Seule l'âme cisaille : Les semelles, perpendiculaires à l'effort, n'y participent presque pas. Le règlement définit une aire de cisaillement qui les retire, et qui ne vaut ici que 48 % de l'aire de la section.
  • Résister n'est pas ne pas voiler : Une âme élancée peut voiler bien avant d'atteindre sa résistance plastique. Un taux de travail faible ne dispense donc pas de vérifier l'élancement de l'âme.
Votre Mission :

Établir l'effort tranchant de calcul aux appuis et conduire les trois vérifications que le règlement impose à une âme non raidie.

  • Établir la charge : Appliquer la combinaison fondamentale à l'état limite ultime.
  • Établir la sollicitation : Déterminer l'expression de l'effort tranchant et sa valeur maximale.
  • Quantifier la résistance : Établir l'aire de cisaillement puis la résistance plastique de la section.
  • Conduire les trois vérifications : Résistance, élancement d'âme et interaction avec le moment fléchissant.
PLAN DE REPÉRAGE — PASSERELLE, CHARGES ET COUPE DU PROFILÉ
PASSERELLE — POUTRE LATÉRALE, CHARGES CARACTÉRISTIQUES ET COUPE DU PROFILÉ qk = 5,0 kN/m gk = 4,0 kN/m A B poutre latérale — profilé IPE 300, acier S355 L = 6,00 m entre appuis COUPE DU PROFILÉ h = 300 b = 150 âme mise en évidence DONNÉES DE L'ÉTUDE charges permanentes 4,0 kN/m aire de la section 53,8 cm² charges d'exploitation 5,0 kN/m épaisseur d'âme 7,1 mm limite d'élasticité 355 MPa épaisseur de semelle 10,7 mm
Livrables Attendus (Checklist) :
  • La charge linéique de calcul à l'état limite ultime.
  • L'expression de l'effort tranchant le long de la poutre et sa valeur maximale.
  • L'aire de cisaillement du profilé et sa résistance plastique au cisaillement.
  • Les trois vérifications réglementaires et la conclusion sur la nécessité de raidisseurs.
2. Données Techniques & Normes

Les charges sont fournies par leurs valeurs caractéristiques, séparées en permanentes et d'exploitation : c'est sous cette forme qu'une combinaison peut leur être appliquée. Les caractéristiques du profilé sont celles du catalogue du producteur ; on notera que l'aire de cisaillement n'y figure pas comme une donnée indépendante — elle se construit à partir des dimensions, et le calcul permettra de la contrôler.

Formulaire & Aide-Mémoire (À consulter en cas de besoin)

Retrouvez ici les formules principales pour cet exercice. Ne les apprenez pas par cœur, comprenez comment les appliquer !

  • Combinaison fondamentale à l'ELU \( \sum \gamma_{\text{G}} G_{\text{k}} + \gamma_{\text{Q}} Q_{\text{k,1}} + \sum \gamma_{\text{Q}} \psi_0 Q_{\text{k,i}} \)
  • Effort tranchant maximal, poutre bi-appuyée \( V_{\text{Ed}} = \dfrac{p_{\text{Ed}}\,L}{2} \)
  • Aire de cisaillement, profilé laminé en I \( A_{\text{v}} = A - 2\,b\,t_{\text{f}} + (t_{\text{w}} + 2r)\,t_{\text{f}} \)
  • Résistance plastique au cisaillement \( V_{\text{pl,Rd}} = \dfrac{A_{\text{v}}\,f_{\text{y}}}{\sqrt{3}\;\gamma_{\text{M0}}} \)
  • Élancement d'âme sans raidisseurs \( h_{\text{w}}/t_{\text{w}} \le 58 \) en S355
  • Interaction négligeable \( V_{\text{Ed}} \le 0{,}5\,V_{\text{pl,Rd}} \)
Hypothèses et Paramètres de l'Étude
La poutre : géométrie du profilé et matériau
Symbole Description Valeur Unité
\( L \) Portée entre appuis 6,00 m
\( A \) Aire de la section transversale du profilé IPE 300 53,8 cm²
\( h_{\text{w}} \) Hauteur de l'âme entre semelles, égale à la hauteur totale diminuée des deux épaisseurs de semelle 278,6 mm
\( t_{\text{w}} \) Épaisseur de l'âme — c'est elle qui reprend le cisaillement 7,1 mm
\( t_{\text{f}} \) Épaisseur des semelles 10,7 mm
\( r \) Rayon des congés de raccordement entre âme et semelles 15 mm
\( f_{\text{y}} \) Limite d'élasticité minimale de l'acier S355 pour une épaisseur nominale t ≤ 16 mm — l'âme mesure 7,1 mm et les semelles 10,7 mm EN 10025-2 355 MPa
\( \gamma_{\text{M0}} \) Coefficient partiel de résistance des sections, quelle que soit la classe EN 1993-1-1 § 6.1(1) 1,00
Ce que la géométrie impose
  • Poutre isostatique : réactions par la seule statique
  • Chargement symétrique : \( V \) maximal aux deux appuis
  • Âme non raidie : élancement à vérifier
Les actions et leurs coefficients partiels
Symbole Description Valeur Unité
\( g_{\text{k}} \) Charge permanente caractéristique : poids propre, platelage et garde-corps 4,0 kN/m
\( q_{\text{k}} \) Charge d'exploitation caractéristique représentant la foule — seule action variable de l'étude 5,0 kN/m
\( \gamma_{\text{G}} \) Coefficient partiel des actions permanentes, effet défavorable EN 1990, tableau A1.2(B) 1,35
\( \gamma_{\text{Q}} \) Coefficient partiel des actions variables, effet défavorable EN 1990, tableau A1.2(B) 1,50
Ce qu'il faut retenir des actions
  • Une seule action variable : aucun terme d'accompagnement
  • Effets défavorables : coefficients majorateurs retenus
  • Critère à satisfaire : \( V_{\text{Ed}} \le V_{\text{pl,Rd}} \)
Extraits de Normes & Abaques (Documents Annexes)

Servez-vous des documents ci-dessous pour extraire les coefficients nécessaires à votre résolution.

Les trois vérifications que le règlement impose au cisaillement
Vérification Critère
Résistance de la section \( V_{\text{Ed}}/V_{\text{pl,Rd}} \le 1{,}0 \)
Élancement de l'âme \( h_{\text{w}}/t_{\text{w}} \le 58 \) en S355
Interaction avec le moment \( V_{\text{Ed}} \le 0{,}5\,V_{\text{pl,Rd}} \)
Pourquoi trois vérifications, et non une seule
Comparer l'effort tranchant appliqué à la résistance plastique de la section ne suffit pas, et pour deux raisons distinctes. La première tient à un autre mode de ruine. La résistance plastique suppose que l'âme se plastifie entièrement en cisaillement ; or une âme mince et haute peut voiler — se déformer hors de son plan sous l'effet des compressions inclinées que le cisaillement engendre — bien avant d'atteindre cette plastification. L'EN 1993-1-1 § 6.2.6(6) écarte ce risque en fixant une limite à l'élancement de l'âme, exprimée comme le rapport de sa hauteur à son épaisseur, et cette limite dépend de la nuance : 66 pour l'acier S275, 58 pour le S355, l'acier plus résistant étant plus exposé puisqu'il atteint des contraintes plus élevées avant de plastifier. Au-delà de cette limite, la résistance au voilement doit être vérifiée selon l'EN 1993-1-5, et des raidisseurs transversaux deviennent en général nécessaires. La seconde raison tient à la coexistence des sollicitations. Le cisaillement mobilise une partie de la capacité de l'acier, qui n'est alors plus disponible pour la flexion : le moment résistant s'en trouve réduit. L'EN 1993-1-1 § 6.2.8(2) établit toutefois que cet effet peut être négligé tant que l'effort tranchant reste inférieur à la moitié de la résistance plastique au cisaillement — condition qu'il faut vérifier, car c'est elle qui autorise à conduire les vérifications de flexion et de cisaillement séparément, comme on le fait couramment.

3. Méthodologie de Résolution & Travail Demandé

L'étude suit l'ordre imposé par la démarche réglementaire : on établit d'abord la charge de calcul, on en déduit la sollicitation, on quantifie ensuite ce que la section peut reprendre, et l'on conduit enfin les trois vérifications qui, ensemble seulement, justifient la solution.

1

Question 1 : Charge de calcul à l'état limite ultime

Combinaisons d'actions 15 min | Application directe
But de l'étape : Transformer les charges caractéristiques en une charge de calcul unique intégrant les marges réglementaires.
Travail demandé : Écrire la combinaison fondamentale applicable, la réduire au cas présent et calculer la charge linéique de calcul.
Besoin d'un indice ? (Niveau 1)

La combinaison fondamentale affecte chaque catégorie d'action de son propre coefficient partiel.

Toujours bloqué ? (Indice Niveau 2)

Combien d'actions variables l'énoncé comporte-t-il ? La réponse détermine si un terme d'accompagnement subsiste.

2

Question 2 : Effort tranchant maximal

Sollicitations internes 20 min | Raisonnement
But de l'étape : Établir la sollicitation de cisaillement et localiser la section la plus critique.
Travail demandé : Établir l'expression de l'effort tranchant le long de la poutre, en déduire sa valeur maximale et la section où elle est atteinte.
Besoin d'un indice ? (Niveau 1)

Coupez la poutre à l'abscisse x et faites le bilan des forces verticales situées à gauche de la coupure.

Toujours bloqué ? (Indice Niveau 2)

L'effort tranchant est la dérivée du moment fléchissant : il s'annule là où celui-ci est maximal.

3

Question 3 : Aire de cisaillement et résistance plastique

Résistance de section 25 min | Raisonnement
But de l'étape : Quantifier ce que la section peut réellement reprendre en cisaillement.
Travail demandé : Établir l'aire de cisaillement du profilé, contrôler le résultat, puis en déduire la résistance plastique au cisaillement de la section.
Besoin d'un indice ? (Niveau 1)

Toute la section ne participe pas au cisaillement : les semelles, perpendiculaires à l'effort, n'y contribuent presque pas.

Toujours bloqué ? (Indice Niveau 2)

La résistance au cisaillement d'un matériau ductile n'est pas sa limite d'élasticité, mais celle-ci divisée par la racine de trois.

4

Question 4 (Finale) : Les trois vérifications réglementaires

Vérification normative 25 min | BOSS
But de l'étape : Conduire les trois contrôles que le règlement impose et conclure sur la nécessité de raidisseurs.
Point d'attention pour cette dernière question : Un taux de travail faible en résistance ne dispense d'aucune des deux autres vérifications : elles portent sur des phénomènes différents.
Vérifier successivement la résistance de la section, l'élancement de l'âme vis-à-vis du voilement, et l'interaction avec le moment fléchissant.
Besoin d'un indice ? (Niveau 1)

La hauteur d'âme à considérer est la hauteur entre semelles, non la hauteur hors-tout du profilé.

Toujours bloqué ? (Indice Niveau 2)

La limite d'élancement dépend de la nuance d'acier : un acier plus résistant est plus exposé au voilement.

NOTE DE CALCULS DÉTAILLÉE (PAS-À-PAS)

Calcul de l'effort tranchant dans une poutre

1
Question 1 : Charge de calcul à l'état limite ultime
Dans la tête de l'ingénieur

"Les charges de l'énoncé sont caractéristiques : ce sont des valeurs estimées, non des valeurs de calcul. Avant toute vérification de résistance, je dois leur appliquer la combinaison que le règlement prescrit, et cette combinaison n'affecte pas les deux catégories du même coefficient."

  • Ce que je cherche : La charge linéique de calcul, seule grandeur qu'il soit légitime de confronter à une résistance de calcul.
  • Ce que j'applique : La combinaison fondamentale de l'EN 1990 § 6.4.3.2, expression (6.10), qui pondère chaque catégorie d'action selon son incertitude propre.
  • Ce que je vérifie : Le nombre d'actions variables, car il décide de la présence ou non d'un terme d'accompagnement.
Voir uniquement le résultat final (Auto-évaluation)
\( p_{\text{Ed}} = 12{,}90 \text{ kN/m} \).
Rappel Théorique : La combinaison fondamentale à l'état limite ultime

L'état limite ultime vérifie que la structure ne se ruine pas. Les charges y sont majorées par des coefficients partiels qui couvrent l'écart défavorable entre les valeurs supposées et les valeurs réelles — un poids propre plus lourd que prévu, une surcharge exceptionnelle. Ces coefficients diffèrent selon la nature de l'action.

  • Deux coefficients distincts : Les actions permanentes, bien connues, sont majorées de 35 % ; les actions variables, plus incertaines, de 50 %. L'EN 1990, tableau A1.2(B) fixe ces valeurs pour les effets défavorables.
  • L'action dominante : Parmi les actions variables, une seule est supposée atteindre sa valeur caractéristique au moment considéré. Les autres n'interviennent qu'à une fraction de celle-ci.
  • Ce qui distingue l'ultime du service : Les combinaisons de service ne comportent aucun coefficient majorateur. Confondre les deux fausserait la vérification dans un sens comme dans l'autre.
Équations Fondamentales

Deux relations sont mobilisées : l'expression générale de la combinaison fondamentale, puis sa réduction au cas d'une action variable unique.

Étape 1 — Combinaison fondamentale à l'état limite ultime :

Elle donne l'effet des actions à considérer pour une vérification de résistance.

Pourquoi cette formule ?

Cette expression ne se démontre pas : elle est posée par le règlement, qui la définit comme la règle de cumul des actions applicable aux états limites ultimes. Ce qui s'explique, en revanche, est le raisonnement dont elle procède. Chaque catégorie d'action porte une incertitude propre : le poids propre se calcule à partir de dimensions et de masses volumiques connues, alors qu'une charge d'exploitation dépend d'un usage futur imprévisible. Les coefficients partiels traduisent cette différence. Par ailleurs, il serait excessivement pessimiste de supposer que toutes les actions variables atteignent simultanément leur valeur rare : une seule est retenue à pleine valeur, les autres étant réduites par un coefficient de combinaison.

  • Statut de l'expression : Il s'agit d'une définition réglementaire et non d'un résultat démontrable. Ce que le calculateur doit justifier, c'est le choix des coefficients et l'identification de l'action dominante.
  • Condition d'emploi : Vérification à l'état limite ultime. Une vérification de déformation relèverait des combinaisons de service, sans coefficient partiel.
  • Sens des coefficients : Ils sont majorateurs pour les effets défavorables. Une action permanente stabilisante serait au contraire affectée d'un coefficient inférieur à un.
  • Limite : Elle donne la sollicitation, non la résistance. Les incertitudes sur le matériau sont couvertes séparément par les coefficients partiels de résistance.
\[ \begin{aligned} E_{\text{d}} = \sum_{j \ge 1} \gamma_{\text{G,j}} \, G_{\text{k,j}} + \gamma_{\text{Q,1}} \, Q_{\text{k,1}} + \sum_{i > 1} \gamma_{\text{Q,i}} \, \psi_{0,i} \, Q_{\text{k,i}} \end{aligned} \]
Que dit cette équation physiquement ? La combinaison traduit une idée simple : les charges ne sont pas connues avec la même précision. Ce qui est bien connu est peu majoré, ce qui dépend d'un usage futur l'est davantage.
Décomposition des termes :
  • \( E_{\text{d}} \) : effet des actions de calcul, unité : kN/m
  • \( G_{\text{k,j}} \) : valeur caractéristique de l'action permanente de rang j, unité : kN/m
  • \( Q_{\text{k,1}} \) : valeur caractéristique de l'action variable dominante, unité : kN/m
  • \( \psi_{0,i} \) : coefficient de combinaison de l'action variable d'accompagnement, unité :
Étape 2 — Réduction au cas d'une action variable unique :

Elle donne l'expression effectivement applicable à cette poutre.

Pourquoi cette formule ?

L'énoncé ne comporte qu'une seule action variable, la charge d'exploitation représentant la foule. Elle est donc nécessairement l'action dominante, et la somme des termes d'accompagnement porte sur un ensemble vide : elle est nulle. De même, une seule action permanente est recensée. Il ne subsiste donc que deux termes, chacun affecté de son coefficient partiel. Le coefficient de combinaison n'intervient pas, ce qui n'est pas une règle générale mais la conséquence d'une particularité de l'énoncé.

  • Condition de validité : Une seule action variable. Avec une charge de neige ou de vent supplémentaire, un terme d'accompagnement réapparaîtrait.
  • Avantage : L'expression se réduit à deux produits, sans qu'aucun coefficient de combinaison n'ait à être recherché dans les tableaux.
  • Vérification : La charge obtenue doit être comprise entre la somme brute des charges caractéristiques et cette même somme majorée de 50 %.
  • Limite : Cette simplification ne se transpose pas. L'appliquer par habitude à un cas comportant plusieurs actions variables surestimerait la sollicitation.
\[ \begin{aligned} \sum_{i > 1} \gamma_{\text{Q,i}} \, \psi_{0,i} \, Q_{\text{k,i}} &= 0 \\ p_{\text{Ed}} &= \gamma_{\text{G}} \, g_{\text{k}} + \gamma_{\text{Q}} \, q_{\text{k}} \end{aligned} \]
Que dit cette équation physiquement ? Avec une seule charge variable, il n'y a rien à pondérer entre elles : elle est seule à pouvoir atteindre sa valeur rare. Le coefficient de combinaison n'a de sens qu'entre plusieurs actions variables concurrentes.
Décomposition des termes :
  • \( p_{\text{Ed}} \) : charge linéique de calcul à l'état limite ultime, unité : kN/m
  • \( g_{\text{k}} \) : charge permanente caractéristique, unité : kN/m
  • \( q_{\text{k}} \) : charge d'exploitation caractéristique, unité : kN/m

!
L'Erreur Classique (Le Piège)

"Employer directement la somme des charges caractéristiques, soit 9,0 kN/m, sans appliquer les coefficients partiels."

L'approche d'ingénieur : L'oubli des coefficients partiels transforme une vérification de résistance en une vérification qui ne correspond à aucun état limite :
  • Ce que les coefficients couvrent : L'écart défavorable entre les charges supposées et les charges réelles — un poids propre supérieur au théorique, une surcharge exceptionnelle. Les omettre revient à supposer que les estimations sont exactes, ce qu'aucun règlement n'admet pour une vérification de ruine.
  • Ce que l'erreur change numériquement : La charge annoncée serait 9,0 kN/m au lieu de 12,90, soit 30 % de moins. L'effort tranchant tomberait à 27,0 kN au lieu de 38,70, et toutes les vérifications qui suivent seraient conduites sur une sollicitation sous-estimée d'un tiers.
  • Comment on l'évite : En écrivant la combinaison retenue avant d'y injecter des nombres, et en la nommant. Une expression portant explicitement les coefficients ne peut pas être confondue avec une simple somme.
Exécution de la Note de Calculs
Check-up des Unités (Optionnel)
  • Les deux charges sont exprimées en kilonewtons par mètre.
  • Les coefficients partiels sont sans dimension.
  • Le résultat est donc une charge linéique, en kilonewtons par mètre.

La combinaison étant établie, la charge de calcul se déduit de deux produits et d'une addition.

1. Résolution Numérique Calcul de la charge linéique de calcul

Pourquoi fait-on ce calcul ? Parce que c'est cette charge, et non les valeurs caractéristiques séparées, qui sollicite la poutre à l'état limite ultime et qui déterminera l'effort tranchant.

Méthodologie du calcul :

On multiplie chaque charge caractéristique par son coefficient partiel, puis on additionne les deux contributions.

  • Données employées : \( g_{\text{k}} = 4{,}0 \text{ kN/m} \) avec \( \gamma_{\text{G}} = 1{,}35 \), et \( q_{\text{k}} = 5{,}0 \text{ kN/m} \) avec \( \gamma_{\text{Q}} = 1{,}50 \).
  • Combinaison appliquée : Combinaison fondamentale de l'EN 1990 § 6.4.3.2, expression (6.10), réduite à deux termes faute de seconde action variable.
\[ \begin{aligned} p_{\text{Ed}} &= 1{,}35 \times 4{,}0 + 1{,}50 \times 5{,}0 \text{ kN/m} \\ &= 5{,}40 + 7{,}50 \text{ kN/m} \\ &= \mathbf{12{,}90} \text{ kN/m} \end{aligned} \]
Analyse intermédiaire du chiffre :

La charge de calcul atteint 12,90 kN/m, contre 9,0 kN/m en valeurs caractéristiques : la majoration globale est de 43 %. Cette valeur intermédiaire entre 35 % et 50 % reflète la proportion des deux catégories d'action dans le chargement.

  • Contrôle par encadrement : \( 1{,}35 \times 9{,}0 = 12{,}15 \) et \( 1{,}50 \times 9{,}0 = 13{,}50 \). La charge obtenue, 12,90, est bien comprise entre ces deux bornes, comme elle doit l'être.
  • Part des deux catégories : \( 7{,}50/12{,}90 = 0{,}58 \) : la charge d'exploitation fournit 58 % de la charge de calcul, contre 56 % des charges caractéristiques. Son coefficient plus élevé accroît légèrement son poids relatif.

Remarque pédagogique : Le rapport de majoration, 1,43, dépend de la répartition entre permanent et variable. Une structure lourde portant une charge d'exploitation modeste serait majorée d'un facteur plus proche de 1,35 ; une structure légère fortement chargée, plus proche de 1,50. Ce n'est donc pas un coefficient à mémoriser mais un résultat à recalculer.

RÉSULTAT FINAL
\( p_{\text{Ed}} \) = 12,90 kN/m
"La combinaison fondamentale, réduite à deux termes en l'absence de seconde action variable, conduit à une charge de calcul de 12,90 kN/m."
2
Question 2 : Effort tranchant maximal
Dans la tête de l'ingénieur

"Il me faut l'effort tranchant, et surtout la section où il est maximal. Je vais établir son expression le long de la poutre plutôt que d'invoquer un résultat connu, car c'est cette expression qui montre où se situe le maximum — et l'on verra que ce n'est pas là où le moment est critique."

  • Ce que je cherche : L'expression de l'effort tranchant en toute abscisse, puis sa valeur maximale et la section correspondante.
  • Ce que j'exploite : La symétrie du chargement, qui donne les réactions d'appui sans écrire l'équation des moments.
  • Ce que je remarque : Que l'effort tranchant s'annule exactement là où le moment fléchissant est maximal — les deux sollicitations sont extrêmes en des sections opposées.
Voir uniquement le résultat final (Auto-évaluation)
\( V_{\text{Ed}} = 38{,}70 \text{ kN} \), aux deux appuis.
Rappel Théorique : L'effort tranchant d'une poutre bi-appuyée uniformément chargée

L'effort tranchant en une section est la somme algébrique des forces verticales situées d'un même côté de la coupure. Pour une poutre bi-appuyée uniformément chargée, ce bilan comporte deux termes : la réaction d'appui, dirigée vers le haut, et la part de charge déjà rencontrée, dirigée vers le bas.

  • Réaction d'appui : La symétrie du chargement impose que chaque appui reprenne la moitié de la charge totale. Aucune équation de moments n'est nécessaire pour l'établir.
  • Allure du diagramme : L'effort tranchant décroît linéairement depuis l'appui gauche jusqu'à l'appui droit, en changeant de signe à mi-travée.
  • Lien avec le moment : L'effort tranchant est la dérivée du moment fléchissant. Il s'annule donc là où le moment est extrême, et il est extrême là où le moment s'annule.
Équations Fondamentales

Deux relations sont mobilisées : l'expression de l'effort tranchant en une section quelconque, puis sa valeur maximale.

Étape 1 — Effort tranchant en une section quelconque :

Il décrit la sollicitation de cisaillement tout au long de la travée.

Pourquoi cette formule ?

On coupe la poutre à l'abscisse considérée et l'on fait le bilan des forces verticales situées à gauche de la coupure. La réaction d'appui, égale à la moitié de la charge totale par symétrie, agit vers le haut. La part de charge répartie déjà rencontrée vaut le produit de l'intensité par l'abscisse et agit vers le bas. La différence est l'effort tranchant, fonction affine de l'abscisse.

  • Contexte de validité : Poutre bi-appuyée, charge uniforme sur toute la portée. Une charge partielle conduirait à une expression par morceaux.
  • Vérification : En \( x = L \), l'expression donne \( -p_{\text{Ed}}L/2 \), soit l'opposé de la valeur à l'appui gauche : le diagramme est antisymétrique, comme l'exige la symétrie du chargement.
  • Ce que la forme révèle : Une fonction affine décroissante : le diagramme est une droite, et son maximum en valeur absolue est donc atteint à l'une des extrémités.
  • Limite : Cette expression ignore la diffusion de la réaction sur la largeur réelle de l'appui. Au voisinage immédiat de celui-ci, la répartition des contraintes est plus complexe et relève d'une vérification distincte.
\[ \begin{aligned} V(x) &= \frac{p_{\text{Ed}} \, L}{2} - p_{\text{Ed}} \, x \\ &= p_{\text{Ed}} \left( \frac{L}{2} - x \right) \end{aligned} \]
Que dit cette équation physiquement ? L'effort tranchant mesure ce qui glisse d'un côté de la coupure par rapport à l'autre. Près de l'appui, toute la charge de la travée doit transiter par cette section pour rejoindre la fondation : c'est là qu'il est le plus grand.
Décomposition des termes :
  • \( V(x) \) : effort tranchant à l'abscisse x, unité : kN
  • \( p_{\text{Ed}} \) : charge linéique de calcul, unité : kN/m
  • \( L \) : portée entre appuis, unité : m
  • \( x \) : abscisse mesurée depuis l'appui gauche, unité : m
Étape 2 — Effort tranchant maximal :

Il donne la valeur qui sera confrontée à la résistance de la section.

Pourquoi cette formule ?

L'expression obtenue est une fonction affine décroissante de l'abscisse : sa valeur absolue est donc maximale à l'une des deux extrémités de l'intervalle. En substituant l'abscisse nulle, on obtient directement la valeur à l'appui gauche, qui est aussi, au signe près, celle de l'appui droit. Le maximum se situe donc aux appuis, et il vaut la moitié de la charge totale portée par la travée.

  • Contexte de validité : Chargement uniforme et symétrique. Une charge concentrée déplacerait le maximum vers la section d'application.
  • Paramètre clé : La portée, à la puissance un. L'effort tranchant croît proportionnellement à la portée, alors que le moment croît comme son carré : c'est pourquoi le cisaillement devient rarement dimensionnant sur les grandes travées.
  • Vérification : La somme des deux valeurs extrêmes doit restituer la charge totale portée : \( 2 \times p_{\text{Ed}} L/2 = p_{\text{Ed}} L \).
  • Limite : Cette section est celle de cisaillement maximal, mais le moment fléchissant y est nul. Les deux vérifications ne portent pas sur la même section.
\[ \begin{aligned} V_{\text{Ed}} &= \left| V(0) \right| = \left| V(L) \right| \\ &= \frac{p_{\text{Ed}} \, L}{2} \end{aligned} \]
Que dit cette équation physiquement ? Chaque appui doit évacuer la moitié de ce que porte la travée. Cet effort traverse l'âme du profilé juste avant d'atteindre l'appui : c'est là que le risque de cisaillement se concentre.
Décomposition des termes :
  • \( V_{\text{Ed}} \) : effort tranchant maximal de calcul, unité : kN
  • \( p_{\text{Ed}} \) : charge linéique de calcul, unité : kN/m
  • \( L \) : portée entre appuis, unité : m

!
L'Erreur Classique (Le Piège)

"Chercher l'effort tranchant maximal à mi-travée, là où le moment fléchissant est le plus grand."

L'approche d'ingénieur : L'habitude de vérifier la flexion à mi-travée conduit naturellement à y chercher aussi le cisaillement. C'est précisément la section où il est nul :
  • Pourquoi les deux maxima sont opposés : L'effort tranchant est la dérivée du moment fléchissant. Là où le moment est extrême, sa dérivée s'annule : l'effort tranchant y est nul. Inversement, aux appuis simples, le moment est nul et sa pente maximale. Les deux sollicitations sont donc extrêmes en des sections opposées, et c'est une conséquence mathématique, non une coïncidence.
  • Ce que l'erreur produit : L'expression évaluée à mi-travée donne \( 12{,}90 \times (3{,}00 - 3{,}00) = 0 \text{ kN} \). On conclurait qu'aucun cisaillement ne sollicite la poutre et qu'aucune vérification n'est nécessaire — alors que 38,70 kN traversent l'âme au droit de chaque appui.
  • Comment on l'évite : En traçant le diagramme plutôt qu'en évaluant l'expression en un point choisi d'avance. Une droite décroissante atteint nécessairement ses valeurs extrêmes aux extrémités de l'intervalle, jamais en son milieu.
Exécution de la Note de Calculs
Check-up des Unités (Optionnel)
  • La charge de calcul est en kilonewtons par mètre et la portée en mètres.
  • Leur produit est une force, en kilonewtons.
  • La division par deux ne modifie pas l'unité.
  • La conversion en newtons, nécessaire à la comparaison avec la résistance, est une multiplication par \( 10^3 \).

L'application numérique porte sur l'expression du maximum établie ci-dessus.

1. Résolution Numérique Calcul de l'effort tranchant maximal

Pourquoi fait-on ce calcul ? Parce que cette valeur est la sollicitation de référence de toute la vérification : c'est elle qui sera confrontée à la résistance de la section.

Méthodologie du calcul :

On multiplie la charge de calcul par la portée, puis on divise par deux.

  • Données employées : \( p_{\text{Ed}} = 12{,}90 \text{ kN/m} \), établie à la question précédente, et \( L = 6{,}00 \text{ m} \).
  • Section concernée : Les deux appuis, où la valeur absolue de l'effort tranchant est maximale.
\[ \begin{aligned} V_{\text{Ed}} &= \frac{12{,}90 \times 6{,}00}{2} \text{ kN} \\ &= \frac{77{,}40}{2} \text{ kN} \\ &= \mathbf{38{,}70} \text{ kN} \end{aligned} \]
Analyse intermédiaire du chiffre :

Chaque appui reprend 38,70 kN, soit environ quatre tonnes. La charge totale portée par la travée s'élève à 77,40 kN, et cet effort transite intégralement par l'âme du profilé au voisinage immédiat des appuis.

  • Contrôle d'équilibre : \( 38{,}70 \times 2 = 77{,}40 \text{ kN} \) : la somme des deux réactions restitue exactement la charge portée.
  • Sensibilité à la portée : L'effort tranchant est proportionnel à la portée : une travée de 8,00 m au lieu de 6,00 le porterait à 51,60 kN, soit 33 % de plus. Le moment, lui, croîtrait de 78 %.

Remarque pédagogique : Cette dernière observation explique pourquoi le cisaillement est rarement dimensionnant pour une poutre de bâtiment. L'effort tranchant croît comme la portée, le moment comme son carré : plus la travée s'allonge, plus la flexion domine. Le cisaillement redevient critique sur les poutres courtes et fortement chargées, où le rapport s'inverse.

DIAGRAMMES D'EFFORT TRANCHANT ET DE MOMENT FLÉCHISSANT
EFFORT TRANCHANT ET MOMENT SONT EXTRÊMES EN DES SECTIONS OPPOSÉES pEd = 12,90 kN/m EFFORT TRANCHANT +38,70 −38,70 V = 0 MOMENT FLÉCHISSANT M maximal M = 0 M = 0
RÉSULTAT FINAL
\( V_{\text{Ed}} \) = 38,70 kN
"L'effort tranchant de calcul atteint 38,70 kN aux deux appuis, et s'annule à mi-travée où le moment fléchissant est maximal."
3
Question 3 : Aire de cisaillement et résistance plastique
Dans la tête de l'ingénieur

"Toute la section ne reprend pas le cisaillement. Les semelles sont horizontales, l'effort est vertical : elles n'y contribuent presque pas. Je dois donc établir l'aire réellement mobilisée avant de calculer une résistance, et cette aire n'est pas dans le catalogue sous forme immédiate."

  • Ce que je cherche : L'aire de cisaillement du profilé, puis la résistance plastique que la section oppose au cisaillement.
  • Ce que je retire : Les deux semelles, tout en conservant les congés de raccordement, qui prolongent l'âme et travaillent avec elle.
  • Ce que je remarque : Que la résistance au cisaillement d'un matériau ductile n'est pas sa limite d'élasticité mais celle-ci divisée par la racine de trois.
Voir uniquement le résultat final (Auto-évaluation)
\( A_{\text{v}} = 2\,567 \text{ mm}^2 \), d'où \( V_{\text{pl,Rd}} = 526{,}17 \text{ kN} \).
Rappel Théorique : L'aire de cisaillement et la résistance au cisaillement pur

Un profilé en I n'oppose pas toute sa section à un effort tranchant vertical. La répartition réelle du cisaillement se concentre dans l'âme, dont le plan contient la direction de l'effort ; les semelles, perpendiculaires, ne reprennent qu'une part marginale. Le règlement traduit ce fait par une aire réduite.

  • Ce que l'aire de cisaillement retient : L'âme sur toute sa hauteur, augmentée des congés de raccordement qui la prolongent au droit des semelles. L'EN 1993-1-1 § 6.2.6(3) en donne l'expression pour les profilés laminés en I et H chargés parallèlement à l'âme.
  • La résistance au cisaillement pur : Pour un matériau ductile, elle ne vaut pas la limite d'élasticité mais celle-ci divisée par la racine de trois. Ce facteur est la signature du critère de plastification employé pour les aciers de construction.
  • Une résistance plastique : L'expression suppose que toute l'aire de cisaillement atteint simultanément cette contrainte. C'est légitime pour un matériau ductile — à condition que l'âme ne voile pas avant, ce qui sera vérifié séparément.
Équations Fondamentales

Deux relations sont mobilisées : l'aire de cisaillement du profilé laminé, puis la résistance plastique qu'elle permet d'établir.

Étape 1 — Aire de cisaillement d'un profilé laminé en I :

Elle donne la part de section qui reprend effectivement l'effort tranchant.

Pourquoi cette formule ?

Cette expression est posée par le règlement : c'est une formule conventionnelle, calibrée pour représenter l'aire efficace au cisaillement d'un profilé laminé, et non une décomposition géométrique exacte. Ses trois termes s'interprètent néanmoins clairement. Le premier est l'aire totale de la section. Le deuxième en retire les deux semelles sur toute leur largeur, celles-ci étant perpendiculaires à l'effort et leur contribution au cisaillement vertical étant négligée. Le troisième restitue une part de la matière située au droit de la jonction entre l'âme et les semelles, là où les congés de raccordement élargissent l'âme et travaillent avec elle. Le résultat se situe entre l'aire de l'âme entre semelles et cette même aire notablement majorée, ce que l'application numérique permettra de contrôler.

  • Statut de l'expression : Il s'agit d'une formule conventionnelle du règlement, non d'un résultat démontrable par la seule géométrie. Le calculateur ne l'établit pas, il l'applique — mais il doit savoir à quelle famille de profilés elle correspond.
  • Contexte de validité : Profilé laminé en I ou en H, effort parallèle à l'âme. Un profilé soudé, dépourvu de congés, ou un effort parallèle aux semelles conduiraient à d'autres expressions.
  • Vérification : Le résultat doit être proche de la seule aire de l'âme, \( h_{\text{w}} \, t_{\text{w}} \), légèrement majorée par les congés.
  • Rôle du dernier terme : Il est positif : il rend à l'âme une matière que la soustraction des semelles lui avait retirée à tort.
  • Limite : L'expression est propre au cisaillement vertical. Pour un effort horizontal, ce sont les semelles qui travailleraient et l'aire de cisaillement serait tout autre.
\[ \begin{aligned} A_{\text{v}} = A - 2 \, b \, t_{\text{f}} + \left( t_{\text{w}} + 2 \, r \right) t_{\text{f}} \end{aligned} \]
Que dit cette équation physiquement ? Les semelles sont couchées perpendiculairement à l'effort : elles ne peuvent guère s'y opposer. L'âme, dont le plan contient la direction de l'effort, le reprend presque intégralement — c'est elle qui décide de la résistance au cisaillement.
Décomposition des termes :
  • \( A_{\text{v}} \) : aire de cisaillement de la section, unité : mm²
  • \( A \) : aire totale de la section transversale, unité : mm²
  • \( b \) : largeur des semelles, unité : mm
  • \( r \) : rayon des congés de raccordement, unité : mm
Étape 2 — Résistance plastique au cisaillement :

Elle donne l'effort tranchant que la section peut reprendre en plastification complète.

Pourquoi cette formule ?

Un état de cisaillement pur équivaut à un état de traction et de compression égales et perpendiculaires, inclinées à quarante-cinq degrés. Le critère de plastification employé pour les aciers de construction conduit, dans cet état, à une contrainte de cisaillement limite valant la limite d'élasticité divisée par la racine de trois. La résistance plastique de la section est alors le produit de cette contrainte limite par l'aire de cisaillement, le tout ramené à une valeur de calcul par le coefficient partiel de résistance.

  • Origine du facteur : La racine de trois est la signature du critère de plastification retenu pour l'acier : elle exprime que le cisaillement plastifie le matériau à une contrainte inférieure à sa limite d'élasticité en traction simple.
  • Condition d'emploi : En l'absence de torsion. Un effort de torsion simultané réduirait cette résistance et appellerait une vérification d'interaction.
  • Coefficient partiel : Celui de la résistance des sections, applicable quelle que soit la classe de la section.
  • Vérification : Le rapport de la résistance à l'aire de cisaillement doit restituer exactement la contrainte limite de cisaillement.
  • Limite : Elle suppose que l'âme atteint effectivement sa plastification. Une âme élancée voilerait avant, et cette expression surestimerait alors sa résistance réelle.
\[ \begin{aligned} \tau_{\text{y}} &= \frac{f_{\text{y}}}{\sqrt{3}} \\ V_{\text{pl,Rd}} &= \frac{A_{\text{v}} \, \tau_{\text{y}}}{\gamma_{\text{M0}}} = \frac{A_{\text{v}} \, f_{\text{y}}}{\sqrt{3} \; \gamma_{\text{M0}}} \end{aligned} \]
Que dit cette équation physiquement ? L'acier résiste moins bien au cisaillement qu'à la traction : il se plastifie à 58 % de sa limite d'élasticité. C'est une propriété du matériau, que le facteur racine de trois traduit exactement.
Décomposition des termes :
  • \( V_{\text{pl,Rd}} \) : résistance plastique de calcul au cisaillement, unité : N
  • \( \tau_{\text{y}} \) : contrainte de cisaillement provoquant la plastification, unité : MPa
  • \( f_{\text{y}} \) : limite d'élasticité de l'acier, unité : MPa
  • \( \gamma_{\text{M0}} \) : coefficient partiel de résistance des sections, unité :

!
L'Erreur Classique (Le Piège)

"Employer l'aire totale de la section, soit 5 380 mm², au lieu de l'aire de cisaillement."

L'approche d'ingénieur : Les deux grandeurs sont des aires exprimées dans la même unité, et le catalogue publie l'aire totale bien plus en évidence que l'aire de cisaillement. La confusion est donc facile, et elle va dans le sens de l'insécurité :
  • Pourquoi les semelles ne comptent pas : Le cisaillement vertical est repris par la matière dont le plan contient la direction de l'effort. C'est le cas de l'âme, verticale ; ce n'est pas celui des semelles, horizontales. Une semelle peut certes reprendre un cisaillement, mais dans son propre plan, c'est-à-dire horizontalement — ce qui ne concerne pas l'effort étudié ici.
  • Ce que l'erreur change numériquement : La résistance annoncée serait \( 5\,380 \times 355/(1{,}7321 \times 1{,}00) = 1\,102\,700 \text{ N} \), soit 1 102,7 kN au lieu de 526,17 — 2,1 fois trop. Sur cette poutre, la conclusion resterait favorable ; sur une poutre où le cisaillement serait dimensionnant, on validerait une section insuffisante.
  • Comment on la détecte : Par un contrôle immédiat : l'aire de cisaillement doit être voisine de l'aire de l'âme. Celle-ci vaut \( 278{,}6 \times 7{,}1 = 1\,978 \text{ mm}^2 \), et l'aire de cisaillement, 2 567 mm², la dépasse d'un tiers du fait des congés. L'aire totale, 2,7 fois plus grande que l'aire de l'âme, ne peut manifestement pas jouer ce rôle.
Exécution de la Note de Calculs
Check-up des Unités (Optionnel)
  • Les dimensions du profilé sont en millimètres, les aires en millimètres carrés.
  • L'aire du catalogue est en centimètres carrés : \( 1 \text{ cm}^2 = 10^2 \text{ mm}^2 \).
  • La limite d'élasticité est en newtons par millimètre carré.
  • Une aire multipliée par une contrainte donne des newtons ; la conversion en kilonewtons est une division par \( 10^3 \).

L'aire de cisaillement est établie d'abord et contrôlée, puis la résistance plastique en découle.

1. Résolution Numérique Calcul de l'aire de cisaillement

Pourquoi fait-on ce calcul ? Parce que c'est cette aire, et non celle de la section, qui reprend effectivement l'effort tranchant : la résistance en dépend directement.

Méthodologie du calcul :

On convertit l'aire du catalogue en millimètres carrés, on retire les deux semelles, puis on restitue la matière des congés.

  • Données employées : \( A = 53{,}8 \text{ cm}^2 = 5\,380 \text{ mm}^2 \), \( b = 150 \text{ mm} \), \( t_{\text{f}} = 10{,}7 \text{ mm} \), \( t_{\text{w}} = 7{,}1 \text{ mm} \) et \( r = 15 \text{ mm} \).
  • Contrôle prévu : Comparaison avec l'aire de l'âme seule et avec la valeur que le catalogue publie directement.
\[ \begin{aligned} A_{\text{v}} &= 5380 - 2 \times 150 \times 10{,}7 + (7{,}1 + 2 \times 15) \times 10{,}7 \text{ mm}^2 \\ &= 5380 - 3210 + 37{,}1 \times 10{,}7 \text{ mm}^2 \\ &= 5380 - 3210 + 396{,}97 \text{ mm}^2 \\ &= \mathbf{2566{,}97} \text{ mm}^2 \end{aligned} \]
Analyse intermédiaire du chiffre :

L'aire de cisaillement vaut 2 567 mm², soit 48 % de l'aire de la section. Plus de la moitié de la matière du profilé ne participe donc pas à la reprise de l'effort tranchant vertical.

  • Concordance avec le catalogue : Le catalogue du producteur publie une aire de cisaillement de 25,68 cm², soit 2 568 mm². Le calcul en donne 2 566,97 : l'écart, d'un millimètre carré, tient au seul arrondi des dimensions publiées.
  • Part des congés : L'aire de l'âme seule vaut \( 278{,}6 \times 7{,}1 = 1\,978 \text{ mm}^2 \). Les congés de raccordement ajoutent donc près de 30 %, contribution loin d'être négligeable.

Remarque pédagogique : Le fait que le calcul restitue la valeur du catalogue n'est pas une simple vérification arithmétique : il montre que l'aire de cisaillement publiée est le résultat de cette expression, et non une grandeur mesurée indépendamment. Le producteur ne fait que tabuler, pour la commodité du calculateur, un résultat que chacun pourrait établir.

Calcul de la résistance plastique au cisaillement

Pourquoi fait-on ce calcul ? Parce que c'est la grandeur que le règlement oppose à l'effort tranchant appliqué : elle est le terme de comparaison de la vérification.

Méthodologie du calcul :

On applique l'expression établie, avec l'aire de cisaillement, la limite d'élasticité de la nuance et le coefficient partiel de résistance.

  • Données employées : \( A_{\text{v}} = 2\,567 \text{ mm}^2 \), \( f_{\text{y}} = 355 \text{ MPa} \) et \( \gamma_{\text{M0}} = 1{,}00 \).
  • Valeur du facteur : \( \sqrt{3} = 1{,}7321 \), qui traduit la moindre résistance de l'acier au cisaillement.
\[ \begin{aligned} V_{\text{pl,Rd}} &= \frac{2567 \times 355}{1{,}7321 \times 1{,}00} \text{ N} \\ &= \frac{911285}{1{,}7321} \text{ N} \\ &= 526173 \text{ N} \\ &= \mathbf{526{,}17} \text{ kN} \end{aligned} \]
Analyse intermédiaire du chiffre :

La section peut reprendre 526,17 kN en cisaillement, soit près de cinquante-quatre tonnes. Cette capacité est considérable au regard des 38,70 kN appliqués, ce qui laisse présager un taux de travail très faible.

  • Contrôle par la contrainte : \( 526\,173/2\,567 = 204{,}98 \text{ MPa} \), à comparer à \( 355/1{,}7321 = 204{,}96 \text{ MPa} \) : le calcul inverse restitue la contrainte limite de cisaillement.
  • Ce que le facteur coûte : \( 1/1{,}7321 = 0{,}577 \) : l'acier ne mobilise en cisaillement que 58 % de sa limite d'élasticité. Une section vérifiée en traction ne l'est donc pas automatiquement en cisaillement.

Remarque pédagogique : Cette résistance est plastique : elle suppose que toute l'aire de cisaillement atteint simultanément la contrainte limite. L'hypothèse est légitime pour un matériau ductile, mais elle exige que l'âme ne perde pas sa stabilité avant d'y parvenir — ce que la question suivante vérifiera.

AIRE DE CISAILLEMENT — CE QUE LA SECTION MOBILISE RÉELLEMENT
SEULE L'ÂME REPREND EFFECTIVEMENT LE CISAILLEMENT AIRE TOTALE DE LA SECTION 5 380 mm² semelles AIRE DE CISAILLEMENT 2 567 mm² congés de raccordement conservés hw = 278,6 les semelles sont perpendiculaires à l'effort : leur contribution est négligée l'aire de cisaillement ne vaut que 48 % de l'aire totale
RÉSULTAT FINAL
\( V_{\text{pl,Rd}} \) = 526,17 kN
"La section oppose une résistance plastique au cisaillement de 526,17 kN, obtenue sur une aire de cisaillement de 2 567 mm² qui ne représente que 48 % de la section."
4
Question 4 : Les trois vérifications réglementaires
Dans la tête de l'ingénieur

"La comparaison de l'effort appliqué à la résistance donnera manifestement un taux très faible. Il serait pourtant fautif de conclure là-dessus : la résistance plastique suppose que l'âme plastifie, ce qui n'arrive que si elle ne voile pas avant. Et une poutre subit simultanément flexion et cisaillement, ce qui appelle un troisième contrôle."

  • Ce que je vérifie d'abord : Le critère de résistance, qui confronte l'effort appliqué à la résistance plastique.
  • Ce que je vérifie ensuite : L'élancement de l'âme, car un taux faible ne dit rien du risque de voilement — ce sont deux modes de ruine distincts.
  • Ce que je vérifie enfin : L'interaction avec le moment fléchissant, condition qui autorise à mener les deux vérifications séparément.
Voir uniquement le résultat final (Auto-évaluation)
Taux de 0,0736 ; élancement 39,2 pour 58 admis ; interaction négligeable.
Rappel Théorique : Trois vérifications pour trois phénomènes distincts

Justifier une section au cisaillement ne se réduit pas à un rapport de deux nombres. Le règlement impose trois contrôles, qui portent sur des phénomènes physiquement différents et dont aucun ne dispense des autres.

  • La résistance de la section : Elle écarte la plastification de l'âme par cisaillement. C'est le critère de l'EN 1993-1-1 § 6.2.6(1), expression (6.17), et le plus immédiat des trois.
  • L'élancement de l'âme : Il écarte le voilement, c'est-à-dire la déformation de l'âme hors de son plan sous l'effet des compressions inclinées. L'EN 1993-1-1 § 6.2.6(6) fixe une limite qui dépend de la nuance d'acier.
  • L'interaction avec le moment : Elle écarte la réduction du moment résistant par le cisaillement. L'EN 1993-1-1 § 6.2.8(2) la déclare négligeable en deçà de la moitié de la résistance plastique.
Équations Fondamentales

Trois relations sont mobilisées, une par vérification. Elles sont présentées séparément car elles portent sur des phénomènes indépendants.

Vérification 1 — Critère de résistance au cisaillement :

Il écarte la plastification de l'âme sous l'effort tranchant appliqué.

Pourquoi cette formule ?

Le principe des états limites impose que l'effet des actions de calcul n'excède pas la résistance de calcul correspondante. Appliqué au cisaillement, il conduit à comparer l'effort tranchant à la résistance plastique établie précédemment. En divisant les deux membres de cette inégalité par la résistance, laquelle est strictement positive, on obtient un rapport adimensionnel qui doit rester inférieur à un.

  • Contexte de validité : Résistance strictement positive, condition toujours satisfaite pour une section réelle.
  • Avantage : Un nombre sans dimension se compare à un et permet de situer immédiatement la marge disponible.
  • Vérification : L'écart du taux à l'unité donne directement la réserve : un taux de 0,50 signifie que la section pourrait reprendre le double.
  • Limite : Ce critère ne porte que sur la plastification. Il ne dit rien du voilement ni de l'interaction avec la flexion.
\[ \begin{aligned} V_{\text{Ed}} &\le V_{\text{pl,Rd}} \\ \text{UR} = \frac{V_{\text{Ed}}}{V_{\text{pl,Rd}}} &\le 1{,}0 \end{aligned} \]
Que dit cette équation physiquement ? Le taux mesure la part de la capacité consommée. Un taux très faible n'est pas un gage de qualité : il signale simplement que le cisaillement n'est pas le phénomène qui dimensionne cette poutre.
Décomposition des termes :
  • \( \text{UR} \) : taux de sollicitation au cisaillement, unité :
  • \( V_{\text{Ed}} \) : effort tranchant de calcul, unité : kN
  • \( V_{\text{pl,Rd}} \) : résistance plastique de calcul au cisaillement, unité : kN
Vérification 2 — Élancement de l'âme vis-à-vis du voilement :

Il écarte le voilement de l'âme avant qu'elle n'atteigne sa plastification.

Pourquoi cette formule ?

Le cisaillement d'une âme équivaut à des tractions et des compressions inclinées à quarante-cinq degrés. Les compressions peuvent faire flamber l'âme hors de son plan, phénomène d'autant plus probable que celle-ci est haute et mince. Le règlement écarte ce risque en limitant le rapport de la hauteur d'âme à son épaisseur. Cette limite dépend de la nuance : un acier plus résistant atteint des contraintes plus élevées avant de plastifier, donc des compressions inclinées plus fortes, et se trouve plus exposé au voilement. C'est pourquoi la limite passe de 66 pour le S275 à 58 pour le S355.

  • Hauteur à considérer : La hauteur d'âme entre semelles, non la hauteur hors-tout du profilé. Employer la seconde majorerait l'élancement de 8 % sur ce profilé.
  • Dépendance à la nuance : Les deux limites du règlement se retrouvent par le produit de 72 par le coefficient \( \varepsilon = \sqrt{235/f_{\text{y}}} \), soit 66,6 pour le S275 et 58,6 pour le S355 — valeurs arrondies par défaut, dans le sens de la sécurité.
  • Vérification : Le rapport obtenu doit être inférieur à la limite. Dans le cas contraire, la résistance au voilement doit être vérifiée selon l'EN 1993-1-5.
  • Limite : Ce critère ne dépend pas de la sollicitation appliquée : une âme trop élancée reste à vérifier au voilement même sous un effort tranchant faible.
\[ \begin{aligned} h_{\text{w}} &= h - 2 \, t_{\text{f}} \\ \frac{h_{\text{w}}}{t_{\text{w}}} &\le 58 \quad \text{pour l'acier S355} \end{aligned} \]
Que dit cette équation physiquement ? Une âme haute et mince est une plaque comprimée en diagonale. Comme toute plaque comprimée, elle peut se dérober hors de son plan avant d'avoir atteint sa résistance en matière — et c'est un tout autre mode de ruine que la plastification.
Décomposition des termes :
  • \( h_{\text{w}} \) : hauteur de l'âme entre semelles, unité : mm
  • \( h \) : hauteur hors-tout du profilé, unité : mm
  • \( t_{\text{w}} \) : épaisseur de l'âme, unité : mm
  • \( t_{\text{f}} \) : épaisseur des semelles, unité : mm
Vérification 3 — Interaction entre moment et effort tranchant :

Elle établit si le cisaillement réduit le moment résistant de la section.

Pourquoi cette formule ?

Le cisaillement mobilise une part de la capacité de l'acier, qui n'est plus disponible pour reprendre les contraintes normales de flexion. Le moment résistant s'en trouve donc réduit, et le règlement traduit cette réduction en abaissant la limite d'élasticité de l'aire de cisaillement. Cette réduction reste toutefois faible tant que l'effort tranchant est modéré : l'EN 1993-1-1 § 6.2.8(2) établit qu'elle peut être négligée en deçà de la moitié de la résistance plastique. C'est cette condition qui autorise à conduire les vérifications de flexion et de cisaillement indépendamment l'une de l'autre.

  • Ce que la condition autorise : De vérifier la flexion sans réduction du moment résistant, donc de traiter les deux sollicitations séparément — pratique courante qui n'est légitime que si cette condition est satisfaite.
  • Vérification : Le seuil est la moitié de la résistance plastique au cisaillement, valeur déjà établie à la question précédente.
  • Ce qui se passe au-delà : La limite d'élasticité de l'aire de cisaillement doit être réduite pour le calcul du moment résistant, et les deux vérifications ne peuvent plus être découplées.
  • Réserve du règlement : Cette dispense ne vaut pas si le voilement par cisaillement réduit la résistance de la section — ce qui rend la deuxième vérification préalable à celle-ci.
\[ \begin{aligned} V_{\text{Ed}} \le 0{,}5 \, V_{\text{pl,Rd}} \end{aligned} \]
Que dit cette équation physiquement ? L'acier ne peut pas tout faire à la fois. Ce qu'il consacre à résister au cisaillement, il ne l'a plus pour la flexion — mais tant que le cisaillement reste modéré, la part prélevée est trop faible pour compter.
Décomposition des termes :
  • \( V_{\text{Ed}} \) : effort tranchant de calcul, unité : kN
  • \( V_{\text{pl,Rd}} \) : résistance plastique au cisaillement, unité : kN
  • \( M_{\text{c,Rd}} \) : moment résistant de calcul de la section, unité : kN·m

!
L'Erreur Classique (Le Piège)

"Conclure qu'aucun raidisseur d'âme n'est nécessaire au seul motif que le taux de sollicitation au cisaillement est faible."

L'approche d'ingénieur : Le raisonnement paraît naturel : si la section n'est chargée qu'à 7 %, pourquoi la raidir ? Il confond pourtant deux modes de ruine sans rapport l'un avec l'autre :
  • Pourquoi le taux ne renseigne pas sur le voilement : La plastification dépend de la quantité de matière qui reprend l'effort ; le voilement dépend de la géométrie de l'âme, c'est-à-dire du rapport de sa hauteur à son épaisseur. Le critère de l'EN 1993-1-1 § 6.2.6(6) ne fait d'ailleurs intervenir aucune sollicitation : il est purement géométrique. Une âme trop élancée reste donc à vérifier au voilement même sous un effort tranchant nul.
  • Ce que l'omission produit : Sur ce profilé, l'élancement vaut 39,2 pour une limite de 58 : la conclusion est favorable, mais elle n'était pas acquise d'avance. Une âme de 5 mm d'épaisseur pour la même hauteur donnerait un élancement de 55,7, encore admissible ; une âme de 4,5 mm porterait ce rapport à 61,9 et dépasserait la limite, imposant une vérification selon l'EN 1993-1-5 — alors que le taux de sollicitation resterait dérisoire.
  • Comment on l'évite : En conduisant la vérification d'élancement systématiquement, et non seulement lorsque le taux de sollicitation paraît élevé. Sur un profilé laminé courant, elle est presque toujours satisfaite ; sur une poutre reconstituée soudée, dont l'âme est volontairement mince, elle devient le critère déterminant.
Exécution de la Note de Calculs
Check-up des Unités (Optionnel)
  • Les efforts sont en kilonewtons et les taux sans dimension.
  • Les hauteurs et épaisseurs sont en millimètres.
  • L'élancement, rapport de deux longueurs, est un nombre sans dimension.

Les trois vérifications sont conduites successivement, chacune faisant l'objet d'un calcul distinct.

1. Résolution Numérique Vérification 1 — Taux de sollicitation au cisaillement

Pourquoi fait-on ce calcul ? Parce que c'est le critère premier : il établit si la section peut reprendre l'effort appliqué sans plastifier.

Méthodologie du calcul :

On divise l'effort tranchant de calcul par la résistance plastique au cisaillement.

  • Données employées : \( V_{\text{Ed}} = 38{,}70 \text{ kN} \) et \( V_{\text{pl,Rd}} = 526{,}17 \text{ kN} \).
  • Critère à satisfaire : Le rapport doit rester inférieur ou égal à un.
\[ \begin{aligned} \text{UR} &= \frac{38{,}70}{526{,}17} \\ &= \mathbf{0{,}0736} \end{aligned} \]
Analyse intermédiaire du chiffre :

Le taux de sollicitation s'établit à 0,0736 : la section n'utilise que 7,4 % de sa capacité au cisaillement. Le critère est très largement satisfait.

  • Verdict : \( 0{,}0736 \le 1{,}00 \) : la vérification de résistance au cisaillement est satisfaite avec un facteur treize de réserve.
  • Ce que ce chiffre signifie : Il ne s'agit pas d'un surdimensionnement mais d'une conséquence normale : le profilé a été choisi pour la flexion, et le cisaillement croît comme la portée quand le moment croît comme son carré.

Remarque pédagogique : Un taux aussi faible pourrait laisser croire la vérification superflue. Elle ne l'est pas : c'est précisément parce qu'on l'a conduite que l'on sait qu'elle est satisfaite. Sur une poutre courte et fortement chargée — une console de reprise, un sommier —, le rapport s'inverserait et le cisaillement deviendrait dimensionnant.

Vérification 2 — Élancement de l'âme

Pourquoi fait-on ce calcul ? Parce que la résistance plastique employée à la vérification précédente suppose que l'âme plastifie effectivement, ce qui n'arrive que si elle ne voile pas avant.

Méthodologie du calcul :

On calcule la hauteur d'âme entre semelles, on la rapporte à l'épaisseur d'âme, puis on compare le résultat à la limite propre à la nuance.

  • Données employées : \( h = 300 \text{ mm} \), \( t_{\text{f}} = 10{,}7 \text{ mm} \) et \( t_{\text{w}} = 7{,}1 \text{ mm} \).
  • Limite applicable : 58 pour l'acier S355, conformément à l'EN 1993-1-1 § 6.2.6(6).
\[ \begin{aligned} h_{\text{w}} &= 300 - 2 \times 10{,}7 = 278{,}6 \text{ mm} \\ \frac{h_{\text{w}}}{t_{\text{w}}} &= \frac{278{,}6}{7{,}1} \\ &= \mathbf{39{,}24} \end{aligned} \]
Analyse intermédiaire du chiffre :

L'élancement de l'âme vaut 39,24, très inférieur à la limite de 58 applicable à l'acier S355. Le voilement par cisaillement est donc écarté, et aucun raidisseur d'âme intermédiaire n'est nécessaire.

  • Marge disponible : \( 39{,}24/58 = 0{,}68 \) : l'élancement consomme 68 % de la limite admise. La marge est confortable mais pas illimitée.
  • Cohérence de la limite : \( 72 \times \sqrt{235/355} = 72 \times 0{,}814 = 58{,}6 \), arrondi à 58 par le règlement. La même construction donne 66,6 pour le S275, arrondi à 66 : les deux valeurs procèdent bien de la même règle.

Remarque pédagogique : C'est cette vérification, et elle seule, qui justifie la conclusion sur les raidisseurs. Le critère étant purement géométrique, il ne dépend d'aucune sollicitation : le taux de 7,4 % établi précédemment n'y aurait apporté aucune réponse.

Vérification 3 — Interaction avec le moment fléchissant

Pourquoi fait-on ce calcul ? Parce que la vérification en flexion est conduite séparément, ce qui n'est légitime que si le cisaillement ne réduit pas le moment résistant.

Méthodologie du calcul :

On compare l'effort tranchant de calcul à la moitié de la résistance plastique au cisaillement.

  • Données employées : \( V_{\text{Ed}} = 38{,}70 \text{ kN} \) et \( V_{\text{pl,Rd}} = 526{,}17 \text{ kN} \).
  • Condition applicable : Celle de l'EN 1993-1-1 § 6.2.8(2), sous réserve que le voilement ne réduise pas la résistance de la section — point acquis à la vérification précédente.
\[ \begin{aligned} 0{,}5 \, V_{\text{pl,Rd}} &= 0{,}5 \times 526{,}17 \text{ kN} \\ &= \mathbf{263{,}09} \text{ kN} \end{aligned} \]
Analyse intermédiaire du chiffre :

Le seuil s'établit à 263,09 kN, très largement supérieur aux 38,70 kN appliqués. L'effet du cisaillement sur le moment résistant peut donc être négligé, et la vérification en flexion peut être conduite sans réduction du moment résistant.

  • Verdict : \( 38{,}70 \le 263{,}09 \) : la condition est satisfaite avec un facteur près de sept. Les deux vérifications peuvent être découplées.
  • Ordre logique des trois contrôles : Cette troisième vérification suppose la deuxième acquise, le règlement réservant la dispense au cas où le voilement ne réduit pas la résistance. L'ordre dans lequel les contrôles sont menés n'est donc pas indifférent.

Remarque pédagogique : Cette condition est celle qui légitime une pratique universelle : vérifier la flexion à mi-travée et le cisaillement aux appuis, comme s'il s'agissait de deux problèmes séparés. Ce découplage n'a rien d'évident — les deux sollicitations coexistent en toute section — et il n'est autorisé que parce que le cisaillement reste modéré là où le moment est critique.

LES TROIS VÉRIFICATIONS ET LEURS MARGES RESPECTIVES
LES TROIS VÉRIFICATIONS QUE LE RÈGLEMENT IMPOSE Résistance 526,17 kN de résistance plastique 38,70 kN appliqués — taux 0,0736 Voilement élancement d'âme 58 admis pour l'acier S355 39,2 constaté Interaction moment et tranchant 263,09 kN — seuil 38,70 kN — interaction négligeable aucun raidisseur d'âme n'est nécessaire, et la vérification en flexion peut être conduite séparément sans réduction du moment résistant
RÉSULTAT FINAL
\( \text{UR} \) = 0,0736
"Les trois vérifications sont satisfaites : résistance à 7,4 %, élancement d'âme de 39,2 pour 58 admis, et interaction négligeable — aucun raidisseur n'est nécessaire."
SCHÉMA BILAN — POUTRE IPE 300 : CHARGEMENT, EFFORT TRANCHANT ET SECTION
POUTRE IPE 300 — CHARGEMENT PONDÉRÉ, EFFORT TRANCHANT ET SECTION 12,90 kN/m L = 6,00 m IPE 300 Av = 2 567 mm² DIAGRAMME DE L'EFFORT TRANCHANT +38,70 −38,70 TAUX 0,0736 SYNTHÈSE DE LA VÉRIFICATION AU CISAILLEMENT charge de calcul 12,90 kN/m aire de cisaillement 2 567 mm² effort tranchant appliqué 38,70 kN résistance plastique 526,17 kN élancement d'âme 39,2 pour 58 seuil d'interaction 263,09 kN
SYNTHÈSE DU BUREAU D'ÉTUDES

BILAN FINAL DE LA MISSION

Rapport de Fin de Mission

Checklist d'Auto-Évaluation

Avant de clore cet exercice, vérifiez que vous avez bien assimilé la démarche globale de conception :

La combinaison fondamentale de l'EN 1990 § 6.4.3.2, expression (6.10), réduite à deux termes en l'absence de seconde action variable, conduit à une charge de calcul de 12,90 kN/m. L'effort tranchant, établi par bilan des forces à gauche d'une coupure, décroît linéairement de la valeur maximale \( p_{\text{Ed}} L/2 \) à l'appui gauche jusqu'à son opposée à l'appui droit : il atteint donc 38,70 kN aux appuis et s'annule à mi-travée. L'aire de cisaillement du profilé, établie par l'EN 1993-1-1 § 6.2.6(3), vaut 2 567 mm² — soit 48 % de la section, la valeur calculée coïncidant avec les 25,68 cm² du catalogue. La résistance plastique au cisaillement s'élève alors à 526,17 kN. Les trois vérifications réglementaires sont satisfaites : le taux de sollicitation atteint 0,074 ; l'élancement d'âme vaut 39,24 pour une limite de 58 en acier S355, ce qui écarte le voilement et dispense de tout raidisseur ; et l'effort tranchant reste très inférieur au seuil de 263,09 kN au-delà duquel le moment résistant devrait être réduit.

Trois enseignements se dégagent. Le premier concerne la localisation des vérifications. L'effort tranchant est la dérivée du moment fléchissant : là où l'un est extrême, l'autre s'annule. Les deux sollicitations sont donc critiques en des sections opposées, et chercher le cisaillement à mi-travée — là où l'on vérifie habituellement la flexion — donnerait exactement zéro. Ce n'est pas une coïncidence mais une conséquence mathématique. Le deuxième porte sur ce que la section mobilise réellement : les semelles, perpendiculaires à l'effort, n'y participent pas, et l'aire de cisaillement ne vaut que 48 % de l'aire du profilé. Employer l'aire totale surestimerait la résistance d'un facteur 2,1, dans le sens de l'insécurité. On notera au passage que l'acier ne mobilise en cisaillement que 58 % de sa limite d'élasticité : une section vérifiée en traction ne l'est pas automatiquement en cisaillement. Le troisième est le plus important et concerne l'indépendance des modes de ruine. Un taux de sollicitation de 7,4 % ne dit rien du risque de voilement, car le critère d'élancement de l'EN 1993-1-1 § 6.2.6(6) ne fait intervenir aucune sollicitation : il est purement géométrique. Sur ce profilé laminé, l'élancement de 39,24 laisse une marge confortable, mais une âme de 4,5 mm pour la même hauteur atteindrait 61,9 et dépasserait la limite — imposant une vérification au voilement alors même que le taux resterait dérisoire. C'est pourquoi conclure « pas de raidisseurs » exige d'avoir conduit ce contrôle, et non d'avoir constaté que la section était peu chargée.

Calcul de l'effort tranchant dans une poutre
Exercices résistances des matériauxÉtape 34 sur 80

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