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Dossier Technique : Projet Résidence "Le Belvédère"
BOÎTE À OUTILS
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Titre Outil

À DÉCOUVRIR SUR LE SITE
Calcul des Aciers d'un Poteau

Méthodologie complète pour le ferraillage des éléments comprimés.

Descente de Charges sur une Dalle

Comprendre la répartition des charges surfaciques sur les planchers.

Dimensions d'un Poteau en Béton

Guide pratique pour le prédimensionnement de la section de béton.

Descente de Charges sur une Poutre

Analyse des charges linéaires et ponctuelles sur les éléments fléchis.

Descente de Charges sur un Poteau

Calcul du cumul des charges verticales niveau par niveau.

Capacité Portante d'un Poteau

Vérification ultime de la résistance à la compression centrée.

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DOSSIER N° 2024-GC-088

Projet Résidence "Le Belvédère"

Ferraillage fondation en béton armé (Semelle Isolée S1)

1. Contexte de la mission

A. Présentation de l'Ouvrage

Le projet "Le Belvédère" est un ensemble immobilier de standing situé en périphérie de Montpellier. Il s'agit d'un bâtiment en R+5 (Rez-de-chaussée + 5 étages) comportant également un niveau de sous-sol complet destiné au stationnement. La structure est mixte : voiles en béton armé pour les façades et les cages d'escalier (contreventement), et structure poteaux-poutres pour les espaces intérieurs afin de permettre une flexibilité d'aménagement des appartements.

Le sous-sol impose une excavation d'environ 3.00 mètres de profondeur. Les fondations seront donc ancrées dans le "bon sol" géotechnique identifié à cette cote, à l'abri des variations hydriques de surface (dessiccation/réhydratation des argiles).

B. Votre Rôle : Projeteur Structure

Vous intégrez l'équipe du Bureau d'Études Structures (BET) en phase d'Exécution (EXE). Les plans d'architecte sont figés, et le permis de construire est obtenu. Votre responsabilité est désormais de produire les documents techniques qui serviront directement à la construction sur le chantier.

Vous avez la charge spécifique de la Semelle Isolée S1. Ce n'est pas un choix anodin : située sous le poteau central P1, elle reprend les charges cumulées de la toiture-terrasse inaccessible, des 5 niveaux d'habitation et du plancher haut du sous-sol. C'est l'élément de fondation le plus sollicité de l'ouvrage (la "file critique"). Si cette semelle est mal dimensionnée, les risques de tassements différentiels pourraient fissurer la structure de tout l'immeuble.

Fiche d'Identité du Projet
  • 📍 Localisation : Montpellier (Hérault - 34).
  • 🌍 Contexte Sismique : Zone 2 (Faible) selon l'Eurocode 8.
  • 🏢 Maîtrise d'Ouvrage : SCI Le Belvédère (Promoteur privé).
  • 📐 Maîtrise d'Œuvre : Studio Omega (Architecte DPLG).
  • 🔍 Contrôle Technique : Bureau Veritas (Mission L+S).
  • 🏗️ Géotechnique : Sol type "Marnes bleues compactes".
  • 📉 Capacité Portante : \(\bar{\sigma}_{sol} = 0.25 \text{ MPa}\) (ELS).
⚠️ Enjeux & Risques

1. Poinçonnement du sol : La charge est très élevée (700 kN à l'ELS) sur une surface ponctuelle. Le risque principal est que la semelle s'enfonce brutalement dans le sol.

2. Rupture du béton : La semelle subit une flexion importante dans les deux directions. Sans acier suffisant, elle casserait net en son centre sous l'effet du "poinçon" formé par le poteau.

3. Durabilité : Étant enterrée, la fondation est soumise à l'agressivité chimique du sol. L'enrobage des aciers est un point de vigilance absolu.

PLAN DE REPÉRAGE - NIVEAU FONDATIONS
ÉCHELLE : 1/50
A B C 1 LG 20x40 S2 S1 ÉTUDE EN COURS S2 N
Semelle BA
Poteau BA
Longrine
Niveau : Fondations (-2.80m / TN)

Note de service (Ingénieur Principal) : "Attention, nous sommes en phase d'exécution. Les dimensions que vous allez calculer serviront à fabriquer le coffrage sur le chantier. Soyez précis sur les arrondis (toujours au multiple de 5cm supérieur) et vérifiez rigoureusement la condition de non-poinçonnement du sol."


2. Cahier des Charges & Définition des Livrables

La mission qui vous est confiée est contractuelle. Elle consiste à produire une Note de Calculs Justificative qui devra être validée par le Bureau de Contrôle avant tout coulage de béton. Voici le détail exhaustif de ce qui est attendu pour l'élément S1 :

1. Validation Géotechnique (ELS)

L'objectif : Déterminer la surface de contact au sol \((A \times B)\).
La règle : La pression exercée par la fondation sur le sol ne doit jamais dépasser la contrainte admissible \(\bar{\sigma}_{sol}\) fournie par le géotechnicien.
Le piège à éviter : Faire ce calcul à l'ELU (État Limite Ultime). Pour le sol, on travaille toujours à l'ELS (État Limite de Service) car le critère dimensionnant est le tassement (déformation) et non la rupture brutale du sol.

2. Définition de la Hauteur (Rigidité)

L'objectif : Fixer la hauteur totale \(h\) de la semelle.
La règle : Nous cherchons à concevoir une semelle "rigide". Cela signifie que la semelle ne se déforme pas en banane, mais reste plate. Cela permet d'utiliser la méthode de calcul simplifiée des bielles et d'éviter de devoir mettre des aciers verticaux (étriers) complexes à poser.
Le critère : La condition géométrique \(d \ge \frac{A-a}{4}\) doit être strictement respectée.

3. Calcul du Ferraillage (ELU)

L'objectif : Calculer la quantité d'acier \(A_s\) (en cm²) pour "coudre" le béton en partie basse.
La règle : Le béton résiste très bien à la compression mais casse en traction. Sous l'effet de la charge, la semelle tend à s'écarter à sa base. L'acier doit reprendre 100% de cet effort de traction.
La méthode : Utilisation de la méthode des bielles à l'ELU (charges majorées pour la sécurité).

4. Plan d'Exécution & Dispositions Constructives

L'objectif : Traduire les calculs en un plan lisible par le ferrailleur.
Les détails cruciaux :
• Choix commercial des barres (diamètres standards : 10, 12, 14, 16 mm).
• Espacement entre barres (pour permettre le passage du béton).
• Forme des ancrages (crosses) pour que les barres ne glissent pas.
• Respect de l'enrobage (35mm) pour la durabilité.

🎥 Principe Mécanique : Le "Bulbe de Pression"

Ce schéma coupe montre comment la charge ponctuelle du poteau se diffuse dans le sol (cône de diffusion à 45° environ) et comment la semelle travaille en flexion inversée.

N Pression Sol (σ) Traction

3. Données Techniques & Analyse du Cahier des Charges

Cette section regroupe l'ensemble des paramètres d'entrée nécessaires à l'étude. Ces données proviennent de trois sources distinctes : le rapport d'étude de sol (G2 AVP), les plans de structure (coffrage) établis par l'architecte, et le CCTP (Cahier des Clauses Techniques Particulières) qui fixe les règles du jeu contractuelles. Une lecture attentive est indispensable pour ne pas commettre d'erreur d'interprétation.

DOCUMENT DE RÉFÉRENCE
EXTRAIT DU CCTP - LOT 01 GROS ŒUVRE (Indice B)
ARTICLE 2.1 : BÉTONS DE FONDATION

Les ouvrages de fondations superficielles seront réalisés en béton armé de classe de résistance minimale C25/30 selon la norme NF EN 206-1.
Justification : Cette classe garantit une résistance caractéristique à la compression de 25 MPa sur cylindre à 28 jours, adaptée aux environnements modérément agressifs.
Composition : Ciment CEM II 32.5, dosage minimum 350 kg/m³. Granulats Dmax = 20mm pour assurer un bon enrobage.

ARTICLE 2.2 : ARMATURES ET ACIERS

L'entreprise utilisera exclusivement des aciers Haute Adhérence (HA) de nuance B500B.
Caractéristique clé : Limite élastique \(f_{yk} = 500\) MPa.
Ductilité : Classe B (recommandée pour la redistribution des efforts).
Façonnage : Tous les cadres et étriers seront fermés par des crochets normalisés à 135°.

ARTICLE 2.3 : DISPOSITIONS CONSTRUCTIVES (ENROBAGE)

Conformément à l'Eurocode 2 (Tableau 4.4N) pour les fondations coulées sur béton de propreté, l'enrobage nominal des armatures sera strictement de \(c_{nom} = 35\) mm.
Note chantier : L'utilisation de cales d'enrobage en béton ou plastique agréé est obligatoire (4 par m²). Le coulage à même la terre est interdit (risque de corrosion immédiate).

A. Analyse des Contraintes Environnementales & Réglementaires

Le dimensionnement ne dépend pas uniquement des charges, mais aussi de l'environnement physique de l'ouvrage. Voici les paramètres qui influencent directement les coefficients de sécurité et la durabilité :

  • Référentiel de Calcul : Eurocode 2 + DTU 13.1
    L'Eurocode 2 régit le calcul du béton armé (résistance des matériaux), tandis que le DTU 13.1 (Document Technique Unifié) impose les règles de mise en œuvre spécifiques aux fondations superficielles (profondeur hors gel, dispositions de ferraillage minimales).
  • Classe d'Exposition : XC2 (Humide, rarement sec)
    Les fondations sont enterrées et soumises à l'humidité des sols. Le risque de carbonatation est faible mais le risque de corrosion existe si l'enrobage est insuffisant. C'est ce paramètre qui impose les 35mm d'enrobage minimum, contre 25mm en intérieur.
B. Caractéristiques Mécaniques des Matériaux

Pour les calculs aux États Limites (ELU), nous n'utilisons pas la résistance théorique du matériau, mais une valeur de calcul minorée par un coefficient de sécurité partiel (\(\gamma\)) qui couvre les incertitudes de fabrication.

Matériau Notation Valeur Caractéristique (Labo) Coeff. Sécurité (\(\gamma\)) Valeur de Calcul (ELU) Commentaire
Béton C25/30 \(f_{ck}\) 25 MPa \(\gamma_c = 1.5\) \(f_{cd} = \frac{25}{1.5} \approx 16.67\) MPa Résistance en compression fiable à 95%
Acier B500B \(f_{yk}\) 500 MPa \(\gamma_s = 1.15\) \(f_{yd} = \frac{500}{1.15} \approx 435\) MPa Limite élastique avant déformation plastique
C. Données Géométriques (Interface Structure)

La semelle S1 supporte le poteau P1 situé à l'intersection des files A et 1. La géométrie du porteur impose la géométrie de départ de la fondation.

Paramètre Symbole Valeur Implication pour le calcul
Largeur Poteau \(a\) 0.30 m Poteau carré \(\rightarrow\) La semelle sera préférentiellement carrée (homothétie des dimensions) pour optimiser la répartition des pressions au sol.
Longueur Poteau \(b\) 0.30 m
D. Bilan des Charges & Géotechnique

C'est la partie critique. Le bureau d'études géotechniques a défini la contrainte admissible du sol. Si nous dépassons cette valeur, le bâtiment risque de s'enfoncer ou de basculer. Les charges proviennent de la descente de charges cumulée depuis la toiture jusqu'au RDC.

DONNÉES DE CHARGEMENT (POTEAU P1)
Charge Permanente G 0.500 MN (500 kN) Nature de G Poids propre (Béton), Façades, Revêtements
Charge Exploitation Q 0.200 MN (200 kN) Nature de Q Personnes, Meubles, Cloisons mobiles
Contrainte Sol ELS 0.25 MPa Type de Sol Marnes bleues compactes (Incompressible)
Vue en Plan (Principe)
Axe Poteau A = ? B = ?
Coupe A-A (Principe)
Sol Assise N h = ?
Modélisation : Méthode des Bielles
Bielle C1 Bielle C2 Tirant (Acier) As Nu

Comprendre le modèle : Dans une semelle rigide, la charge ne se diffuse pas comme dans une poutre en flexion. Elle "descend" directement vers les coins via des bielles de béton comprimé (en bleu). Cette compression oblique tend à écarter les appuis (comme un grand écart), créant une force de traction horizontale très importante à la base : c'est le rôle de l'acier (le tirant rouge) de reprendre cet effort pour empêcher la semelle de s'ouvrir.

E. Descente de Charges & Combinaisons

Le calcul des fondations nécessite deux vérifications distinctes avec des combinaisons de charges différentes. Il est crucial de ne pas les mélanger.

État Limite Objectif Formule de Combinaison Calcul pour P1
ELS (Service) Vérifier le sol (Tassements) \(N_{ser} = G + Q\) \(0.50 + 0.20 = \mathbf{0.70 \text{ MN}}\)
ELU (Ultime) Dimensionner le Béton Armé (Rupture) \(N_{u} = 1.35G + 1.5Q\) \(1.35(0.50) + 1.5(0.20) = \mathbf{0.975 \text{ MN}}\)
F. Méthodologie d'étude : Le plan de bataille

Pour mener à bien ce dimensionnement, nous allons procéder par étapes logiques et séquentielles :

  1. Géométrie (ELS) : Nous commencerons par déterminer la surface au sol \((A \times B)\). Pourquoi ? Parce que c'est le sol qui dicte sa loi. On ne peut pas calculer le béton tant qu'on ne sait pas quelle surface est nécessaire pour ne pas enfoncer le terrain.
  2. Hauteur (Rigidité) : Une fois la largeur \(A\) connue, nous fixerons la hauteur \(h\) de la semelle. Nous utiliserons la condition de rigidité pour s'assurer que la semelle est assez trapue pour appliquer la méthode des bielles (plus simple et plus sûre).
  3. Aciers (ELU) : Enfin, connaissant la géométrie et l'effort ultime, nous calculerons la section d'acier \(A_{\text{s}}\) nécessaire pour "coudre" la base de la semelle et reprendre la traction.
  4. Plan d'Exécution : Nous synthétiserons tout cela dans un plan clair pour le chantier.

🏗️

Analyse Préliminaire Approfondie

Ingénieur Structure • Phase Avant-Projet
RÉF: NOTE-PRELIM-FOND-01
"Le dimensionnement d'une fondation ne se résume pas à appliquer une formule. C'est l'art de gérer l'interface critique entre un matériau rigide et maîtrisable (le béton armé) et un matériau naturel, hétérogène et déformable (le sol). Voici l'analyse détaillée des phénomènes physiques en jeu."
1. Interaction Sol-Structure (Géotechnique)
🌍

Le Phénomène Physique :

Lorsqu'une charge est appliquée sur le sol, elle ne reste pas concentrée sous la semelle. Elle se diffuse en profondeur selon un cône de pression (le "bulbe des contraintes"). Si la pression de contact (\(\sigma\)) est trop forte, les grains du sol se réorganisent (tassement) ou s'écartent latéralement (poinçonnement/rupture).

Stratégie Ingénieur :
Nous allons utiliser le principe de la "raquette de neige". En augmentant la surface de contact \(S = A \times B\), nous réduisons la pression unitaire (\(\sigma = N/S\)) jusqu'à ce qu'elle soit inférieure à la résistance du sol (\(\bar{\sigma}_{sol}\)). C'est le seul levier dont nous disposons pour protéger le sol.
2. Le Choix de la Rigidité (Structure)
📐

Semelle Souple vs Rigide :

Si la semelle est trop fine (souple), elle va se courber comme une feuille de papier ("effet banane"). Cela génère des efforts tranchants complexes qui nécessiteraient de poser des étriers (cadres verticaux) très difficiles à mettre en œuvre en fondation.

La Solution "Semelle Rigide" :
En imposant une hauteur minimale \(d \ge \frac{A-a}{4}\), nous créons un bloc de béton massif indéformable. Les contraintes de cisaillement sont absorbées par la masse du béton (bielles comprimées). Résultat : Aucun étrier n'est nécessaire, seulement une nappe d'aciers en partie basse. C'est l'option la plus économique et la plus sûre.
3. La Méthode des Bielles (Modélisation)
⛓️

Le modèle du Treillis :

Imaginez la semelle comme un treillis (une charpente) triangulaire. La charge du poteau "coule" vers les appuis via des diagonales imaginaires en béton comprimé (les bielles). Cette compression oblique tend à écarter les pieds du triangle vers l'extérieur.

Rôle de l'Acier :
Le béton ne résistant pas à la traction, il casserait sous cet effort d'écartement. Nous plaçons donc une nappe d'aciers puissante à la base pour jouer le rôle de tirant et maintenir la cohésion de la semelle. C'est ce tirant que nous calculons avec la formule \(A_s\).
4. Vigilance Exécution (Chantier)
⚠️

L'Ancrage est la Clé :

La force de traction dans l'acier est maximale juste sous le poteau. L'acier doit être "agrippé" dans le béton sur une longueur suffisante de part et d'autre de ce point pour ne pas glisser. Or, en fondation, la distance disponible jusqu'au bord est souvent courte.

Dispositions Obligatoires :
1. Crosses : On courbe systématiquement les extrémités des barres à 135° ou 90° (retours d'équerre) pour assurer un ancrage mécanique indéfectible.
2. Propreté : Le béton de propreté (5cm) est non négociable pour garantir que les aciers ne touchent pas la terre (corrosion foudroyante).
💡
Le conseil de l'Expert :

"Ne vous jetez pas sur la calculatrice ! Comprenez bien la séquence :
1. Le SOL dicte la SURFACE (calcul ELS).
2. Le BÉTON dicte la HAUTEUR (calcul de rigidité).
3. Les CHARGES dictent les ACIERS (calcul ELU).
Si vous mélangez cet ordre, vous devrez tout recommencer."


Analyse technique : Ferraillage fondation en béton armé (Semelle S1)

Question 1 : Détermination des dimensions en plan (A x B)

1. Principe Physique & Mécanique

Le rôle premier d'une fondation superficielle est de transmettre les charges du bâtiment au sol sans que celui-ci ne cède. Imaginez le sol comme une éponge un peu dure. Si vous appuyez dessus avec une aiguille (le poteau), vous la transpercez (poinçonnement). Si vous appuyez avec la paume de la main (la semelle), la force est répartie et l'éponge résiste.

L'objectif est donc de trouver la surface de "paume" (la surface \(S = A \times B\)) minimale nécessaire pour que la pression exercée soit inférieure à la résistance de l'éponge (la contrainte admissible du sol).

2. Mini-Cours : Pourquoi l'ELS et pas l'ELU ?

Le paradoxe du Géotechnicien :
En béton armé, on dimensionne souvent à l'ELU (État Limite Ultime) pour éviter que la poutre ne casse. Mais pour le sol, la rupture brutale est rare. Le vrai danger, c'est le tassement (l'enfoncement lent).

Si le sol s'affaisse de 2 cm sous une fondation et pas sous l'autre, le bâtiment se fissure, les portes coincent, les vitres explosent. C'est un problème de "Service". C'est pourquoi, pour dimensionner la surface au sol, on utilise les charges de service (ELS : non pondérées) et une contrainte de sol admissible (\(\bar{\sigma}_{sol}\)) qui inclut déjà une grosse marge de sécurité (souvent facteur 3) pour limiter ces tassements.

3. Normes & Références

Le dimensionnement respecte le DTU 13.1 (Fondations superficielles) et l'Eurocode 7 (Calcul géotechnique). Ces textes imposent de vérifier que la contrainte appliquée est strictement inférieure à la contrainte admissible déterminée par l'essai de sol (pressiomètre ou pénétromètre).

4. Analyse des Formules

La Condition Fondamentale de Portance

La formule de base est une simple pression : \( \text{Pression} = \frac{\text{Force}}{\text{Surface}} \).

Inéquation de vérification

\[ \sigma_{\text{sol}} = \frac{N_{\text{ser}}}{S} \le \bar{\sigma}_{\text{sol}} \]

Où :
• \(\sigma_{\text{sol}}\) est la contrainte réelle appliquée par notre semelle.
• \(N_{\text{ser}}\) est la charge totale descendue du bâtiment (G + Q).
• \(S\) est la surface de la semelle (\(A \times B\)).
• \(\bar{\sigma}_{\text{sol}}\) est la "limite de vitesse" autorisée par le sol.

Pour trouver la surface, on transforme l'inéquation :

Surface minimale requise

\[ S_{\text{min}} \ge \frac{N_{\text{ser}}}{\bar{\sigma}_{\text{sol}}} \]
5. Hypothèses de Travail

Pour mener ce calcul préliminaire, nous posons les hypothèses suivantes :

  • Poids propre négligé : Le poids du béton de la semelle est souvent compensé par le poids des terres qu'on a enlevées pour creuser la fouille. On considère donc en première approche que \(N_{ser}\) suffit.
  • Charge centrée : On suppose que le poteau appuie pile au milieu de la semelle. Si ce n'était pas le cas, la pression ne serait pas uniforme (diagramme triangulaire) et le calcul serait plus complexe.
  • Semelle Homothétique : Le poteau est carré, donc la semelle sera carrée pour que les débords soient égaux de chaque côté.
6. Données d'Entrée
DonnéeSymboleValeurUnité SIOrigine
Charge Permanente\(G\)0.500MNDescente de charges
Charge Exploitation\(Q\)0.200MNDescente de charges
Contrainte Sol\(\bar{\sigma}_{\text{sol}}\)0.25MPa (MN/m²)Rapport de Sol G2
7. Astuces de Calcul

Le piège des unités : La contrainte de sol est souvent donnée en "bars" par les anciens ou en "kPa". Pour le calcul, l'unité reine est le MPa (Mégapascal).
Rappel magique : \(1 \text{ MPa} = 1 \text{ MN/m}^2\).
Si vous avez vos forces en MN et votre sol en MPa, le résultat sortira directement en m². Pas de conversion compliquée !

8. Schémas : Situation Initiale
Le Problème Posé
S = ? Nser = G + Q Résistance Sol = 0.25 MPa
9. Résolution Détaillée Pas à Pas
Étape A : Calcul de la charge de service (Nser)

On additionne simplement les charges permanentes et d'exploitation sans coefficient de majoration (car nous sommes à l'ELS).

\[ \begin{aligned} N_{\text{ser}} &= G + Q \\ &= 0.500 \text{ MN} + 0.200 \text{ MN} \\ &= 0.700 \text{ MN} \end{aligned} \]
Étape B : Calcul de la surface minimale théorique

On applique la formule \(S \ge N / \sigma\). On divise la force totale par la résistance unitaire du sol.

\[ \begin{aligned} S_{\text{min}} &= \frac{N_{\text{ser}}}{\bar{\sigma}_{\text{sol}}} \\ &= \frac{0.700 \text{ MN}}{0.25 \text{ MN/m}^2} \\ &= 2.80 \text{ m}^2 \end{aligned} \]

Cela signifie que si la semelle fait moins de 2.80 m², elle s'enfoncera dangereusement.

Étape C : Détermination du côté A

Puisque la semelle est carrée, sa surface est \(S = A \times A = A^2\). Pour retrouver le côté \(A\), on prend la racine carrée.

\[ \begin{aligned} A_{\text{théo}} &= \sqrt{S_{\text{min}}} \\ &= \sqrt{2.80} \\ &\approx 1.67332... \text{ m} \end{aligned} \]
Étape D : Normalisation (Arrondi chantier)

Sur un chantier, on ne coffre pas au millimètre. Les banches et planches de coffrage sont modulaires. Il est d'usage d'arrondir les dimensions des fondations au multiple de 5 cm supérieur.
Si on prenait 1.65 m, la surface serait \(1.65^2 = 2.72 \text{ m}^2\), ce qui est inférieur à 2.80 m² (NON CONFORME).
On passe donc à la dimension supérieure.

\[ A_{\text{retenu}} = 1.70 \text{ m} \]
Étape E : Vérification finale

On recalcule la surface réelle avec la dimension arrondie pour être sûr.

\[ \begin{aligned} S_{\text{réelle}} &= 1.70 \times 1.70 \\ &= 2.89 \text{ m}^2 \end{aligned} \]

Conclusion : \(2.89 \text{ m}^2 > 2.80 \text{ m}^2\). La condition est vérifiée avec une petite marge de sécurité supplémentaire.

10. Schémas : Validation
La Solution Retenue
1.70 m S = 2.89 m² OK
11. Réflexions & Analyse Critique

Le ratio \(S_{réelle} / S_{min} = 2.89 / 2.80 = 1.03\). Nous avons 3% de marge de sécurité supplémentaire due à l'arrondi. C'est économiquement très satisfaisant (on ne gaspille pas de béton) tout en étant techniquement sûr.

12. Points de vigilance

Attention au "Gros Béton" : Si le bon sol est plus profond que prévu (par exemple à -3.50m au lieu de -3.00m), on ne coule pas une semelle plus épaisse ! On remplit le vide avec du "Gros Béton" (béton cyclopéen bon marché) jusqu'à la cote sous-semelle, et on pose la semelle dessus. La dimension A x B reste la même.

13. Points à Retenir

Pour cette étape, mémorisez la séquence :

  1. Sol = Service (ELS).
  2. Pression = Force / Surface.
  3. On arrondit toujours les coffrages vers le haut (module 5cm).
14. Le saviez-vous ?

La Tour de Pise penche non pas à cause d'un défaut de la pierre, mais à cause d'un sous-dimensionnement de la surface de fondation sur un sol argileux compressible. La pression exercée était supérieure à la limite élastique du sol d'un côté, créant un tassement différentiel historique !

15. FAQ (Foire Aux Questions)
Et si mon poteau est rectangulaire (ex: 30x50) ?

Dans ce cas, pour que les débords soient constants (optimisation des aciers), on choisit une semelle rectangulaire telle que \(B - A = b - a\). On résout le système d'équations pour trouver A et B.

Le poids de la semelle est-il vraiment négligeable ?

Oui et non. Dans une note précise, on ajoute le poids propre de la semelle (\(25 \text{ kN/m}^3 \times \text{Volume}\)) aux charges. Cependant, comme on enlève de la terre (\(\approx 18 \text{ kN/m}^3\)) pour mettre du béton à la place, le surcoût de poids est faible. La marge prise sur la contrainte de sol couvre largement cette différence en pré-dimensionnement.

Dimension Retenue : Semelle Carrée de 1.70 m de côté.

A vous de jouer
Si la contrainte du sol était plus faible, disons 0.20 MPa, quelle serait la surface minimale ?

📝 Mémo technique
"Qui peut le plus peut le moins" : Une surface plus grande réduit la contrainte. Une surface plus petite l'augmente dangereusement.


Question 2 : Détermination de la hauteur (Condition de rigidité)

1. Principe Physique & Mécanique

La hauteur d'une fondation n'est pas choisie au hasard pour des raisons esthétiques (elle est enterrée !). Elle détermine le mode de fonctionnement mécanique de la semelle.

Deux cas de figure existent :
1. Semelle Souple (plate) : Elle se plie comme une planche de plongeoir. Le béton risque de cisaller (couper) près du poteau. Il faut mettre beaucoup d'aciers verticaux (étriers) pour "coudre" les fissures. C'est long et cher à fabriquer.
2. Semelle Rigide (trapue) : C'est un bloc massif. La charge "coule" directement du poteau vers le sol via des bielles de compression inclinées. Le béton adore la compression ! Pas besoin d'aciers verticaux, juste une nappe en bas pour tenir l'écartement. C'est ce que nous cherchons.

2. Mini-Cours : La Règle des Bielles

L'angle magique :
Pour que la méthode des bielles fonctionne (et donc pour éviter les étriers), l'inclinaison de la force de compression dans le béton doit être comprise entre 45° et 55°. Si la semelle est trop plate, l'angle est trop faible, la bielle s'écrase et le modèle ne tient plus.

Mathématiquement, cela se traduit par une condition géométrique simple : la hauteur utile \(d\) doit être au moins égale au quart de la largeur de la semelle (moins la largeur du poteau).

3. Normes & Références

Le DTU 13.1 privilégie l'usage de semelles rigides pour les bâtiments courants car elles sont plus sûres et moins sujettes aux erreurs d'exécution (pas de cadres complexes à façonner).

4. Analyse des Formules

Condition de Rigidité

\[ d \ge \frac{A - a}{4} \]

Où :
• \(d\) est la hauteur utile : distance entre le dessus de la semelle et le centre de gravité des aciers du bas (c'est la hauteur qui "travaille").
• \(A\) est la largeur de la semelle (1.70 m).
• \(a\) est la largeur du poteau (0.30 m).
• Le terme \((A-a)\) représente la largeur totale des deux débords.

Hauteur Totale de Coffrage

\[ h = d + c_{\text{nom}} \]

Pour couler le béton, on a besoin de la hauteur totale \(h\), qui inclut l'enrobage \(c_{\text{nom}}\) pour protéger les aciers.

5. Hypothèses de Travail
  • Enrobage : 35 mm (conforme CCTP pour sol non agressif), souvent arrondi à 5 cm pour le calcul de hauteur totale pour simplifier le coffrage.
  • Dimensions : On repart des dimensions validées à la Question 1 (\(A=1.70\) m).
6. Données d'Entrée
DonnéeSymboleValeurUnité
Largeur Semelle\(A\)1.70m
Largeur Poteau\(a\)0.30m
Enrobage\(c_{\text{nom}}\)0.05m (pratique)
7. Astuces de Calcul

Le débord : La valeur \(\frac{A-a}{2}\) correspond au "débord", c'est-à-dire la partie de la semelle qui dépasse du poteau. C'est comme le bras d'un levier. Plus le débord est grand, plus la semelle doit être haute pour ne pas casser.

8. Schémas : Situation Initiale
Coupe Technique - Inconnue
A = 1.70 m h = ?
9. Résolution Détaillée Pas à Pas
Étape A : Calcul du débord (Bras de levier)

Calculons la longueur de la partie en porte-à-faux.

\[ \begin{aligned} \text{Débord} &= \frac{A - a}{2} \\ &= \frac{1.70 - 0.30}{2} \\ &= \frac{1.40}{2} \\ &= 0.70 \text{ m} \end{aligned} \]

Nous avons 70 cm de béton qui dépassent de chaque côté du poteau.

Étape B : Calcul de la hauteur utile minimale (d)

On applique la condition de rigidité : \(d \ge \frac{A-a}{4}\).

\[ \begin{aligned} d_{\text{min}} &= \frac{1.70 - 0.30}{4} \\ &= \frac{1.40}{4} \\ &= 0.35 \text{ m} \end{aligned} \]

Il faut donc au moins 35 cm de matière active (béton comprimé) pour transférer la charge correctement.

Étape C : Calcul de la hauteur totale (h)

La hauteur utile \(d\) s'arrête au centre des aciers. Il faut ajouter du béton en dessous pour les protéger (enrobage).
Le CCTP impose \(c_{nom} = 35\) mm. Pour faciliter le calcul de coffrage et garder une marge de sécurité (tolérance de pose des aciers), on prend souvent \(h = d + 0.05 \text{ m}\).

\[ \begin{aligned} h_{\text{théo}} &= d_{\text{min}} + 0.05 \\ &= 0.35 + 0.05 \\ &= 0.40 \text{ m} \end{aligned} \]
Étape D : Vérification et Normalisation

La hauteur trouvée est 40 cm. C'est un multiple de 5 cm, ce qui est parfait pour le coffrage.
Vérifions la condition stricte avec l'enrobage réel (35mm = 0.035m) :
\(d_{\text{réel}} = h - c = 0.40 - 0.035 = 0.365 \text{ m}\).
\(0.365 > 0.35\) (le minimum requis). La condition est validée.

10. Schémas : Validation
Solution Retenue (Coffrage)
h=40 Bielle > 45°
11. Réflexions & Analyse Critique

Une hauteur de 40 cm pour une largeur de 1.70 m donne une semelle assez "plate" visuellement, mais mécaniquement très robuste. Si nous avions trouvé une hauteur de 80 cm, il aurait fallu réfléchir à une semelle "glacis" (forme trapézoïdale) pour économiser le béton, mais pour 40 cm, une forme parallélépipédique (bloc rectangle) est plus économique en main d'œuvre.

12. Points de vigilance

L'erreur classique : Confondre hauteur utile \(d\) et hauteur totale \(h\). Si vous coffrez à \(h=35\) cm (la valeur de \(d\)), alors votre \(d\) réel sera de \(30\) cm (après avoir enlevé l'enrobage). Votre semelle sera trop souple et risque de fissurer par cisaillement !

13. Points à Retenir

Pour cette étape, mémorisez :

  1. La condition de rigidité permet de ne pas calculer d'étriers.
  2. La formule magique est "Le quart de la largeur active".
  3. Toujours ajouter l'enrobage (5cm) à la hauteur utile calculée.
14. Le saviez-vous ?

Pourquoi pas de béton seul ? Autrefois, on faisait des massifs en béton non armé ou en maçonnerie. Mais pour reprendre la traction sans acier, il fallait une hauteur énorme (angle de diffusion de 60° soit \(h \approx 2 \times\) le débord). Pour notre semelle, il aurait fallu \(h \approx 1.40\) m de béton ! L'acier permet de réduire cette hauteur à 40 cm.

15. FAQ (Foire Aux Questions)
Puis-je faire une semelle plus haute que 40 cm ?

Oui, absolument. "Qui peut le plus peut le moins". Une semelle de 50 cm sera encore plus rigide. Cependant, cela consomme plus de béton inutilement et alourdit la fondation.

Et si je suis obligé de faire moins haut (ex: 30 cm) ?

Alors la condition de rigidité n'est plus vérifiée. Vous entrez dans le domaine des semelles souples. Vous devez calculer les contraintes de cisaillement et ajouter des aciers verticaux (étriers) pour coudre les fissures potentielles. C'est beaucoup plus complexe.

Hauteur Retenue : h = 40 cm (d = 35 cm).

A vous de jouer
Si le poteau faisait 50cm de large (au lieu de 30cm), la hauteur nécessaire augmenterait-elle ou diminuerait-elle ?

📝 Mémo technique
"Plus le poteau est large, moins la semelle souffre." (Le débord diminue).


Question 3 : Calcul des Aciers (ELU)

1. Principe Physique & Mécanique

Le béton est une pierre artificielle : il est très fort en compression (on peut marcher dessus) mais très faible en traction (si on l'étire, il casse comme de la craie).
Sous l'effet de la charge du poteau et de la réaction du sol, la semelle subit une flexion : le dessus est comprimé (le béton gère), mais le dessous s'étire. Sans acier, la semelle se fendrait en deux par le milieu.
L'objectif est de placer des barres d'acier (armatures) en partie basse pour reprendre 100% de cet effort de traction. C'est le principe du "Tirant".

2. Mini-Cours : L'État Limite Ultime (ELU)

Pourquoi changer de charges ?
À la question 1 (Sol), on vérifiait que le bâtiment ne s'enfonce pas (Service / ELS). Ici, on vérifie que la semelle ne casse pas (Ultime / ELU).
L'enjeu est la sécurité des personnes. On applique donc des coefficients de sécurité sur les charges ("Pondération") pour couvrir les incertitudes (surcharge exceptionnelle, erreur de calcul, défaut matériau).
• Charges Permanentes (G) : \(\times 1.35\) (Le poids est assez bien connu).
• Charges Variables (Q) : \(\times 1.50\) (C'est plus aléatoire).

3. Normes & Références

L'Eurocode 2 définit la méthode de calcul. Pour les semelles rigides, la méthode simplifiée des bielles est la référence standard. Elle suppose que la charge transite par des bielles de béton comprimé obliques.

4. Analyse des Formules

La Formule des Bielles

\[ A_s = \frac{N_u (A - a)}{8 \cdot d \cdot f_{yd}} \]

Décortiquons cette "formule magique" :
• \(N_u\) : Charge Ultime (La force qui écrase).
• \((A-a)\) : Largeur totale des débords (Plus c'est large, plus ça tire).
• \(d\) : Hauteur utile (Plus la semelle est haute, meilleur est le bras de levier, moins il faut d'acier). C'est pour ça que \(d\) est au dénominateur !
• \(f_{yd}\) : Résistance de calcul de l'acier.
• \(8\) : Coefficient issu de la géométrie du modèle des bielles.

5. Hypothèses de Travail
  • Fissuration : On accepte que le béton tendu en partie basse fissure. L'acier travaille seul.
  • Adhérence : On suppose une adhérence parfaite entre béton et acier (assurée par les nervures des barres HA).
6. Données d'Entrée
DonnéeSymboleValeurUnité
Charge Permanente\(G\)0.500MN
Charge Exploitation\(Q\)0.200MN
Largeur Semelle\(A\)1.70m
Largeur Poteau\(a\)0.30m
Hauteur Utile\(d\)0.35m (Question 2)
Limite Élastique Acier\(f_{yk}\)500MPa
7. Astuces de Calcul

Cohérence des unités : C'est l'étape où 90% des erreurs arrivent.
Force en MN. Distances en m. Résistance en MPa (qui est égal à MN/m²).
Le résultat \(A_s\) sortira en . Il faudra multiplier par 10 000 pour l'avoir en cm² (unité des catalogues d'armatures).

8. Schémas : Situation Initiale
Le Modèle Mécanique
As = ? Nu
9. Résolution Détaillée Pas à Pas
Étape A : Calcul de la Charge Ultime (Nu)

On pondère les charges selon la combinaison fondamentale ELU : \(1.35G + 1.5Q\).

\[ \begin{aligned} N_u &= 1.35 \times 0.500 + 1.5 \times 0.200 \\ &= 0.675 + 0.300 \\ &= 0.975 \text{ MN} \end{aligned} \]

C'est presque 100 tonnes (97.5 tonnes) de force de calcul !

Étape B : Résistance de calcul de l'acier (fyd)

L'acier B500B résiste à 500 MPa, mais on divise par un coefficient de sécurité de 1.15 pour l'acier.

\[ \begin{aligned} f_{yd} &= \frac{f_{yk}}{\gamma_s} \\ &= \frac{500 \text{ MPa}}{1.15} \\ &= 434.78... \text{ MPa} \end{aligned} \]

On prendra 435 MPa pour le calcul.

Étape C : Application de la formule des bielles

On remplace chaque terme. Attention à bien utiliser \(d=0.35\) m et non \(h=0.40\) m.

\[ \begin{aligned} A_s &= \frac{0.975 \times (1.70 - 0.30)}{8 \times 0.35 \times 435} \\ &= \frac{0.975 \times 1.40}{1218} \\ &= \frac{1.365}{1218} \\ &\approx 0.0011206 \text{ m}^2 \end{aligned} \]
Étape D : Conversion en cm²

C'est l'unité que le ferrailleur comprend.

\[ \begin{aligned} A_{s,cm^2} &= 0.0011206 \times 10\,000 \\ &= 11.206... \text{ cm}^2 \end{aligned} \]
\[ A_{s,req} = 11.20 \text{ cm}^2 \]

Il faut donc fournir au moins 11.20 cm² d'acier dans le sens X et dans le sens Y (car la semelle est carrée).

Étape E : Choix des armatures (Ferraillage réel)

On consulte un tableau de sections d'aciers. On cherche une combinaison de barres dont la somme des sections dépasse 11.20 cm² tout en permettant un espacement correct.
Essai avec du HA 12 (Section d'une barre = 1.13 cm²) :

\[ \begin{aligned} \text{Nombre} &= \frac{11.20}{1.13} \\ &= 9.91 \text{ barres} \end{aligned} \]

On ne met pas 9.9 barres, on passe à l'entier supérieur : 10 barres.

Vérification de l'espacement : Sur une largeur de 1.70 m (170 cm), avec un enrobage de 5cm de chaque côté, la largeur utile est 160 cm.

\[ \begin{aligned} \text{Espacement} &= \frac{170}{10} \\ &= 17 \text{ cm} \end{aligned} \]

Un espacement de 17 cm est parfait (permet de bien vibrer le béton). Si on avait trouvé 5 cm, il aurait fallu prendre des barres plus grosses (HA 14 ou HA 16).

10. Schémas : Validation
Disposition en Nappe
10 x HA 12 e = 17 cm
11. Réflexions & Analyse Critique

La section réelle mise en œuvre est \(10 \times 1.13 = 11.30 \text{ cm}^2\), ce qui est supérieur aux \(11.20 \text{ cm}^2\) requis. L'optimisation est excellente (moins de 1% de surplus).

12. Points de vigilance

Section minimale : Même si le calcul donnait 2 cm², les normes imposent un ferraillage minimum (condition de non-fragilité) pour éviter une rupture brutale sans fissuration préalable.

13. Points à Retenir

Méthodologie Ferraillage :

  1. Calculer Nu (Pondération).
  2. Calculer As (Formule des Bielles).
  3. Convertir en nombre de barres (Tableau).
  4. Vérifier l'espacement.
14. Le saviez-vous ?

Joseph Monier, un jardinier français, a inventé le béton armé en 1849 non pas pour construire des immeubles, mais pour fabriquer des pots de fleurs qui ne cassaient pas ! Il a eu l'idée d'intégrer un grillage en fer dans le ciment.

15. FAQ (Foire Aux Questions)
Pourquoi ne met-on pas d'aciers en haut de la semelle ?

Parce que la semelle se courbe vers le haut (comme un sourire). La fibre supérieure est comprimée (le béton tient le coup), c'est la fibre inférieure qui est tendue. L'acier doit être là où il y a traction.

Peut-on utiliser des barres lisses ?

Non, c'est interdit en structure principale. On utilise des barres Haute Adhérence (HA) avec des reliefs (crenels) pour que le béton "accroche" à l'acier et transmette les efforts.

Ferraillage retenu : Nappe quadrillée 10 HA 12 (esp. 17 cm)

A vous de jouer
Si la charge ultime \(N_u\) doublait (200 tonnes), faudrait-il simplement doubler le nombre de barres ?

📝 Mémo technique
"Béton pousse (compression), Acier tire (traction)."


Question 4 : Vérification des Ancrages et Adhérence

1. Principe Physique & Mécanique

Imaginez que vous tenez une corde et que quelqu'un tire dessus très fort. Pour ne pas qu'elle vous glisse des mains, vous devez la serrer fort sur une certaine longueur.
C'est exactement ce qui se passe dans le béton armé :
• L'acier est la corde, tendue par l'effort de flexion.
• Le béton est la main qui serre la barre.
Si la longueur de "prise" (longueur de scellement) est trop courte, la barre glisse, le béton éclate et la structure s'effondre, même si la barre elle-même n'a pas cassé. C'est une ruine par défaut d'ancrage.

2. Mini-Cours : L'Adhérence Acier-Béton

Comment ça tient ?
L'acier ne colle pas au béton comme avec de la glu. L'ancrage est mécanique : les verrous (les petites nervures/bosses sur les barres HA) s'appuient sur le béton. C'est pour cela qu'il est interdit d'utiliser des barres lisses en structure.

La Contrainte d'adhérence (\(\tau_{bd}\)) : C'est la force de frottement maximale par cm² de surface de barre. Elle dépend de la qualité du béton : plus le béton est résistant (fck élevé), mieux il serre la barre.

3. Normes & Références

L'Eurocode 2 (Article 8.4) régit les longueurs d'ancrage. Le DTU 13.1 impose des dispositions constructives spécifiques aux semelles (ancrage total des bielles d'about).

4. Analyse des Formules

La Condition d'Équilibre

La force de traction dans la barre doit être équilibrée par les frottements sur sa surface latérale.

\[ F_{traction} \le F_{frottement} \] \[ A_s \cdot f_{yd} \le (\pi \cdot \phi \cdot L_s) \cdot f_{bd} \]

On en déduit la longueur de scellement droit de référence :

\[ L_{s,ref} = \frac{\phi}{4} \times \frac{f_{yd}}{f_{bd}} \]

Pour un béton courant (C25/30) et un acier B500, le rapport \(\frac{f_{yd}}{f_{bd}}\) vaut environ 40 à 50. D'où la règle simplifiée des "40 diamètres".

5. Hypothèses de Travail
  • Barres : HA 12 (Diamètre \(\phi = 12\) mm).
  • Béton : C25/30 (Bonne adhérence en partie basse).
  • Formule simplifiée : On utilisera \(L_s = 40 \phi\) pour cette vérification rapide (sécuritaire).
6. Données d'Entrée
DonnéeSymboleValeurUnité
Diamètre barre\(\phi\)1.2cm
Largeur Semelle\(A\)170cm
Largeur Poteau\(a\)30cm
Enrobage\(c\)3.5cm
7. Astuces de Calcul

Calcul mental : Pour du HA 10, \(L_s = 40 \text{ cm}\). Pour du HA 12, \(L_s = 48 \text{ cm}\). Pour du HA 16, \(L_s = 64 \text{ cm}\). Mémorisez ces ordres de grandeur !

8. Schémas : Situation Initiale
Le Problème Géométrique
L dispo ? L scellement ?
9. Résolution Détaillée Pas à Pas
Étape A : Calcul de la longueur de scellement requise (Ls)

C'est la longueur de barre nécessaire pour ancrer la force totale (\(Fe\)).

\[ \begin{aligned} L_{\text{s}} &\approx 40 \times \phi \\ &= 40 \times 1.2 \text{ cm} \\ &= 48 \text{ cm} \end{aligned} \]

Si la barre est droite, elle doit mesurer au moins 48 cm à partir du nu du poteau (là où la contrainte est maximale) pour ne pas glisser.

Étape B : Calcul de la longueur géométrique disponible (Ldispo)

Combien de place avons-nous réellement dans le coffrage ? C'est la distance du bord du poteau au bord du béton, moins l'enrobage de protection.

\[ \begin{aligned} L_{\text{dispo}} &= \text{Débord} - \text{Enrobage} \\ &= \frac{A - a}{2} - c_{\text{nom}} \\ &= \frac{170 - 30}{2} - 3.5 \\ &= 70 - 3.5 \\ &= 66.5 \text{ cm} \end{aligned} \]
Étape C : Comparaison et Conclusion

On compare ce dont on a besoin (\(L_s\)) avec ce qu'on a (\(L_{dispo}\)).

\[ 66.5 \text{ cm} > 48 \text{ cm} \Rightarrow \text{Ancrage droit possible théoriquement} \]

MAIS ATTENTION ! En fondation superficielle, la méthode des bielles suppose que la bielle comprimée pousse très fort sur le coin de la semelle. Pour assurer l'équilibre du nœud (la jonction bielle/tirant), on ne se contente pas de la longueur droite.

10. Schémas : Validation
Solution : Retour d'Équerre
Noeud confiné
11. Réflexions & Analyse Critique

Même si le calcul autorise une barre droite, réaliser une crosse (crochet) permet de :
1. Réduire la longueur d'ancrage nécessaire de 30% à 50%.
2. Assurer un ancrage mécanique "absolu" par effet de butée.
3. Confiner le béton dans le coin de la semelle (noeud de bielle), empêchant son éclatement sous la forte pression de compression.

12. Points de vigilance

Rayon de courbure : On ne plie pas une barre à angle vif (rayon zéro) ! Sinon l'acier s'écrase et casse. Il faut utiliser un mandrin de cintrage normalisé (diamètre \(4\phi\) à \(7\phi\)).

13. Points à Retenir

La règle d'or en semelle isolée :

  • Calculer \(L_s = 40\phi\).
  • Vérifier \(L_{dispo}\).
  • TOUJOURS prévoir des retours d'équerre (crosses) aux extrémités, c'est une disposition constructive obligatoire (DTU).
14. Le saviez-vous ?

Si la barre est grasse (huile de décoffrage) ou peinte, l'adhérence chute drastiquement. L'ancrage ne fonctionne plus et la barre glisse comme un spaghetti cuit ! C'est pour cela que les aciers doivent être propres et non gras.

15. FAQ (Foire Aux Questions)
Pourquoi des crosses à 135° ou 90° ?

En fondation, on utilise souvent 90° (retour vertical) ou 135° (retour vers l'intérieur). Le 90° est plus facile à ferrailler sur site mais le 135° assure un meilleur accrochage mécanique.

Peut-on souder les barres pour les ancrer ?

Oui, on peut souder une plaque au bout (ancrage par plaque), mais c'est très cher et réservé aux ouvrages d'art ou nucléaires. En bâtiment courant, le scellement droit ou par courbure est la norme.

Ancrage par crosses normalisées validé (Sécurité).

A vous de jouer
Si on utilisait du béton haute performance (C50/60) au lieu du C25/30, la longueur d'ancrage nécessaire serait-elle plus courte ou plus longue ?

📝 Mémo technique
"Pas d'ancrage, pas de transfert." Une barre non ancrée est une barre inutile.


Question 5 : Schéma de Ferraillage (Coupe)

Le schéma technique final est présenté ci-dessous dans la section bilan.

🚧 VOIR SCHÉMA BILAN CI-DESSOUS 🚧


Schéma Bilan & Synthèse Technique : Semelle S1

Plan d'exécution détaillé et justification des choix constructifs.

Béton de propreté (5cm) h = 40 A = 170 cm 10 HA 12 (e=17) Attentes Poteau
1. Géométrie et Coffrage
  • Dimensions en plan (A x B) : \(1.70 \times 1.70\) m.
    Justification : Ces dimensions garantissent une pression sur le sol \(\sigma_{sol} \approx 0.24\) MPa, inférieure à la limite admissible de 0.25 MPa, prévenant ainsi le poinçonnement et les tassements excessifs.
  • Hauteur (h) : 40 cm.
    Justification : Calculée selon la condition de rigidité. Une hauteur suffisante permet de considérer que la charge se transmet directement aux aciers sans nécessiter d'étriers (armatures d'effort tranchant), simplifiant grandement le ferraillage.
  • Béton de Propreté : Épaisseur 5 cm.
    Rôle crucial : Il évite que le béton structurel ne soit souillé par la terre lors du coulage et garantit que l'enrobage des aciers (35 mm) soit respecté uniformément.
2. Ferraillage (Aciers)
  • Nappe Inférieure (Grille) :
    10 barres HA 12 dans le sens X.
    10 barres HA 12 dans le sens Y.
    Espacement e = 17 cm. Ce maillage reprend les efforts de traction générés à la base de la semelle par la flexion (effet "banane" inversé).
  • Ancrages (Crosses) :
    Retour d'équerre normalisé aux extrémités.
    Indispensable en fondation : La longueur droite disponible (env. 66 cm) étant proche de la longueur de scellement, les crosses assurent mécaniquement que les barres ne glisseront pas, même sous charge maximale.
  • Attentes Poteau (Vert) :
    Elles sont ligaturées sur la nappe inférieure et remontent d'environ 50 fois leur diamètre (soit ~60cm) au-dessus de la semelle pour assurer le recouvrement avec les aciers du poteau à venir.

🚨 Points de contrôle sur chantier (Pour le Chef de Chantier) :

  1. Vérifier la propreté du fond de fouille avant de couler le béton de propreté.
  2. S'assurer que les cales d'enrobage (35 mm) sont bien posées sous la nappe d'acier pour éviter que l'acier ne touche le sol (risque de corrosion immédiate).
  3. Contrôler le bon positionnement des attentes du poteau avant le coulage (il est impossible de les bouger après prise du béton !).
  4. Vibrer correctement le béton pour éviter les nids de gravier, surtout autour des crosses d'ancrage.

📄 Livrable Final (Note de Calculs EXE)

Contrôle Interne
BON POUR EXE
Le : 24/10/2024 | Visa : JM
BATETUDES
Ingénierie Structure
Projet
RÉSIDENCE "LE BELVÉDÈRE"
Montpellier (34)
N° Affaire : 2024-088
Phase : EXE
Date : 24/10/2024
Indice : A
NOTE DE CALCULS : SEMELLE ISOLÉE S1 (File A-1)
Ind. Date Objet de la modification Rédigé par Vérifié par
A 24/10/2024 Émission originale pour exécution L. Etudiant J. Michel

1. HYPOTHÈSES DE CALCUL

NORMES & MATÉRIAUX
  • Béton : C25/30 (\(f_{ck} = 25\) MPa)
  • Acier : B500B (\(f_{yk} = 500\) MPa)
  • Enrobage : \(c_{nom} = 35\) mm (XC2)
  • Règlement : Eurocode 2 + DTU 13.1
GEOTECHNIQUE & CHARGES
  • Sol d'assise : Marnes bleues
  • Contrainte ELS : \(\bar{\sigma}_{sol} = 0.25\) MPa
  • Charge Perm. (G) : 0.500 MN
  • Charge Expl. (Q) : 0.200 MN

2. VÉRIFICATION GÉOTECHNIQUE (ELS)

Objectif : Vérifier que la pression sur le sol ne dépasse pas la contrainte admissible pour éviter les tassements.

Désignation Formule Résultat Condition Statut
Charge de Service (ELS) \(N_{ser} = G + Q\) 0.700 MN - -
Surface Requise \(S_{min} = N_{ser} / \bar{\sigma}_{sol}\) 2.80 m² - Info
Dimensions Retenues Coffrage 1.70 x 1.70 m \(S = 2.89 \text{ m}^2 > 2.80\) ✅ CONFORME

3. DIMENSIONNEMENT BÉTON ARMÉ (ELU)

Condition de Rigidité (Hauteur) \(h \ge \frac{A-a}{4} + c\) h = 40 cm
Charge Ultime (ELU) \(1.35G + 1.5Q\) 0.975 MN
Section d'acier théorique (Méthode des bielles) 11.20 cm²
CHOIX DU FERRAILLAGE Nappe quadrillée 10 HA 12
(Soit 11.31 cm² > 11.20 cm²) Espacement : 17 cm
170x170x40 HT
SYNTHÈSE EXÉCUTION

La semelle S1 est validée avec les dimensions 1.70 x 1.70 x 0.40 m. Le ferraillage sera constitué d'une nappe inférieure de 10 barres HA 12 dans chaque sens (espacement 17 cm).

⚠️ Points d'arrêt :

  • Réception du fond de fouille avant coulage du béton de propreté.
  • Vérification des longueurs d'ancrage (crosses obligatoires).
  • Contrôle de l'enrobage (35mm) par cales béton.

📚 Glossaire Technique & Définitions

Termes spécifiques aux fondations superficielles.

🏠 Semelle Isolée
Fondation ponctuelle. Élément de fondation situé sous un poteau, répartissant la charge concentrée sur une surface de sol plus grande.
📉 ELS (Sol)
État Limite de Service. Pour le sol, on vérifie toujours à l'ELS (charges non pondérées) pour éviter les tassements excessifs préjudiciables à l'ouvrage.
📐 Méthode des Bielles
Modèle de calcul. Méthode simplifiée considérant que la charge se transmet par des "bielles" de béton comprimé inclinées, nécessitant un tirant (acier) à la base.
🧱 Gros Béton
Béton de remplissage. Béton faiblement dosé utilisé parfois sous la semelle pour rattraper le bon sol ou protéger le fond de fouille.
🛡️ Enrobage
Protection des aciers. Distance minimale entre l'acier et le bord du béton. En fondation, souvent 35mm ou 50mm (si coulé pleine terre) pour éviter la corrosion.
⛓️ Ancrage
Fixation des barres. Longueur ou forme (crosse) donnée à l'extrémité d'une barre pour qu'elle ne glisse pas dans le béton sous l'effet de la traction.
Dossier Technique - Dimensionnement Fondation S1
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