Calcul des armatures d'une poutre en béton armé
Contexte : Pourquoi le calcul du ferraillage est-il une étape cruciale ?
Le béton est un matériau qui résiste très bien à la compression, mais très mal à la traction. Dans une poutre fléchie, la partie supérieure est comprimée tandis que la partie inférieure est tendue. Sans armatures en acier pour reprendre ces efforts de traction, la poutre se fissurerait et romprait brutalement. Le calcul des armatures longitudinalesBarres d'acier placées le long de la poutre, principalement pour reprendre les efforts de traction dus à la flexion. consiste à déterminer la quantité exacte d'acier nécessaire en zone tendue pour garantir que la poutre puisse supporter les charges prévues en toute sécurité, conformément aux exigences de l'Eurocode 2.
Remarque Pédagogique : Cet exercice vous guidera à travers le processus de dimensionnement à l'État Limite Ultime (ELU) d'une section rectangulaire en flexion simple. Vous apprendrez à utiliser les diagrammes contrainte-déformation, à calculer le moment résistant et à déterminer la section d'acier requise.
Objectifs Pédagogiques
- Comprendre le comportement d'une section de béton armé en flexion.
- Calculer le moment réduitMoment fléchissant normalisé par les dimensions de la section et la résistance du béton. Il permet de déterminer le mode de rupture de la section. pour déterminer le type de dimensionnement.
- Utiliser la méthode du pivot A / pivot BConcept de l'Eurocode 2 qui définit l'état de déformation de la section. Le pivot A correspond à l'allongement maximal de l'acier, le pivot B à l'écrasement du béton..
- Calculer la position de l'axe neutre et le bras de levier.
- Déterminer la section d'armatures tendues \(A_{\text{s}}\) nécessaire.
- Vérifier les conditions de non-fragilité (armatures minimales).
Données de l'étude
Section de la poutre et sollicitation
- Moment fléchissant de calcul à l'ELU : \(M_{\text{Ed}} = 250 \, \text{kN.m}\).
- Béton de classe C25/30 : \(f_{\text{ck}} = 25 \, \text{MPa}\).
- Acier de type S500 B : \(f_{\text{yk}} = 500 \, \text{MPa}\).
- Dimensions de la section : base \(b = 30 \, \text{cm}\), hauteur \(h = 60 \, \text{cm}\).
- Enrobage des armatures : \(c = 4 \, \text{cm}\).
- Diamètre supposé des armatures longitudinales : \(\phi_{\text{L}} = 20 \, \text{mm}\).
- Diamètre des cadres (armatures transversales) : \(\phi_{\text{t}} = 8 \, \text{mm}\).
- Coefficients de sécurité des matériaux : \(\gamma_{\text{c}} = 1.5\), \(\gamma_{\text{s}} = 1.15\).
Questions à traiter
- Calculer la hauteur utile \(d\).
- Calculer les résistances de calcul des matériaux, \(f_{\text{cd}}\) et \(f_{\text{yd}}\).
- Calculer le moment réduit \(\mu_{\text{cu}}\) et vérifier que les aciers comprimés ne sont pas nécessaires.
- Calculer la position de l'axe neutre \(y\) et le bras de levier \(z\).
- Calculer la section d'armatures requise \(A_{\text{s}}\).
- Vérifier la condition de non-fragilité (armatures minimales).
- Proposer un choix de barres commerciales et dessiner le schéma de ferraillage final.
Correction : Calcul des armatures d'une poutre en béton armé
Question 1 : Calculer la hauteur utile \(d\)
Principe (le concept physique)
La hauteur utileDistance entre la fibre la plus comprimée de la section et le centre de gravité des armatures tendues. C'est la hauteur réellement efficace pour la résistance en flexion., notée \(d\), est la distance entre la fibre la plus comprimée (le haut de la poutre) et le centre de gravité des armatures tendues. C'est la dimension clé pour le calcul en flexion, car elle définit le bras de levier des forces internes.
Mini-Cours (approfondissement théorique)
Le calcul de \(d\) est une estimation. Si les armatures sont disposées sur plusieurs lits, il faudrait calculer le barycentre de ces lits pour trouver la position exacte du centre de gravité. Pour un pré-dimensionnement, on suppose un seul lit d'armatures, ce qui est une hypothèse courante et souvent suffisante.
Remarque Pédagogique (le conseil du professeur)
Point Clé : Une erreur sur la hauteur utile \(d\) a un impact majeur sur le calcul, car elle intervient au carré dans le calcul du moment réduit. Prenez toujours le temps de la calculer avec soin en décomposant chaque terme : enrobage, diamètre des cadres, et demi-diamètre des barres principales.
Normes (la référence réglementaire)
Eurocode 2 (NF EN 1992-1-1), § 4.4.1 : Cette section définit les exigences relatives à l'enrobage des armatures (\(c_{\text{nom}}\)), qui est essentiel pour la durabilité (protection contre la corrosion) et la bonne adhérence entre l'acier et le béton. La valeur de l'enrobage dépend de la classe d'exposition environnementale.
Hypothèses (le cadre du calcul)
On suppose que les armatures tendues sont disposées en un seul lit. L'enrobage nominal \(c\) est supposé tenir compte de la tolérance d'exécution.
Formule(s) (l'outil mathématique)
Formule de la hauteur utile :
Donnée(s) (les chiffres d'entrée)
- Hauteur totale : \(h = 60 \, \text{cm}\)
- Enrobage : \(c = 4 \, \text{cm}\)
- Diamètre des cadres : \(\phi_{\text{t}} = 8 \, \text{mm} = 0.8 \, \text{cm}\)
- Diamètre des armatures longitudinales : \(\phi_{\text{L}} = 20 \, \text{mm} = 2.0 \, \text{cm}\)
Calcul(s) (l'application numérique)
Application numérique pour la hauteur utile :
Réflexions (l'interprétation du résultat)
La hauteur utile est de 54.2 cm, soit environ 90% de la hauteur totale. Cette valeur est cohérente. Une hauteur utile significativamente plus faible (par ex. < 85% de h) pourrait indiquer un sur-dimensionnement de la hauteur totale ou un enrobage très important.
Justifications (le pourquoi de cette étape)
La détermination de \(d\) est la première étape indispensable du calcul de flexion. Toutes les formules qui suivent (moment réduit, bras de levier, section d'acier) dépendent directement de cette valeur.
Points de vigilance (les erreurs à éviter)
Oublier un terme : L'erreur la plus commune est d'oublier le diamètre des cadres (\(\phi_t\)) ou de ne prendre que l'enrobage. Il faut bien soustraire toutes les épaisseurs qui séparent le bord de la poutre du centre des aciers.
Le saviez-vous ? (la culture de l'ingénieur)
À vous de jouer !
Question 2 : Calculer les résistances de calcul des matériaux
Principe (le concept physique)
Les résistances caractéristiques des matériaux (\(f_{\text{ck}}\), \(f_{\text{yk}}\)) sont des valeurs statistiques. Pour les calculs de dimensionnement, on utilise des résistances de calcul (\(f_{\text{cd}}\), \(f_{\text{yd}}\)) qui intègrent des coefficients de sécurité partiels (\(\gamma_{\text{c}}\), \(\gamma_{\text{s}}\)) pour tenir compte des incertitudes sur les matériaux et la mise en œuvre.
Mini-Cours (approfondissement théorique)
Le coefficient \(\gamma_{\text{c}} = 1.5\) pour le béton est plus élevé que \(\gamma_{\text{s}} = 1.15\) pour l'acier. Cela s'explique par le fait que la qualité de l'acier produit en usine est beaucoup plus contrôlée et homogène que celle du béton, qui est fabriqué sur chantier et donc sujet à plus de variabilité.
Remarque Pédagogique (le conseil du professeur)
Point Clé : N'oubliez jamais d'appliquer les coefficients de sécurité. Utiliser les résistances caractéristiques directement dans les calculs finaux conduirait à un dimensionnement non sécuritaire et non réglementaire.
Normes (la référence réglementaire)
Eurocode 2 (NF EN 1992-1-1), Tableau 2.1N : Ce tableau fournit les valeurs recommandées pour les coefficients partiels \(\gamma_{\text{c}}\) et \(\gamma_{\text{s}}\) pour les situations de projet durables. Les valeurs de 1.5 et 1.15 sont les valeurs standards utilisées en France.
Hypothèses (le cadre du calcul)
On considère une situation de projet durable et une exécution normale, ce qui justifie l'utilisation des coefficients partiels standards. On utilise \(\alpha_{\text{cc}} = 0.85\) car le béton est soumis à des charges de longue durée.
Formule(s) (l'outil mathématique)
Résistance de calcul du béton :
Résistance de calcul de l'acier :
Donnée(s) (les chiffres d'entrée)
- \(f_{\text{ck}} = 25 \, \text{MPa}\)
- \(f_{\text{yk}} = 500 \, \text{MPa}\)
- \(\gamma_{\text{c}} = 1.5\) ; \(\gamma_{\text{s}} = 1.15\)
- \(\alpha_{\text{cc}} = 0.85\)
Calcul(s) (l'application numérique)
Calcul de la résistance du béton :
Calcul de la résistance de l'acier :
Réflexions (l'interprétation du résultat)
On voit que la résistance de calcul du béton (14.17 MPa) est bien plus faible que sa résistance caractéristique (25 MPa), ce qui illustre la marge de sécurité prise. Pour l'acier, la réduction est moins importante (435 MPa vs 500 MPa).
Justifications (le pourquoi de cette étape)
Cette étape est fondamentale pour passer des propriétés intrinsèques des matériaux (données par les normes produits) aux valeurs à utiliser dans les formules de dimensionnement, qui doivent garantir la sécurité de la structure.
Points de vigilance (les erreurs à éviter)
Oublier le coefficient \(\alpha_{cc}\) : Un oubli fréquent est de ne pas appliquer le coefficient de 0.85 sur la résistance du béton, ce qui conduirait à surestimer la capacité du béton et à sous-estimer la quantité d'acier nécessaire.
Le saviez-vous ? (la culture de l'ingénieur)
À vous de jouer !
Question 3 : Calculer le moment réduit et vérifier la section
Principe (le concept physique)
Le moment réduit \(\mu_{\text{cu}}\) compare le moment sollicitant \(M_{\text{Ed}}\) à la capacité de résistance du béton seul. Si \(\mu_{\text{cu}}\) est inférieur à une valeur limite \(\mu_{\text{lim}}\), la section est suffisamment grande pour résister en flexion simple (sans armatures comprimées). Dans le cas contraire, il faudrait soit augmenter les dimensions de la poutre, soit ajouter des aciers en zone comprimée.
Mini-Cours (approfondissement théorique)
La valeur du moment réduit limite \(\mu_{\text{lim}}\) dépend du diagramme contrainte-déformation du béton et de l'acier. Elle correspond à l'état où le béton atteint sa déformation d'écrasement maximale (\(\epsilon_{\text{cu}}\)) en même temps que l'acier atteint sa déformation limite. Dépasser cette valeur signifie que le béton s'écraserait avant que l'acier ne puisse fournir toute sa résistance, ce qui correspond à une rupture fragile par le béton.
Remarque Pédagogique (le conseil du professeur)
Point Clé : Cette vérification est la première grande bifurcation dans un calcul de flexion. Si \(\mu_{\text{cu}} > \mu_{\text{lim}}\), la méthode de calcul change complètement et on doit calculer une section d'armatures comprimées \(A'_{\text{s}}\) en plus de la section tendue \(A_{\text{s}}\). C'est une étape à ne jamais sauter.
Normes (la référence réglementaire)
Eurocode 2 (NF EN 1992-1-1), § 5.5 : Cette section décrit les diagrammes contrainte-déformation à utiliser pour les matériaux. La valeur de \(\mu_{\text{lim}}\) est directement déduite de ces diagrammes et de la condition d'équilibre des déformations.
Hypothèses (le cadre du calcul)
On utilise le diagramme rectangulaire simplifié pour le béton, qui est une simplification autorisée par l'Eurocode 2 pour le calcul de la résistance en flexion. On suppose une redistribution limitée des moments, ce qui est courant pour le dimensionnement des éléments individuels.
Formule(s) (l'outil mathématique)
Formule du moment réduit ultime :
Donnée(s) (les chiffres d'entrée)
- \(M_{\text{Ed}} = 250 \, \text{kN.m} = 0.250 \, \text{MN.m}\)
- \(b = 0.30 \, \text{m}\)
- \(d = 0.542 \, \text{m}\)
- \(f_{\text{cd}} = 14.17 \, \text{MPa} = 14.17 \, \text{MN/m}^2\)
Calcul(s) (l'application numérique)
Application numérique pour le moment réduit :
On a \(\mu_{\text{cu}} = 0.200 < \mu_{\text{lim}} \approx 0.372\). La condition est vérifiée.
Réflexions (l'interprétation du résultat)
Le moment réduit est bien inférieur à la limite, ce qui signifie que la section de béton est confortablement dimensionnée. Le béton travaille à un niveau de contrainte modéré, et la rupture sera ductile (elle sera initiée par la plastification de l'acier, ce qui est le mode de rupture recherché).
Justifications (le pourquoi de cette étape)
Cette étape justifie l'utilisation de la méthode de calcul simplifiée (flexion simple sans aciers comprimés). Elle valide l'hypothèse que le béton seul est capable d'équilibrer la compression générée par le moment fléchissant.
Points de vigilance (les erreurs à éviter)
Erreur d'unités : L'erreur la plus fréquente ici est de mélanger les unités (kN.m, N.mm, MPa, etc.). Il est plus sûr de tout convertir en unités de base du Système International (N, m) avant d'appliquer la formule.
Le saviez-vous ? (la culture de l'ingénieur)
À vous de jouer !
Question 4 : Calculer la position de l'axe neutre et le bras de levier
Principe (le concept physique)
L'axe neutre est la ligne qui sépare la zone comprimée de la zone tendue. Sa position, \(y\), dépend de l'équilibre des déformations. Le bras de levier, \(z\), est la distance entre le centre de gravité des forces de compression du béton et le centre de gravité des forces de traction de l'acier. C'est ce bras de levier qui génère le moment résistant interne.
Mini-Cours (approfondissement théorique)
La formule de \(\alpha_{\text{u}}\) est une résolution directe de l'équation d'équilibre du moment. Elle exprime la position de l'axe neutre en fonction du moment réduit. La formule du bras de levier \(z\) suppose que la force de compression du béton s'applique au centre de gravité du diagramme des contraintes rectangulaire simplifié, qui se trouve à 0.4y du sommet de la section.
Remarque Pédagogique (le conseil du professeur)
Point Clé : Le bras de levier \(z\) est toujours inférieur à la hauteur utile \(d\). Une valeur typique est \(z \approx 0.9d\). Si vous trouvez un bras de levier plus grand que \(d\) ou très petit, c'est un signe d'erreur dans le calcul de \(\alpha_{\text{u}}\) ou de \(\mu_{\text{cu}}\).
Normes (la référence réglementaire)
Eurocode 2 (NF EN 1992-1-1), § 6.1 : Cette section détaille les méthodes de calcul pour la flexion simple à l'ELU. Les formules utilisées ici sont directement dérivées des principes d'équilibre et des diagrammes de matériaux décrits dans la norme.
Hypothèses (le cadre du calcul)
On suppose que la section reste plane après déformation (hypothèse de Navier-Bernoulli). On suppose aussi une adhérence parfaite entre l'acier et le béton, ce qui signifie que la déformation de l'acier est la même que celle du béton environnant.
Formule(s) (l'outil mathématique)
Position relative de l'axe neutre (\(\alpha_u\)) :
Position de l'axe neutre (\(y\)) :
Bras de levier (\(z\)) :
Donnée(s) (les chiffres d'entrée)
- \(\mu_{\text{cu}} = 0.200\)
- \(d = 54.2 \, \text{cm}\)
Calcul(s) (l'application numérique)
Calcul de la position relative de l'axe neutre :
Calcul de l'axe neutre :
Calcul du bras de levier :
Réflexions (l'interprétation du résultat)
L'axe neutre se situe à 15.3 cm du haut de la poutre, ce qui signifie qu'environ 25% de la hauteur de la poutre est comprimée. Le bras de levier est de 48.1 cm, soit 89% de la hauteur utile, ce qui est une valeur très classique et confirme la cohérence du calcul.
Justifications (le pourquoi de cette étape)
Le calcul du bras de levier \(z\) est l'étape finale avant de pouvoir déterminer la section d'acier. Il représente la "distance efficace" à laquelle la force de traction de l'acier agit pour contrer le moment extérieur. Sans \(z\), impossible de calculer \(A_{\text{s}}\).
Points de vigilance (les erreurs à éviter)
Erreur de calcul sur \(\alpha_{\text{u}}\) : La formule de \(\alpha_{\text{u}}\) contient une racine carrée et plusieurs opérations. Une simple erreur de calcul ici faussera à la fois la position de l'axe neutre et le bras de levier, et donc le calcul final de l'acier.
Le saviez-vous ? (la culture de l'ingénieur)
À vous de jouer !
Question 5 : Calculer la section d'armatures requise \(A_{\text{s}}\)
Principe (le concept physique)
La section d'acier \(A_{\text{s}}\) est déterminée en écrivant l'équilibre des moments : le moment extérieur sollicitant \(M_{\text{Ed}}\) doit être égal au moment résistant interne, qui est le produit de la force de traction dans l'acier (\(A_{\text{s}} \cdot f_{\text{yd}}\)) par le bras de levier \(z\).
Mini-Cours (approfondissement théorique)
Cette formule d'équilibre est au cœur du dimensionnement en flexion. Elle relie directement la sollicitation extérieure (\(M_{\text{Ed}}\)) aux propriétés de la section (\(z\)) et du matériau (\(f_{\text{yd}}\)) pour en déduire l'inconnue : la quantité d'acier \(A_{\text{s}}\). C'est l'application directe des principes de la statique à une section de béton armé.
Remarque Pédagogique (le conseil du professeur)
Point Clé : Le résultat \(A_{\text{s}}\) est une section théorique en cm². N'oubliez jamais que l'étape suivante, sur un plan d'exécution, est de convertir cette section en un nombre de barres commerciales (par exemple 4 HA 20) dont la section totale est égale ou légèrement supérieure à la section calculée.
Normes (la référence réglementaire)
Eurocode 2 (NF EN 1992-1-1), § 6.1 (4) : La norme stipule que pour une section soumise à la flexion simple, l'équilibre entre le moment de calcul et le moment résistant doit être satisfait. La formule utilisée est la traduction directe de cette exigence.
Hypothèses (le cadre du calcul)
On suppose que l'acier a atteint sa limite d'élasticité de calcul \(f_{\text{yd}}\) (calcul en pivot A). Cette hypothèse est valide car nous avons vérifié que \(\mu_{\text{cu}} < \mu_{\text{lim}}\), ce qui garantit que l'acier plastifie avant que le béton ne s'écrase.
Formule(s) (l'outil mathématique)
Formule de la section d'acier requise :
Donnée(s) (les chiffres d'entrée)
- \(M_{\text{Ed}} = 250 \, \text{kN.m} = 250000 \, \text{N.m}\)
- \(z = 48.06 \, \text{cm} = 0.4806 \, \text{m}\)
- \(f_{\text{yd}} = 434.78 \, \text{MPa} = 434.78 \times 10^6 \, \text{N/m}^2\)
Calcul(s) (l'application numérique)
Application numérique pour la section d'acier :
Réflexions (l'interprétation du résultat)
Une section de 11.96 cm² est une valeur tout à fait plausible pour une poutre de cette taille et sous cette charge. Cela pourrait correspondre, par exemple, à 4 barres de diamètre 20 mm (4 x 3.14 = 12.56 cm²). Le choix final dépendra des barres disponibles et des règles de disposition.
Justifications (le pourquoi de cette étape)
C'est l'aboutissement du calcul de flexion. L'objectif final est de déterminer la quantité de matière (acier) à mettre en œuvre pour assurer la résistance de l'élément. Cette valeur est la donnée principale pour le ferrailleur.
Points de vigilance (les erreurs à éviter)
Incohérence des unités : C'est encore une fois le piège principal. Si \(M_{\text{Ed}}\) est en kN.m, z en cm et \(f_{\text{yd}}\) en MPa, le résultat sera incohérent. La conversion en unités de base (N, m) est la méthode la plus sûre pour éviter les erreurs de facteur 10, 1000 ou 1 000 000.
Le saviez-vous ? (la culture de l'ingénieur)
À vous de jouer !
Question 6 : Vérifier la condition de non-fragilité
Principe (le concept physique)
Pour éviter une rupture fragile (rupture soudaine du béton en traction avant que l'acier n'ait pu plastifier), on doit imposer une section minimale d'armatures, \(A_{\text{s,min}}\). Cela garantit que le moment résistant de la section fissurée est supérieur au moment qui provoque la fissuration du béton.
Mini-Cours (approfondissement théorique)
La rupture fragile est un mode de ruine à proscrire en génie civil. On cherche toujours à obtenir des ruptures ductiles, qui sont précédées de grandes déformations et de fissurations visibles, laissant le temps d'évacuer la structure ou d'intervenir. Imposer un ferraillage minimal garantit cette ductilité en s'assurant que c'est bien l'acier qui plastifiera en premier, et non le béton qui rompra brutalement.
Remarque Pédagogique (le conseil du professeur)
Point Clé : Cette vérification est particulièrement importante pour les éléments faiblement sollicités ou de grande dimension, comme certaines dalles ou poutres de rive. Dans ces cas, le calcul de flexion peut donner une section d'acier très faible, parfois inférieure au minimum réglementaire. Il faut alors dimensionner avec \(A_{\text{s,min}}\).
Normes (la référence réglementaire)
Eurocode 2 (NF EN 1992-1-1), § 9.2.1.1 : Cette section définit la formule de calcul de l'aire d'armature minimale pour les poutres, ainsi que les conditions d'application. La formule dépend de la résistance en traction du béton \(f_{\text{ctm}}\).
Hypothèses (le cadre du calcul)
On utilise la résistance moyenne en traction du béton \(f_{\text{ctm}}\), qui est tabulée dans l'Eurocode 2 en fonction de la classe du béton. On suppose que la section est entièrement tendue pour le calcul de la deuxième condition (terme en 0.0013).
Formule(s) (l'outil mathématique)
Formule de l'armature minimale de non-fragilité :
Donnée(s) (les chiffres d'entrée)
- \(f_{\text{ctm}} = 2.6 \, \text{MPa}\) (pour un C25/30)
- \(f_{\text{yk}} = 500 \, \text{MPa}\)
- \(b_{\text{t}} = b = 30 \, \text{cm}\)
- \(d = 54.2 \, \text{cm}\)
Calcul(s) (l'application numérique)
Calcul de la première condition d'armature minimale :
Calcul de la deuxième condition d'armature minimale :
On retient la valeur maximale : \(A_{\text{s,min}} = 2.19 \, \text{cm}^2\).
On vérifie que \(A_s = 11.96 \, \text{cm}^2 > A_{\text{s,min}} = 2.19 \, \text{cm}^2\). La condition est respectée.
Réflexions (l'interprétation du résultat)
La section d'acier calculée pour la résistance est plus de 5 fois supérieure au minimum requis. Cela confirme que la poutre est bien sollicitée et que le dimensionnement est gouverné par la résistance à la flexion, et non par les exigences minimales de ferraillage.
Justifications (le pourquoi de cette étape)
Cette vérification est une exigence réglementaire fondamentale qui garantit un comportement ductile et sécuritaire de la structure, en prévenant les ruptures soudaines et imprévisibles.
Points de vigilance (les erreurs à éviter)
Ne pas faire la vérification : L'erreur la plus grave serait de ne pas faire cette vérification du tout et de se contenter d'une section d'acier calculée très faible, ce qui est non réglementaire et dangereux.
Le saviez-vous ? (la culture de l'ingénieur)
À vous de jouer !
Question 7 : Proposer un choix de barres et dessiner le schéma de ferraillage
Choix des armatures longitudinales
On a calculé une section d'acier théorique \(A_s = 11.96 \, \text{cm}^2\). Il faut maintenant choisir des barres d'armature commerciales dont la section cumulée est supérieure ou égale à cette valeur. On cherche une combinaison simple et facile à mettre en place.
Proposition : 4 barres HA 20 (diamètre 20 mm).
Section d'une barre HA 20 :
Section totale choisie :
On vérifie que \(A_{\text{s,choisi}} = 12.56 \, \text{cm}^2 \ge A_s = 11.96 \, \text{cm}^2\). Le choix est validé.
Schéma de ferraillage de la section transversale
Le schéma ci-dessous représente la section de la poutre avec les armatures choisies. Il montre les armatures principales (longitudinales) en partie basse pour reprendre la traction, les armatures de montage en partie haute, et les cadres (armatures transversales) qui reprennent l'effort tranchant et maintiennent l'ensemble.
Section ferraillée 30x60 cm
Outil Interactif : Calculateur d'Armatures
Modifiez les paramètres pour voir leur influence sur la section d'acier requise.
Paramètres du Projet
Résultats
Pour Aller Plus Loin : Choix des barres et disposition constructive
De la théorie à la pratique : Le calcul donne une section d'acier théorique (\(11.96 \, \text{cm}^2\)). L'étape suivante pour l'ingénieur est de la traduire en un nombre de barres réelles (par exemple, 3 HA 20 + 2 HA 14, soit \(3 \times 3.14 + 2 \times 1.54 = 12.5 \, \text{cm}^2\)). Il faut ensuite vérifier que ces barres peuvent être correctement placées dans la poutre en respectant les distances minimales d'enrobage et d'espacement, pour garantir un bon bétonnage et une bonne adhérence.
Le Saviez-Vous ?
Le concept de "béton armé" a été breveté à la fin du 19ème siècle. L'une des premières applications majeures fut par l'ingénieur François Hennebique, qui a construit des milliers de structures en utilisant son système breveté, démontrant l'incroyable potentiel de ce nouveau matériau composite et révolutionnant la construction moderne.
Foire Aux Questions (FAQ)
Que se passe-t-il si le moment est négatif ?
Un moment fléchissant négatif (fréquent sur les appuis des poutres continues) signifie que la zone tendue est en partie supérieure de la poutre, et la zone comprimée en partie inférieure. Le principe de calcul reste exactement le même, mais les armatures principales \(A_{\text{s}}\) seront placées en haut de la poutre, et non en bas.
Doit-on toujours calculer les armatures d'effort tranchant ?
Oui, absolument. Le calcul présenté ici ne concerne que la flexion. Une poutre est également soumise à un effort tranchant, qui peut provoquer des fissures inclinées. Il est impératif de calculer et de mettre en place des armatures transversales (cadres, étriers) pour reprendre cet effort. C'est un calcul complémentaire et indispensable.
Quiz Final : Testez vos connaissances
1. Si on augmente la résistance du béton (par ex. C30/37 au lieu de C25/30), la section d'acier requise \(A_{\text{s}}\) va :
2. Si le moment sollicitant \(M_{\text{Ed}}\) double, la section d'acier requise \(A_{\text{s}}\) va :
- Moment Fléchissant Ultime (\(M_{\text{Ed}}\))
- Le moment maximal, pondéré par les coefficients de sécurité, que la poutre doit être capable de supporter sans rupture.
- Hauteur Utile (d)
- Distance entre la fibre la plus comprimée et le centre de gravité des aciers tendus. C'est la dimension la plus importante pour le calcul en flexion.
- Pivot A / Pivot B
- Formalisme de l'Eurocode 2 décrivant les états de déformation limites d'une section. Le calcul se fait généralement en supposant que l'acier atteint sa déformation maximale (Pivot A).
- Bras de Levier (z)
- Distance verticale entre la résultante des forces de compression dans le béton et la résultante des forces de traction dans l'acier. Le moment résistant est le produit de ces forces par le bras de levier.
D’autres exercices de béton armé :
Etant qu’un ingenieur civil je veux apprendre d’avantage sur le metier