Calcul de la Section d’Acier de Précontrainte
Contexte : Pourquoi précontraindre le béton ?
Le béton est un matériau qui résiste très bien à la compression, mais très mal à la traction. Pour des structures soumises à de fortes flexions, comme les ponts de grande portée, le béton armé classique atteint ses limites. La précontrainteTechnique de construction consistant à tendre des aciers à haute résistance (câbles ou torons) avant ou après la prise du béton, afin d'y introduire des contraintes de compression initiales. est une technique ingénieuse qui consiste à "pré-comprimer" le béton dans les zones qui seront tendues sous l'effet des charges. On tend des câbles en acier à haute résistance (appelés tendons) qui, en cherchant à reprendre leur longueur initiale, compriment le béton. Cet effort de compression initial annule ou réduit fortement les tractions futures, permettant de construire des ouvrages plus élancés, plus durables et de plus grande portée.
Remarque Pédagogique : Cet exercice vous guidera dans le dimensionnement des aciers de précontrainte pour une poutre de pont en I. L'objectif est de déterminer la force de précontrainte et la section d'acier nécessaires pour que la poutre ne subisse aucune traction en fibre inférieure sous les charges de service.
Objectifs Pédagogiques
- Calculer les caractéristiques géométriques d'une section en I.
- Déterminer le moment fléchissant maximal à l'État Limite de Service (ELS).
- Calculer les contraintes dans le béton dues aux charges extérieures.
- Appliquer la condition de décompression pour trouver l'effort de précontrainte requis.
- Calculer la section d'acier de précontrainte nécessaire.
- Choisir un câblage réaliste.
Données de l'étude
Schéma de la poutre et de la section
- Portée de la poutre : \(L = 25 \, \text{m}\)
- Section en I symétrique :
- Hauteur totale : \(h = 2.0 \, \text{m}\)
- Largeur des membrures (sup. et inf.) : \(b = 1.5 \, \text{m}\)
- Épaisseur des membrures : \(h_{\text{f}} = 0.25 \, \text{m}\)
- Épaisseur de l'âme : \(b_{\text{w}} = 0.60 \, \text{m}\)
- Béton : Classe C40/50 (\(f_{\text{ck}} = 40 \, \text{MPa}\))
- Acier de précontrainte : Classe 1860 MPa (\(f_{\text{pk}} = 1860 \, \text{MPa}\))
- Charges de service (ELS) à mi-travée (poids propre inclus) :
- Moment dû aux charges permanentes : \(M_{\text{G}} = 2500 \, \text{kN} \cdot \text{m}\).
- Moment dû aux charges d'exploitation : \(M_{\text{Q}} = 1500 \, \text{kN} \cdot \text{m}\).
- ExcentricitéDistance entre le centre de gravité de la section de béton et le centre de gravité du câble de précontrainte. Une grande excentricité génère un moment interne plus important. du câble de précontrainte à mi-travée : \(e_{\text{p}} = 0.80 \, \text{m}\)
- Coefficient de pertes de précontrainte : \(\eta = 0.85\) (on considère 15% de pertes totales)
Questions à traiter
- Calculer les caractéristiques de la section : Aire \(A\), moment d'inertie \(I\) et modules de résistance \(W_{\text{inf}}, W_{\text{sup}}\).
- Déterminer le moment de service total \(M_{\text{ser}}\) à mi-travée.
- Calculer la contrainte de traction en fibre inférieure due à \(M_{\text{ser}}\).
- Déterminer l'effort de précontrainte \(P\) nécessaire pour annuler cette traction (condition de décompression).
- Calculer la section d'acier de précontrainte \(A_{\text{p}}\) requise.
Correction : Calcul de la Section d’Acier de Précontrainte
Question 1 : Calculer les caractéristiques géométriques de la section
Principe avec image animée (le concept physique)
Avant tout calcul de contrainte, il est indispensable de connaître les propriétés de la section qui travaille. L'aire (\(A\)) nous renseignera sur la résistance à l'effort normal. Le moment d'inertie (\(I\)) mesure la rigidité de la section et sa capacité à résister à la flexion. Les modules de résistance (\(W\)) en découlent et permettent de calculer directement les contraintes aux fibres extrêmes. Pour une section composée comme un I, on peut la calculer en soustrayant les "vides" du rectangle englobant.
Mini-Cours (approfondissement théorique)
Les sections en I sont très efficaces en flexion car elles concentrent la matière loin de l'axe neutre (dans les membrures), là où les contraintes sont maximales. L'âme, moins sollicitée par la flexion, sert principalement à reprendre l'effort tranchant et à maintenir l'écartement entre les membrures. Cette optimisation permet un gain de poids considérable par rapport à une section rectangulaire de même hauteur.
Remarque Pédagogique (le conseil du professeur)
Point Clé : La méthode de soustraction (rectangle total moins les vides) est souvent plus rapide et moins source d'erreurs pour les sections symétriques que l'addition des trois rectangles (membrure sup. + âme + membrure inf.) qui nécessiterait l'utilisation du théorème de Huygens.
Normes (la référence réglementaire)
Le calcul des caractéristiques géométriques des sections est une application directe des principes de la Résistance des Matériaux, qui sont à la base de toutes les normes de calcul de structure, y compris l'Eurocode 2.
Hypothèses (le cadre du calcul)
On considère que la section de béton est homogène et non fissurée. L'influence des aciers passifs et des gaines de précontrainte sur les caractéristiques géométriques est négligée à ce stade, ce qui est une simplification courante pour le pré-dimensionnement.
Formule(s) (l'outil mathématique)
Aire de la section :
Moment d'inertie :
Modules de résistance :
Donnée(s) (les chiffres d'entrée)
- \(h = 2.0 \, \text{m}\)
- \(b = 1.5 \, \text{m}\)
- \(h_{\text{f}} = 0.25 \, \text{m}\)
- \(b_{\text{w}} = 0.60 \, \text{m}\)
Calcul(s) (l'application numérique)
Calcul des dimensions des 'vides' :
Calcul de l'aire :
Calcul du moment d'inertie :
Calcul des modules de résistance :
Réflexions (l'interprétation du résultat)
Les valeurs obtenues sont élevées, ce qui est typique des grands ouvrages. Une inertie de 0.747 m⁴ indique une très forte rigidité en flexion. Le fait que le module de résistance W ait la même valeur numérique est une coïncidence due au fait que la distance à la fibre extrême \(v = h/2\) est égale à 1.0 m.
Point à retenir : La première étape de tout calcul de résistance est de déterminer précisément les caractéristiques géométriques (A, I, W) de la section étudiée.
Justifications (le pourquoi de cette étape)
Cette étape est un prérequis absolu. Toutes les contraintes, et donc tous les dimensionnements qui suivront, dépendent directement de la précision de ces valeurs. Une erreur ici se répercuterait sur l'ensemble du calcul.
Points de vigilance (les erreurs à éviter)
Erreur d'unités : La plus grande source d'erreur est le mélange des unités (m, cm, mm). Il est crucial de tout convertir dans un système cohérent (ici, le mètre) dès le début pour éviter des erreurs d'un facteur 1000 ou 1 000 000 sur le résultat final.
Le saviez-vous ? (la culture de l'ingénieur)
À vous de jouer : Quelle serait l'aire A (en m²) si l'épaisseur de l'âme (\(b_{\text{w}}\)) était de 0.80 m ?
Question 2 : Déterminer le moment de service total \(M_{\text{ser}}\)
Principe avec image animée (le concept physique)
Le dimensionnement de la précontrainte se fait à l'ELS pour maîtriser les contraintes et la fissuration en conditions normales d'utilisation. On doit donc considérer la sollicitation la plus défavorable en service, qui correspond à la somme des moments dus aux charges permanentes (G) et aux charges d'exploitation (Q).
Mini-Cours (approfondissement théorique)
L'État Limite de Service (ELS) correspond au fonctionnement quotidien de l'ouvrage. Les combinaisons d'actions à l'ELS sont dites "non pondérées" (coefficients égaux à 1.0 pour la combinaison quasi-permanente ou fréquente). On s'assure que sous ces charges, la structure reste fonctionnelle : pas de flèche excessive, pas de vibrations gênantes et surtout, une maîtrise de la fissuration pour garantir la durabilité. En béton précontraint, on vise souvent la "classe 1", c'est-à-dire l'absence totale de traction dans le béton.
Remarque Pédagogique (le conseil du professeur)
Point Clé : Ne confondez pas les combinaisons ELS (\(G+Q\)) et ELU (\(1.35G+1.5Q\)). La précontrainte est dimensionnée pour les charges de service (ELS) afin de garantir le bon comportement de l'ouvrage au quotidien. La vérification à la rupture (ELU) est faite dans un second temps.
Normes (la référence réglementaire)
L'Eurocode 0 (EN 1990) définit les principes des combinaisons d'actions. Pour le dimensionnement en service, on utilise la combinaison "caractéristique" (souvent appelée à tort quasi-permanente), qui est la plus simple : \( \sum G_{\text{k,j}} + Q_{\text{k,1}} \). C'est ce que nous faisons ici en sommant \(M_{\text{G}}\) et \(M_{\text{Q}}\).
Hypothèses (le cadre du calcul)
On suppose que les moments fournis incluent déjà tous les effets dynamiques et que les charges permanentes et d'exploitation agissent simultanément pour créer le cas de charge le plus défavorable pour la traction en fibre inférieure.
Formule(s) (l'outil mathématique)
Moment de service total :
Donnée(s) (les chiffres d'entrée)
- \(M_{\text{G}} = 2500 \, \text{kN} \cdot \text{m}\)
- \(M_{\text{Q}} = 1500 \, \text{kN} \cdot \text{m}\)
Calcul(s) (l'application numérique)
Calcul du moment de service total :
Réflexions (l'interprétation du résultat)
Un moment de 4000 kNm est une sollicitation très importante, typique d'un ouvrage d'art. Il est clair qu'une poutre en béton armé classique de cette portée aurait des dimensions beaucoup plus massives ou nécessiterait une quantité d'acier passif très élevée. C'est là que la précontrainte montre tout son intérêt.
Point à retenir : La précontrainte est dimensionnée pour s'opposer au moment fléchissant total en conditions de service (\(M_{\text{ser}}\)).
Justifications (le pourquoi de cette étape)
Cette étape quantifie l'"agression" que la poutre doit subir. Sans connaître la sollicitation maximale (\(M_{\text{ser}}\)), il est impossible de dimensionner la "défense" (la précontrainte) nécessaire pour y faire face.
Points de vigilance (les erreurs à éviter)
Oublier une charge : Il faut bien s'assurer que tous les moments de service (poids propre, superstructures, équipements, exploitation, etc.) ont été pris en compte. Omettre une partie de la charge conduirait à un sous-dimensionnement de la précontrainte.
Le saviez-vous ? (la culture de l'ingénieur)
À vous de jouer : Quel serait le moment \(M_{\text{ser}}\) (en kNm) si la charge d'exploitation \(M_{\text{Q}}\) était de 2200 kNm ?
Question 3 : Calculer la contrainte de traction en fibre inférieure
Principe avec image animée (le concept physique)
Le moment fléchissant \(M_{\text{ser}}\) "courbe" la poutre vers le bas. Cela comprime la fibre supérieure et étire (tend) la fibre inférieure. C'est cette contrainte de traction que la précontrainte devra annuler. On la calcule simplement avec la formule de la flexion, en utilisant le module de résistance de la fibre inférieure.
Mini-Cours (approfondissement théorique)
La formule \(\sigma = M \cdot v / I\) (ou \(\sigma = M / W\)) est la pierre angulaire de la résistance des matériaux en flexion. Elle montre que pour un moment donné, la contrainte est maximale aux points les plus éloignés de l'axe neutre (les "fibres extrêmes"). La distribution des contraintes est linéaire : nulle à l'axe neutre, maximale en compression d'un côté et maximale en traction de l'autre.
Remarque Pédagogique (le conseil du professeur)
Point Clé : Faites attention aux signes ! En convention de génie civil, la compression est négative et la traction est positive. Un moment qui tend la fibre inférieure (moment positif) crée des contraintes positives (traction) à cet endroit.
Normes (la référence réglementaire)
Cette formule, dite de Navier, est universelle. L'Eurocode 2 l'utilise pour la vérification des contraintes à l'ELS (section 7.2), en spécifiant les limites de contraintes admissibles en compression et en traction pour le béton.
Hypothèses (le cadre du calcul)
On applique l'hypothèse de Navier-Bernoulli : les sections planes restent planes après déformation. Cette hypothèse est valable pour les poutres élancées et permet d'affirmer que la déformation, et donc la contrainte, varient linéairement depuis l'axe neutre.
Formule(s) (l'outil mathématique)
Contrainte de flexion en fibre inférieure :
Donnée(s) (les chiffres d'entrée)
- \(M_{\text{ser}} = 4000 \, \text{kN} \cdot \text{m} = 4 \, \text{MN} \cdot \text{m}\)
- \(W_{\text{inf}} = 0.747 \, \text{m}^3\)
Calcul(s) (l'application numérique)
Calcul de la contrainte de traction :
Réflexions (l'interprétation du résultat)
Une contrainte de +5.35 MPa est bien supérieure à la résistance en traction d'un béton C40/50 (qui est de l'ordre de 3.5 MPa). Sans précontrainte, la poutre serait donc largement fissurée en service, ce qui est inacceptable pour la durabilité d'un pont. Cela démontre la nécessité absolue de la précontrainte pour cet ouvrage.
Point à retenir : Sans précontrainte, la fibre inférieure de la poutre subirait une traction de 5.35 MPa, ce qui est supérieur à la résistance en traction du béton et provoquerait une fissuration importante.
Justifications (le pourquoi de cette étape)
Cette étape quantifie le "problème" à résoudre. La valeur de 5.35 MPa est la contrainte de traction exacte que notre système de précontrainte devra venir compenser. C'est la cible à atteindre.
Points de vigilance (les erreurs à éviter)
Utiliser l'aire A au lieu du module W : Une erreur classique est de diviser la force par l'aire pour obtenir une contrainte. C'est valable pour un effort normal simple, mais pour un moment de flexion, il faut impérativement utiliser le module de résistance W (ou I/v).
Le saviez-vous ? (la culture de l'ingénieur)
À vous de jouer : Quelle serait la contrainte \(\sigma_{\text{inf, M}}\) (en MPa) si le moment de service était de 3000 kNm ?
Question 4 : Déterminer l'effort de précontrainte \(P\)
Principe avec image animée (le concept physique)
L'effort de précontrainte \(P\) est appliqué avec une excentricité \(e_{\text{p}}\). Il génère deux effets qui se superposent : une compression centrée (\(P/A\)) et un moment interne (\(P \cdot e_{\text{p}}\)) qui "courbe" la poutre vers le haut. Ce moment interne crée de la compression en fibre inférieure. La condition de décompression stipule que la compression totale apportée par la précontrainte doit être au moins égale à la traction générée par les charges.
Mini-Cours (approfondissement théorique)
Le calcul des contraintes en béton précontraint est une application directe du principe de superposition. La contrainte finale en un point est la somme algébrique des contraintes créées par chaque sollicitation : \(\sigma_{\text{total}} = \sigma_{\text{effort normal}} + \sigma_{\text{moment de flexion}}\). Ici, l'effort de précontrainte P crée à la fois un effort normal de compression (-P/A) et un moment de flexion dit "isostatique" (\(-P \cdot e_{\text{p}}\)) qui crée une contrainte \(- (P \cdot e_{\text{p}}) / W\).
Remarque Pédagogique (le conseil du professeur)
Point Clé : N'oubliez pas le coefficient de pertes \(\eta\). La force \(P\) que l'on calcule est la force initiale, mais la force qui reste "en service" dans la poutre est réduite par les pertes. On doit donc en tenir compte dans le calcul de la contrainte apportée par la précontrainte.
Normes (la référence réglementaire)
L'Eurocode 2, section 5.10, détaille les effets de la précontrainte et la manière de les calculer. La section 7.2 spécifie les limites de contraintes à vérifier, notamment la condition de décompression (pas de traction) pour les classes d'exposition sensibles à la corrosion.
Hypothèses (le cadre du calcul)
On se place dans le cas le plus simple où l'on vise une contrainte nulle en fibre inférieure (\(\sigma_{\text{total}} = 0\)). En pratique, on peut autoriser une légère traction si la section est bien confinée par des aciers passifs, ou au contraire viser une compression résiduelle pour plus de sécurité.
Formule(s) (l'outil mathématique)
Contrainte en fibre inférieure due à la précontrainte :
Condition de décompression :
Donnée(s) (les chiffres d'entrée)
- \(M_{\text{ser}} = 4000 \, \text{kN} \cdot \text{m}\)
- \(A = 1.65 \, \text{m}^2\)
- \(W_{\text{inf}} = 0.747 \, \text{m}^3\)
- \(e_{\text{p}} = 0.80 \, \text{m}\)
- \(\eta = 0.85\)
Calcul(s) (l'application numérique)
Réarrangement de la formule pour isoler P :
Calcul de l'effort de précontrainte :
Réflexions (l'interprétation du résultat)
Il faut appliquer une force initiale de 3756 kN (environ 375 tonnes) sur les câbles pour garantir qu'aucune traction n'apparaisse en service. Cette force énorme est ce qui différencie la précontrainte du béton armé classique et nécessite des matériaux et des techniques de mise en œuvre spécifiques.
Point à retenir : L'effort de précontrainte P est déterminé en s'assurant que la compression qu'il génère (\( \sigma_{\text{inf,P}} \)) est suffisante pour compenser la traction due aux charges (\( \sigma_{\text{inf,M}} \)).
Justifications (le pourquoi de cette étape)
C'est le cœur du dimensionnement. Cette étape traduit un objectif de comportement (pas de traction) en une sollicitation interne à appliquer (la force P). C'est le lien entre la théorie de la résistance des matériaux et la conception d'un ouvrage précontraint.
Points de vigilance (les erreurs à éviter)
Erreur de signe dans la formule : Les deux termes de la contrainte de précontrainte (\(-P/A\) et \(-P \cdot e_{\text{p}} / W\)) sont des compressions et doivent donc avoir le même signe (négatif), s'opposant à la traction (positive) des charges.
Le saviez-vous ? (la culture de l'ingénieur)
À vous de jouer : Quel serait l'effort P (en kN) si l'excentricité \(e_{\text{p}}\) était de 0.90 m ?
Question 5 : Calculer la section d'acier de précontrainte \(A_{\text{p}}\)
Principe avec image animée (le concept physique)
L'effort de précontrainte \(P\) est fourni par les câbles en acier. La section d'acier \(A_{\text{p}}\) est simplement l'effort total à appliquer divisé par la contrainte maximale admissible dans l'acier. On limite la tension dans l'acier pour garder une marge de sécurité et pour des raisons de durabilité.
Mini-Cours (approfondissement théorique)
Les aciers de précontrainte sont des aciers à très haute limite élastique (généralement autour de 1600 MPa, contre 500 MPa pour le béton armé classique). Cette haute résistance est indispensable. Si on utilisait de l'acier normal, les déformations différées du béton (retrait, fluage) annuleraient une grande partie de la tension initiale, rendant la précontrainte inefficace. L'utilisation d'acier HLE permet de conserver une tension résiduelle significative après pertes.
Remarque Pédagogique (le conseil du professeur)
Point Clé : Le résultat du calcul est une section d'acier théorique. Le travail de l'ingénieur consiste ensuite à la traduire en un câblage réel, en choisissant un type de toron (ex: T15S de section 150 mm²) et un nombre de torons (ex: 2 torons 13T15S) qui fournissent une section totale supérieure ou égale à la section requise.
Normes (la référence réglementaire)
L'Eurocode 2 limite la tension maximale dans l'acier de précontrainte lors de la mise en tension à \(\sigma_{\text{p,max}} = \min(0.80 f_{\text{pk}}, 0.90 f_{\text{p0.1k}})\). La valeur \(f_{\text{pk}}\) est la résistance caractéristique à la rupture. On utilise ici une valeur courante de \(0.80 f_{\text{pk}}\) pour le dimensionnement.
Hypothèses (le cadre du calcul)
On suppose que la contrainte dans l'acier est uniforme sur toute sa section. On choisit la limite de tension maximale autorisée par la norme pour optimiser la quantité d'acier et donc le coût.
Formule(s) (l'outil mathématique)
Section d'acier de précontrainte :
Donnée(s) (les chiffres d'entrée)
- \(P = 3756 \, \text{kN} = 3.756 \, \text{MN}\)
- \(f_{\text{pk}} = 1860 \, \text{MPa} = 1860 \, \text{MN/m}^2\)
Calcul(s) (l'application numérique)
Calcul de la section d'acier :
Choix du câblage :
On peut par exemple proposer un câble composé de 19 torons T15S (19 x 1.50 cm² = 28.5 cm²) ou deux câbles de 12 torons T13 (2 x 12 x 1.00 cm² = 24.0 cm² - insuffisant). Le choix final dépendra des fournisseurs et de l'encombrement. Un câble de 19T15S est une solution réaliste.
Réflexions (l'interprétation du résultat)
Une section de 25.24 cm² peut sembler faible, mais il faut se rappeler qu'il s'agit d'acier à très haute performance. Cette petite section d'acier est capable de développer une force de plus de 375 tonnes, ce qui illustre l'efficacité de ce matériau.
Point à retenir : La section d'acier \(A_{\text{p}}\) est le résultat de la division de l'effort de précontrainte \(P\) par la contrainte maximale de travail de l'acier.
Justifications (le pourquoi de cette étape)
C'est l'aboutissement du calcul : on obtient une quantité de matière concrète (des cm² d'acier) que l'on peut commander et mettre en œuvre sur le chantier. C'est la donnée finale qui permet de réaliser l'ouvrage.
Points de vigilance (les erreurs à éviter)
Confondre \(f_{\text{pk}}\) et \(f_{\text{yd}}\) : Il ne faut jamais utiliser la limite élastique des aciers de béton armé (\(f_{\text{yk}} \approx 500\) MPa) pour calculer une section de précontrainte. Les aciers de précontrainte ont des résistances bien plus élevées (\(f_{\text{pk}} \approx 1860\) MPa).
Le saviez-vous ? (la culture de l'ingénieur)
À vous de jouer : Quelle serait la section d'acier \(A_{\text{p}}\) (en cm²) si l'on utilisait un acier moins performant avec \(f_{\text{pk}}\) = 1770 MPa ?
Mini Fiche Mémo : Précontrainte en Flexion Simple
Étape | Formule Clé & Objectif |
---|---|
1. Géométrie | Calcul de \(A, I, W\) Connaître les propriétés de la section de béton. |
2. Sollicitation (ELS) | \( M_{\text{ser}} = M_{\text{G}} + M_{\text{Q}} \) Déterminer le moment maximal en conditions de service. |
3. Contrainte de Traction | \( \sigma_{\text{inf, M}} = M_{\text{ser}} / W_{\text{inf}} \) Calculer la traction que le béton subirait sans précontrainte. |
4. Effort de Précontrainte | \( P \ge M_{\text{ser}} / (\eta (W/A + e_{\text{p}})) \) Trouver la force de compression nécessaire pour annuler la traction. |
5. Section d'Acier | \( A_{\text{p}} = P / \sigma_{\text{p,max}} \) Convertir la force en une quantité d'acier réalisable. |
Outil Interactif : Calculateur de Précontrainte
Modifiez les paramètres pour voir leur influence sur l'effort de précontrainte et les aciers requis.
Paramètres
Résultats
Le Saviez-Vous ?
Les enceintes de confinement des réacteurs nucléaires sont construites en béton précontraint. Un maillage dense de câbles horizontaux et verticaux est mis en tension pour placer la paroi en compression, lui permettant de résister à d'énormes pressions internes en cas d'accident, assurant ainsi la sécurité de l'installation.
Foire Aux Questions (FAQ)
Quelle est la différence entre pré-tension et post-tension ?
En pré-tension, les câbles sont tendus entre deux culées d'ancrage AVANT que le béton ne soit coulé. Une fois que le béton a durci, on relâche les câbles, qui transmettent leur effort au béton par adhérence. C'est une technique utilisée en usine. En post-tension, on coule le béton en laissant des gaines vides. Une fois le béton durci, on enfile les câbles dans les gaines, on les tend avec des vérins, puis on les bloque avec des ancrages aux extrémités. C'est la technique la plus courante sur chantier.
Pourquoi l'excentricité du câble est-elle si importante ?
L'excentricité crée un "moment de précontrainte" (\(M_{\text{p}} = P \cdot e_{\text{p}}\)) qui s'oppose directement au moment des charges extérieures. Plus l'excentricité est grande (plus le câble est bas dans la poutre), plus ce moment est efficace pour contrer les charges, et moins on a besoin d'effort de précontrainte \(P\) pour un même résultat. C'est pourquoi les câbles suivent souvent un tracé parabolique, très bas à mi-travée et remontant près des appuis.
Quiz Final : Testez vos connaissances
1. Si on augmente la portée d'un pont sans changer sa section, l'effort de précontrainte nécessaire va :
2. La précontrainte est principalement utilisée pour :
Glossaire
- Précontrainte
- Technique consistant à introduire des contraintes de compression dans un matériau avant sa mise en service pour compenser les futures contraintes de traction.
- Tendon
- Ensemble des aciers de précontrainte (torons, fils ou barres) formant un câble, logé dans une gaine.
- Excentricité (e_p)
- Distance verticale entre le centre de gravité de la section en béton et le centre de gravité du tendon de précontrainte.
- Pertes de précontrainte
- Réduction de la tension initiale dans les câbles due à divers phénomènes (retrait et fluage du béton, relaxation de l'acier, frottements).
D’autres exercices de béton précontraint :
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