Calcul de la Résistance au Cisaillement d’un Sol
📝 Situation du Projet : Élargissement de la RN85
La Route Nationale 85, dite "Route Napoléon", est un axe stratégique traversant les Alpes du Sud. Dans le cadre de son élargissement au PK 142, le tracé impose d'entailler un versant naturel instable. Les études géologiques préliminaires (Mission G1) ont révélé la présence d'une couche épaisse de "Limons Argileux würmiens" surmontant un substratum calcaire compact.
Un mur de soutènement de type "Poids" en béton armé est projeté pour stabiliser la nouvelle plateforme routière. La stabilité de cet ouvrage est critique : une rupture du sol de fondation entraînerait non seulement la perte de l'ouvrage, mais aussi la coupure totale de cet axe vital. Le laboratoire de mécanique des sols a donc réalisé des campagnes de reconnaissance approfondies. Des carottes intactes ont été prélevées à l'aide d'un carottier à piston stationnaire à une profondeur de 4 mètres, zone identifiée comme le siège potentiel d'une surface de rupture circulaire.
Votre mission, en tant qu'ingénieur au bureau d'études géotechniques, est d'exploiter les résultats de l'essai de cisaillement direct réalisé sur ces échantillons pour déterminer les caractéristiques mécaniques intrinsèques du sol (cohésion et angle de frottement). Ces paramètres permettront ensuite de justifier la stabilité de l'ouvrage vis-à-vis du glissement, conformément aux exigences de l'Eurocode 7.
"Attention, les essais ont été réalisés en conditions drainées (CD - Consolidé Drainé) à vitesse très lente (0.005 mm/min) pour garantir la dissipation totale de la pression interstitielle. Nous travaillons donc en contraintes effectives. Soyez vigilants sur les unités : les contraintes doivent impérativement être exprimées en kPa pour être cohérentes avec les notes de calcul de structure."
Les données ci-dessous sont issues du rapport d'essai brut fourni par le technicien de laboratoire. Il est essentiel de comprendre l'origine de chaque valeur avant de commencer l'analyse.
📚 Cadre Normatif et Méthodologique
L'étude s'inscrit dans un cadre normatif strict qui garantit la fiabilité des résultats pour le dimensionnement d'ouvrages publics.
NF P94-071-1 (Essai de cisaillement rectiligne à la boîte) Eurocode 7 (Calcul géotechnique - Justification des ouvrages)L'essai a été réalisé sur une "Boîte de Casagrande". Ce dispositif impose un plan de rupture horizontal préférentiel. La dimension de l'éprouvette (60x60mm) est standardisée pour limiter les effets de bords tout en restant représentative de la matrice du sol fin.
Le poids volumique (\(\gamma\)) a été déterminé par pesée hydrostatique sur un échantillon intact adjacent. Cette valeur est fondamentale pour calculer les contraintes réelles "in-situ" à 4 mètres de profondeur.
| GÉOMÉTRIE DE LA BOÎTE | |
| Section de l'éprouvette (A) | 60 mm x 60 mm |
| Hauteur de l'échantillon | 25 mm |
| PROPRIÉTÉS DU SOL EN PLACE | |
| Poids volumique du sol (\(\gamma\)) | 19 kN/m³ |
| Profondeur d'étude (z) | 4.00 m |
📊 Résultats Bruts (Efforts à la rupture)
Le protocole expérimental a consisté à cisailler trois éprouvettes distinctes (provenant de la même carotte) sous trois charges normales différentes (paliers de chargement). Cela permet de tracer la "droite intrinsèque" du matériau. Les valeurs ci-dessous correspondent aux efforts mesurés exactement au moment de la rupture (pic de résistance).
| Essai N° | Effort Normal Appliqué (N) [Force Verticale] | Effort de Cisaillement à Rupture (T) [Force Horizontale] |
|---|---|---|
| 1 | 360 N | 235 N |
| 2 | 720 N | 405 N |
| 3 | 1080 N | 570 N |
Pour bien interpréter les résultats, il faut visualiser le mécanisme de rupture. L'échantillon est placé entre deux demi-boîtes rigides. Une force normale constante (N) est appliquée verticalement pour simuler le poids des terres. Ensuite, la demi-boîte inférieure est déplacée horizontalement à vitesse constante, générant un effort de cisaillement (T) jusqu'à la séparation des deux parties du sol.
| Donnée | Symbole | Unité SI |
|---|---|---|
| Effort Normal | \(N\) | Newton (N) |
| Effort Tangentiel (Cisaillement) | \(T\) | Newton (N) |
| Surface de l'éprouvette | \(A\) | Mètre carré (m²) |
| Contrainte Normale | \(\sigma\) | Pascal (Pa) ou kPa |
| Contrainte de Cisaillement | \(\tau\) | Pascal (Pa) ou kPa |
E. Protocole de Résolution
Pour passer des mesures brutes de laboratoire aux paramètres de sécurité de l'ouvrage, nous allons suivre une démarche rigoureuse en quatre étapes.
Calcul des Contraintes
Conversion des forces mesurées (N) en contraintes physiques (kPa) en tenant compte de la géométrie de l'éprouvette.
Modélisation de Mohr-Coulomb
Tracé de la droite intrinsèque de rupture et détermination graphique ou analytique de la cohésion (\(c'\)) et de l'angle de frottement (\(\varphi'\)).
Calcul In-Situ
Estimation de la contrainte verticale réelle du sol à 4 mètres de profondeur pour appliquer le modèle.
Vérification de Stabilité
Comparaison entre la résistance maximale disponible et la contrainte mobilisée pour conclure sur la sécurité.
Calcul de la Résistance au Cisaillement d’un Sol
🎯 Objectif Scientifique
L'objectif fondamental de cette première étape est de s'affranchir des paramètres expérimentaux (géométrie spécifique de la machine d'essai) pour accéder aux propriétés intrinsèques du matériau. Une force mesurée en Newtons dépend directement de la surface de l'échantillon testé : un échantillon deux fois plus grand résisterait à une force deux fois plus grande, sans que le matériau soit plus "fort". Pour comparer des résultats et caractériser le sol, nous devons passer des grandeurs extensives (Forces \(N, T\)) à des grandeurs intensives (Contraintes \(\sigma, \tau\)). C'est l'étape de normalisation des résultats.
📚 Référentiel Théorique
NF P94-071-1 Mécanique des Milieux Continus (MMC)Nous sommes face à des données brutes issues d'une boîte de cisaillement carrée de \(60 \times 60 \text{ mm}\). Le piège classique ici est la confusion des unités. En géotechnique, l'unité de référence pour la contrainte est le kilopascal (kPa), qui correspond à des \(kN/m^2\).
Si nous divisions des Newtons par des millimètres carrés, nous obtiendrions des MégaPascals (MPa), une unité adaptée au béton ou à l'acier, mais trop grande pour le sol (1 MPa = 1000 kPa).
Stratégie adoptée : Nous allons convertir systématiquement toutes les longueurs en mètres (m) et toutes les forces en Newtons (N) pour obtenir des Pascals (Pa), puis diviser par 1000 pour avoir des kPa. C'est la méthode la plus sûre pour éviter les erreurs d'ordres de grandeur.
En mécanique des sols, la réponse du matériau est pilotée par les contraintes. On distingue deux composantes agissant sur le plan de rupture :
- La Contrainte Normale (\(\sigma\)) : C'est la pression perpendiculaire au plan de cisaillement. Elle représente le confinement des grains. Plus elle est élevée, plus les grains sont pressés les uns contre les autres, augmentant le frottement intergranulaire.
- La Contrainte de Cisaillement (\(\tau\)) : C'est la contrainte tangentielle, parallèle au plan de rupture. C'est elle qui "provoque" le glissement des grains les uns sur les autres. À la rupture, cette valeur atteint un maximum appelé "résistance au cisaillement".
📋 Données d'Entrée
| Paramètre | Symbole | Valeur |
|---|---|---|
| Largeur de la boîte | \(l\) | 60 mm |
| Longueur de la boîte | \(L\) | 60 mm |
| Force Normale (Essai 1) | \(N_1\) | 360 N |
| Force Tangentielle (Essai 1) | \(T_1\) | 235 N |
Plutôt que de recalculer la surface à chaque fois, calculez \(1/A\) une seule fois au début. Ici, si \(A = 0.0036 \text{ m}^2\), alors \(1/A \approx 277.77\). Il suffit ensuite de multiplier chaque force par ce coefficient pour obtenir directement des Pascals.
📝 Calculs Détaillés
Nous allons procéder étape par étape, en commençant par la géométrie, puis en traitant chaque essai individuellement.
🔎 Détail des Manipulations (Géométrie & Unités)
Pour obtenir une surface en mètres carrés (\(m^2\)) à partir de dimensions en millimètres (mm), nous devons effectuer une double conversion. Soit on convertit chaque côté avant de multiplier, soit on convertit le résultat final.
1. Calcul de la Surface de l'Éprouvette (\(A\)) :
Nous convertissons d'abord les millimètres en mètres pour être cohérents avec le système SI (\(60 \text{ mm} = 0.06 \text{ m}\)).
La surface de cisaillement est donc de \(36 \text{ cm}^2\) ou \(0.0036 \text{ m}^2\). Cette valeur sera le dénominateur commun de tous nos calculs de contrainte.
2. Essai N°1 : Calcul de la Contrainte Normale (\(\sigma_1\))
Application de la formule \(\sigma = N/A\).
3. Essai N°1 : Calcul de la Contrainte de Cisaillement (\(\tau_1\))
Application de la formule \(\tau = T/A\).
Pour une pression de confinement de 100 kPa (équivalent à environ 5m de sol), l'échantillon rompt à 65.3 kPa.
4. Essai N°2 : Calcul de la Contrainte Normale (\(\sigma_2\))
On remarque que la force normale a doublé par rapport à l'essai 1.
5. Essai N°2 : Calcul de la Contrainte de Cisaillement (\(\tau_2\))
La résistance a augmenté (de 65.3 à 112.5) sous l'effet de l'augmentation de la pression normale. C'est le comportement frottant typique.
6. Essai N°3 : Calcul de la Contrainte Normale (\(\sigma_3\))
7. Essai N°3 : Calcul de la Contrainte de Cisaillement (\(\tau_3\))
✅ Interprétation Globale
Nous disposons désormais de trois couples de points exprimés en contraintes. Ces points représentent l'enveloppe de rupture du matériau. On constate une progression régulière : chaque augmentation de 100 kPa de contrainte normale entraîne un gain de résistance au cisaillement. Cependant, ce gain n'est pas strictement proportionnel (la résistance ne double pas quand la charge normale double), ce qui suggère la présence d'une ordonnée à l'origine (cohésion).
Les ordres de grandeur sont corrects. Pour des sols usuels, les contraintes de rupture en laboratoire varient typiquement entre 20 et 500 kPa. Nos résultats (65 à 158 kPa) sont parfaitement réalistes pour un limon argileux compact.
Attention à la précision des décimales. En géotechnique, on garde généralement une décimale pour les calculs intermédiaires (comme ici 158.3), mais le résultat final sera souvent arrondi à l'entier. Une précision au Pascal près n'a pas de sens physique compte tenu de l'hétérogénéité du sol.
🎯 Objectif Scientifique
L'objectif est de transformer nos trois points expérimentaux discrets en une loi de comportement continue et prédictive. Nous allons déterminer l'équation de la droite qui passe au mieux par ces trois points. Cette droite, appelée "Critère de Rupture de Mohr-Coulomb", est définie par deux paramètres constants pour un sol donné : l'angle de frottement interne (\(\varphi'\)) et la cohésion effective (\(c'\)). Ces deux valeurs sont la "carte d'identité mécanique" du sol.
📚 Référentiel Théorique
Loi de Mohr-Coulomb (1776)Nous cherchons à résoudre une régression linéaire de type \(y = ax + b\), où :
- \(y\) est la résistance au cisaillement \(\tau\)
- \(x\) est la contrainte normale \(\sigma\)
- \(a\) est la pente, physiquement représentée par \(\tan(\varphi')\)
- \(b\) est l'ordonnée à l'origine, physiquement représentée par la cohésion \(c'\)
Comme il s'agit d'un calcul manuel pédagogique, nous n'allons pas faire une méthode des moindres carrés complexe. Nous allons calculer la pente entre les points extrêmes (P1 et P3) pour minimiser l'impact des petites erreurs de mesure locales.
Ce critère postule que la rupture d'un sol se produit par cisaillement le long d'un plan préférentiel. La résistance mobilisable \(\tau_{\text{max}}\) est la somme de deux termes :
- Le terme de frottement (\(\sigma' \tan \varphi'\)) : C'est la résistance due à l'imbrication des grains et à leur rugosité. Elle dépend directement de la pression appliquée : plus on appuie, plus c'est dur de faire glisser (analogie du frein à disque).
- Le terme de cohésion (\(c'\)) : C'est la résistance intrinsèque du sol à pression nulle. Elle est due aux forces électrostatiques et chimiques entre les particules fines (argiles) ou à la cimentation. Pour un sable pur, \(c' = 0\).
Cette équation est linéaire. La pente est \(\tan(\varphi')\) et l'ordonnée à l'origine est \(c'\).
📋 Données d'Entrée (Points Expérimentaux)
| Point | Abscisse X (\(\sigma\)) | Ordonnée Y (\(\tau\)) |
|---|---|---|
| P1 | 100 kPa | 65.3 kPa |
| P2 | 200 kPa | 112.5 kPa |
| P3 | 300 kPa | 158.3 kPa |
Vérifiez toujours l'alignement des points. Si le point du milieu (P2) est très au-dessus ou en-dessous de la ligne formée par P1-P3, l'essai est peut-être raté ou le sol a un comportement non-linéaire. Ici, vérifions rapidement : la pente 1-2 est (112.5-65.3)/100 = 0.472. La pente 2-3 est (158.3-112.5)/100 = 0.458. Les pentes sont très proches, la linéarité est excellente.
📝 Calculs Détaillés
Nous allons déterminer les paramètres de la droite passant par P1 (100, 65.3) et P3 (300, 158.3).
🔎 Détail des Manipulations (Régression Linéaire)
Nous cherchons à modéliser le comportement par une droite affine. En mathématiques, la pente \(a\) entre deux points A et B est toujours donnée par la différence des ordonnées divisée par la différence des abscisses :
Ici, \(y\) est la contrainte de cisaillement \(\tau\) et \(x\) est la contrainte normale \(\sigma\). Une fois la pente \(a\) connue, nous savons que :
Pour retrouver l'angle \(\varphi'\) en degrés, nous devrons inverser la fonction tangente en utilisant l'ArcTangente (\(\tan^{-1}\)) sur la calculatrice.
1. Calcul de la pente moyenne (Coefficient directeur \(a\)) :
La pente correspond au rapport "delta Y sur delta X", c'est-à-dire l'accroissement de résistance divisé par l'accroissement de charge.
Ce coefficient de 0.465 signifie que pour chaque kPa de charge verticale ajoutée, le sol gagne 0.465 kPa de résistance.
2. Détermination de l'angle de frottement interne (\(\varphi'\)) :
Par définition, la pente \(a\) est égale à la tangente de l'angle de frottement.
Nous arrondissons à 25° car une précision au dixième de degré n'est pas réaliste en géotechnique.
3. Isolation de la cohésion (\(c'\)) :
La cohésion correspond à l'ordonnée à l'origine \(b\). Nous isolons \(b\) dans l'équation de la droite :
4. Calcul Numérique de la cohésion :
Nous remplaçons par les valeurs du Point 1.
Vérification rapide avec P2 : \(112.5 - (200 \times 0.465) = 112.5 - 93 = 19.5\). La moyenne est d'environ 19 kPa. Nous retiendrons 19 kPa.
✅ Interprétation Globale
Nous avons réussi à caractériser le comportement mécanique du sol. Il s'agit d'un matériau frottant (\(\varphi' = 25^\circ\)) et cohésif (\(c' = 19 \text{ kPa}\)). L'angle de frottement de 25° est typique d'un sol fin (argile ou limon), bien inférieur à celui des sables (souvent > 30°). La cohésion de 19 kPa indique une certaine cimentation ou des forces argileuses significatives, ce qui donne au sol une résistance "à vide".
Ces valeurs correspondent parfaitement à la description géologique initiale ("Limons Argileux würmiens"). Si nous avions trouvé une cohésion nulle, cela aurait contredit la nature argileuse. Si nous avions trouvé un angle de 40°, cela aurait été suspect pour un limon.
La cohésion est le paramètre le plus incertain. Elle tend souvent à disparaître sur le long terme ou lors de grands déplacements. En projet d'exécution, on prend parfois \(c' = 0\) ou une valeur très réduite par sécurité (cohésion à long terme).
🎯 Objectif Scientifique
Les paramètres intrinsèques (\(c', \varphi'\)) sont théoriques. Pour savoir si le sol va tenir SOUS le mur, nous devons calculer sa résistance réelle à l'endroit précis du danger, c'est-à-dire à 4 mètres de profondeur. À cette profondeur, le sol est comprimé par le poids des terres au-dessus de lui. Cette compression naturelle (contrainte géostatique) augmente sa résistance par frottement. Nous devons quantifier cet effet.
📚 Référentiel Théorique
Principe de Terzaghi (Contraintes effectives)La démarche est séquentielle :
1. Calculer le poids de la colonne de sol au-dessus du point d'étude (\(\sigma'_{\text{v0}}\)).
2. Vérifier la pression de l'eau interstitielle (\(u\)). Ici, l'énoncé ne mentionne pas de nappe, on suppose un sol non saturé ou drainé sans pression hydraulique (\(u=0\)). Donc la contrainte totale égale la contrainte effective (\(\sigma = \sigma'\)).
3. Injecter cette contrainte effective comme valeur \(x\) dans notre équation de Mohr-Coulomb (\(y = 0.466x + 19\)) pour trouver la résistance max disponible.
La contrainte verticale dans un sol homogène augmente linéairement avec la profondeur. Elle correspond au poids de la colonne de sol par unité de surface :
C'est exactement comme la pression hydrostatique dans l'eau (\(\rho g h\)), mais avec la masse volumique du sol.
📋 Données d'Entrée
| Paramètre | Symbole | Valeur |
|---|---|---|
| Poids volumique du sol | \(\gamma\) | 19 kN/m³ |
| Profondeur de calcul | \(z\) | 4.0 m |
| Cohésion effective | \(c'\) | 19 kPa |
| Angle de frottement | \(\varphi'\) | 25° (\(\tan 25^\circ \approx 0.466\)) |
Ne confondez pas le \(z\) (profondeur) avec l'altitude. Ici \(z\) est positif vers le bas. Vérifiez aussi que \(\gamma\) est bien le poids volumique TOTAL (humide) du sol en place.
📝 Calculs Détaillés
Nous allons procéder étape par étape.
1. Analyse Dimensionnelle (Contrainte Verticale)
Le calcul de la contrainte verticale repose sur une analyse dimensionnelle simple. Le poids volumique \(\gamma\) est en \(kN/m^3\). Pour obtenir une pression en \(kN/m^2\) (kPa), il faut mathématiquement multiplier par une longueur en mètres (m). Cette longueur est la profondeur \(z\).
Ensuite, pour trouver la résistance, nous effectuons une simple substitution algébrique : nous prenons la valeur \(x = 76\) que nous venons de calculer, et nous l'insérons dans la fonction affine établie à la question précédente :
2. Calcul de la contrainte verticale effective (\(\sigma'_{\text{v0}}\)) :
Nous calculons le poids des terres à 4m de profondeur. C'est la charge qui "plaque" le sol sur le plan de glissement.
À cette profondeur, chaque mètre carré de sol supporte 7.6 tonnes de terre.
3. Calcul de la résistance au cisaillement maximale (\(\tau_{\text{max}}\)) :
Nous calculons maintenant la force latérale maximale que le sol peut encaisser sous cette charge de 76 kPa.
Le sol possède une résistance propre de 19 kPa (cohésion) + une résistance induite par le poids de 35.4 kPa (frottement). Total : 54.4 kPa.
✅ Interprétation Globale
Le résultat de 54.4 kPa est crucial. Il représente la "capacité portante au cisaillement" du sol à cet endroit précis. Cela signifie que si le mur, le trafic routier ou le séisme génèrent une contrainte de cisaillement supérieure à 54.4 kPa le long de ce plan, le sol rompra et le talus glissera.
La valeur de 76 kPa de charge verticale est modérée (équivalent à la pression sous le pied d'un adulte, mais répartie partout). La résistance de 54 kPa est cohérente pour un sol superficiel.
Ce calcul est valable UNIQUEMENT si le sol est drainé (\(u=0\)). Imaginez maintenant qu'il pleuve énormément et que l'eau sature le sol jusqu'à la surface sans pouvoir s'évacuer. La pression de l'eau (\(u\)) augmenterait. Selon Terzaghi :
Si \(u\) augmente, \(\sigma'\) diminue. Si \(\sigma'\) diminue, le terme de frottement chute :
C'est la cause principale des glissements de terrain par temps de pluie : l'eau ne "lubrifie" pas le sol, elle "soulève" les grains et annule le frottement !
🎯 Objectif Scientifique
La dernière étape est la prise de décision technique. Le bureau d'étude structure a modélisé l'ensemble du projet (poids du mur, poussée des terres, surcharges routières) et a déterminé que la contrainte de cisaillement motrice (\(\tau_{\text{mob}}\)) agissant le long du plan de rupture à 4m de profondeur serait de 40 kPa dans le pire scénario de chargement. Nous devons déterminer si cette sollicitation est acceptable en calculant le Facteur de Sécurité.
📚 Référentiel Théorique
Eurocode 7 - État Limite Ultime (ELU)En ingénierie, on ne dimensionne jamais "à la limite". On veut une marge de sécurité. Le Facteur de Sécurité (\(F_{\text{s}}\)) est le ratio entre les forces qui résistent (ce que le sol peut donner) et les forces qui agissent (ce qu'on lui impose).
Si \(F_{\text{s}} = 1\), on est à la rupture imminente.
Si \(F_{\text{s}} < 1\), l'ouvrage est déjà par terre.
Pour un talus ou un mur de soutènement, les normes exigent généralement un \(F_{\text{s}}\) minimal compris entre 1.3 et 1.5 selon la gravité des conséquences d'une rupture.
Le facteur de sécurité global est une méthode simplifiée. L'Eurocode 7 utilise plutôt des "coefficients partiels" (\(\gamma_M, \gamma_F\)) appliqués séparément sur les charges et sur les matériaux (ex: on divise \(\tan \varphi\) par 1.25 et on multiplie les charges par 1.35). Ici, nous utilisons l'approche globale traditionnelle pour la pédagogie.
📋 Données d'Entrée
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Résistance Max (\(\tau_{\text{max}}\)) | 54.44 kPa |
| Sollicitation Motrice (\(\tau_{\text{mob}}\)) | 40.00 kPa |
Le Facteur de Sécurité n'a pas d'unité. C'est un simple nombre (ratio). Assurez-vous que numérateur et dénominateur sont dans la même unité (ici kPa) avant de diviser.
📝 Calcul de Vérification
Comparaison directe entre la capacité (\(54.44 \text{ kPa}\)) et la demande (\(40.0 \text{ kPa}\)).
1. Analyse de la logique de calcul (Ratio de Sécurité)
La manipulation est ici purement arithmétique. Nous comparons deux grandeurs de même nature (des contraintes en kPa). Le calcul est une division simple. L'important est de bien identifier le numérateur (ce qui aide, la résistance) et le dénominateur (ce qui nuit, la charge).
2. Calcul du ratio :
Le sol possède 36% de réserve de résistance par rapport à la charge maximale prévue.
✅ Interprétation Globale et Décision
Le facteur de sécurité obtenu est de 1.36.
Dans la pratique courante (hors Eurocode strict qui utilise des coefficients partiels pondérés), on considère souvent :
- \(F_{\text{s}} < 1.0\) : Instable (Danger)
- \(1.0 < F_{\text{s}} < 1.3\) : Marge insuffisante (Risque élevé)
- \(1.3 \leq F_{\text{s}} < 1.5\) : Acceptable pour des ouvrages provisoires ou peu sensibles.
- \(F_{\text{s}} \geq 1.5\) : Stable à long terme.
Ici, 1.36 est une valeur "limite acceptable". L'ouvrage est stable, mais la marge n'est pas énorme.
Un facteur de 1.36 est réaliste pour un talus naturel stabilisé. Si on avait trouvé 10, le mur serait surdimensionné (trop cher). Si on avait trouvé 0.8, il serait déjà tombé.
Le projet peut être validé, mais sous condition stricte de maîtrise de l'eau. Puisque \(F_{\text{s}}\) est inférieur à 1.5, il faut impérativement empêcher la pression interstitielle de monter. On préconisera donc la mise en place d'un système de drainage performant derrière le mur (géocomposite drainant, barbacanes) pour garantir que l'hypothèse \(u=0\) reste toujours vraie.
📄 Livrable Final (Note de Synthèse G2)
| Ind. | Date | Objet de la modification | Rédacteur |
|---|---|---|---|
| A | 10/10/24 | Première émission | Ing. Martin |
| B | 24/10/24 | Mise à jour suite essais complémentaires | Ing. Martin |
Paramètres intrinsèques dérivés des essais de cisaillement direct (CD) sur les limons argileux.
| Cohésion Effective (\(c'\)) | 19 kPa |
| Angle de Frottement Interne (\(\varphi'\)) | 25° |
| Poids Volumique (\(\gamma\)) | 19 kN/m³ |
L'Ingénieur Stagiaire
L'Expert Géotechnique
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