C'est quoi l'alcali-réaction (RAG) ?
Une réaction chimique entre les alcalins du béton et certaines silices réactives des granulats, en présence d'eau. Elle forme des gels gonflants qui fissurent l'ouvrage — lentement, sur des dizaines d'années.
Trois ingrédients, et il faut les trois
La réaction ne démarre que si trois conditions sont réunies simultanément :
- des granulats réactifs, contenant de la silice sous des formes dites réactives — silice amorphe, opale ;
- des alcalins solubles en quantité suffisante dans la solution interstitielle ;
- un environnement humide.
C'est la bonne nouvelle du diagnostic : supprimer un seul des trois suffit à empêcher la réaction. C'est aussi ce qui structure toute la prévention.
D'où viennent les alcalins
De deux sources, et la seconde surprend : les constituants du béton — essentiellement le ciment — mais aussi l'environnement extérieur. L'exposition à l'eau de mer, aux embruns marins ou aux sels de déverglaçage apporte des alcalins de l'extérieur.
Un béton formulé sans risque peut donc devenir réactif par son environnement. C'est pourquoi la classe d'exposition spécifique compte autant que la formulation.
Le mécanisme et son échelle de temps
La réaction produit des gels gonflants qui fissurent la partie d'ouvrage. C'est une réaction lente, pouvant s'étaler sur des dizaines d'années — un ouvrage peut être parfait à la réception et se fissurer vingt ans plus tard. Aucun contrôle de chantier ne la détecte.
La démarche de prévention
Elle croise deux entrées :
- une catégorie d'ouvrage (I, II ou III), qui traduit l'acceptabilité du risque de dégradation par le maître d'ouvrage pendant la durée d'utilisation ;
- une classe d'exposition spécifique à l'alcali-réaction — XAR1, XAR2 ou XAR3 — qui traduit l'influence de l'environnement sur la probabilité de déclenchement.
Le croisement donne un niveau de prévention A, B ou C. La logique se retient facilement : la catégorie I reste au niveau A quelle que soit l'exposition, la catégorie III passe au niveau C dans tous les cas, et seule la catégorie II — le cas courant — dépend réellement de la classe d'exposition.
Le point juridique qui décide de tout
Le FD P 18-464 doit être prescrit dans les pièces du marché pour être applicable. Ce n'est pas une norme d'application automatique. Un CCTP muet sur l'alcali-réaction ne l'impose pas — et le choix de la catégorie, des classes d'exposition et des niveaux de prévention relève de la responsabilité du maître d'ouvrage.
Textes de référence
- FD P 18-464 (juin 2021) — Béton : dispositions pour prévenir les phénomènes d'alcali-réaction. Remplace les recommandations LCPC de juin 1994
- NF EN 206/CN, article 5.2.3.5 et NA 5.2.3.5 — prévention de l'alcali-réaction
- FD P 18-542 — classification des granulats vis-à-vis de l'alcali-réaction
- NF P 18-454 et FD P 18-456 — essai de performance sur béton, durées d'essai et interprétation
Les références sont citées pour vous permettre de les consulter. Le texte des normes est protégé et n'est pas reproduit ici.
Mettre cette notion en pratique
Les exercices corrigés qui appliquent exactement ce qui précède.