Exercice corrigé EN 1992-1-1 NF P 94-261 NF P 06-111 Eurocode 2 Eurocode 7

Dimensionnement d'une Semelle Filante

GCÉquipe EtudiantGénieCivilMis à jour le 25 mars 2026 34 min de lecture
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DOSSIER TECHNIQUE N° GEO-2026-084

Dimensionnement d'une Semelle Filante

Mission G2 AVP - Bureau d'Études Structures
1. Contexte de la MissionPHASE : AVANT-PROJET (AVP)
📝 Situation du Projet

Dans le cadre de la construction de la future "Résidence L'Opale", un immeuble de logements collectifs de type R+3 situé dans un environnement péri-urbain, notre bureau d'études a été mandaté pour valider les fondations de l'ouvrage.

Les sondages géotechniques préliminaires (mission G1) ont mis en évidence la présence d'une couche d'argile limoneuse en surface, surmontant une puissante assise de graves argileuses compactes située à une profondeur de \( -1.50 \text{ m} \) par rapport au terrain naturel (TN). Les descentes de charges (DDC) issues de la modélisation de la superstructure indiquent que les murs de refend en béton armé transmettent des charges linéiques considérables aux fondations.

La typologie de la structure, composée de voiles porteurs continus, impose naturellement le choix de semelles filantes (également appelées fondations continues). L'enjeu majeur de cette étude est double :

  • S'assurer que la contrainte transmise par la fondation au sol ne dépasse pas la capacité portante de ce dernier, afin d'écarter tout risque de rupture par poinçonnement ou de tassements différentiels excessifs.
  • Dimensionner les sections d'armatures nécessaires pour reprendre les efforts de traction générés à la base de la semelle par la flexion transversale.
🎯
Votre Mission d'Ingénieur :

En tant qu'Ingénieur Calcul Structures, vous devez dimensionner intégralement une semelle filante sous voile porteur. Vous devrez déterminer sa géométrie optimale (la largeur \( B \) et la hauteur \( h \)), vérifier la sécurité vis-à-vis de la portance du sol, puis calculer et définir les plans de ferraillage (armatures transversales et longitudinales) en respectant scrupuleusement les Eurocodes et les règles de l'art (DTU 13.1.2).

🌍 COUPE STRATIGRAPHIQUE ET DÉTAIL DE LA FOUILLE
TN (0.00 m) -0.50 m -1.50 m -2.00 m Couche 1 : Terre Végétale Couche 2 : Argile Limoneuse Couche 3 : Graves Argileuses (Assise) Béton de propreté Charge DDC Largeur Hauteur Épaisseur voile
Coupe géotechnique annotée. Le bon sol d'assise se situe à -1.50 m, imposant une fouille profonde pour encastrer la fondation à l'abri du gel et de l'argile molle.
📌
Note du Responsable Technique (Ingénieur en Chef) :

"Attention à la méthode de calcul employée ! Bien que certains logiciels utilisent des modèles par éléments finis élastiques, la tradition française et les DTU pour des fondations sur sol homogène privilégient fortement la Méthode des Bielles. Vérifiez rigoureusement l'enrobage des aciers, car nous coulons sur un béton de propreté, l'humidité environnante classe l'ouvrage en classe d'exposition sévère. Bon courage pour vos calculs !"

2. Données Techniques de Référence

L'ensemble des paramètres géométriques, mécaniques et normatifs ci-dessous définit le cadre restrictif de l'étude. Aucune initiative hors de ce spectre n'est tolérée pour ce dimensionnement.

📚 Référentiel Normatif & Légal
Eurocode 2 (EN 1992-1-1) - Béton Armé Eurocode 7 (EN 1997-1) - Géotechnique DTU 13.12 - Règles pour le calcul des fondations superficielles
⚙️ Caractéristiques Matériaux & Sols
GÉOTECHNIQUE (SOL D'ASSISE)
Contrainte admissible à l'État Limite Ultime (\( q_{\text{ELU}} \))\( 0.50 \text{ MPa} \) (soit \( 500 \text{ kN/m}^2 \))
Contrainte admissible à l'État Limite de Service (\( q_{\text{ELS}} \))\( 0.35 \text{ MPa} \) (soit \( 350 \text{ kN/m}^2 \))
BÉTON (C25/30)
Résistance caractéristique en compression (\( f_{\text{ck}} \))\( 25 \text{ MPa} \)
Poids volumique du béton armé (\( \gamma_{\text{BA}} \))\( 25 \text{ kN/m}^3 \)
Enrobage nominal des armatures (\( c_{\text{nom}} \))\( 4 \text{ cm} \) (coulage sur béton de propreté)
ACIER (HA B500B)
Limite d'élasticité garantie (\( f_{\text{yk}} \))\( 500 \text{ MPa} \)
Coefficient de sécurité partiel acier (\( \gamma_{\text{s}} \))\( 1.15 \) (Situations Durables)
📐 Géométrie de la Superstructure
  • Épaisseur du voile en béton armé (\( b_0 \)) : \( 0.20 \text{ m} \) (soit \( 20 \text{ cm} \))
  • Longueur de la semelle filante : Considérée par mètre linéaire (\( 1.00 \text{ m} \)) pour le calcul.
⚖️ Sollicitations issues de la DDC (à la base du voile)

Les efforts sont donnés non pondérés par le poids propre de la semelle. Ils représentent l'action du voile sur la fondation.

Charge linéique à l'État Limite Ultime (\( q_{\text{Ed}} \)) \( 450 \text{ kN/m} \)
Charge linéique à l'État Limite de Service (\( q_{\text{Ser}} \)) \( 320 \text{ kN/m} \)
MODÈLE STATIQUE THÉORIQUE ET DÉFORMÉE DE LA FONDATION
Bulbe de contraintes Zone de traction Charge du mur Réaction Répartie du Sol Largeur Flexion transversale
Modélisation physique : La semelle agit comme une poutre inversée reposant sur le voile. La réaction du sol courbe les ailes vers le haut, générant une traction maximale sous le mur.
📋 Récapitulatif des Données Clés pour le Calcul
DonnéeValeurUnité
Charge descendante ELU\( 450 \)\( \text{kN/m} \)
Charge descendante ELS\( 320 \)\( \text{kN/m} \)
Portance du Sol admissible ELU\( 500 \)\( \text{kN/m}^2 \) (\( \text{kPa} \))
Portance du Sol admissible ELS\( 350 \)\( \text{kN/m}^2 \) (\( \text{kPa} \))
Épaisseur du mur central (\( b_0 \))\( 0.20 \)\( \text{m} \)

E. Protocole de Résolution de l'Ingénieur

La conception d'une fondation superficielle requiert une démarche itérative et ordonnée. Le dimensionnement géométrique précède obligatoirement le dimensionnement structurel (armatures), car le poids propre de la fondation modifie lui-même les contraintes au sol.

1

Dimensionnement Géométrique en Plan

Déterminer la largeur minimale de la semelle afin de ne dépasser la portance du sol ni à l'ELS, ni à l'ELU, en fonction des charges apportées par le voile.

2

Détermination de la Hauteur & Vérification

Assurer le comportement rigide de la semelle pour légitimer l'hypothèse d'une répartition uniforme des contraintes sur le sol. Ensuite, vérifier la contrainte réelle en intégrant le poids propre du béton ajouté.

3

Calcul du Ferraillage Transversal (Méthode des Bielles)

Calculer la section d'acier perpendiculaire à l'axe du mur, qui sera chargée de reprendre l'effort de traction généré à la base de la semelle par l'étalement des charges dans le béton.

4

Ferraillage Longitudinal et Dispositions Constructives

Compléter la cage d'armatures par des aciers de répartition longitudinaux et s'assurer que les minimums forfaitaires imposés par les normes (pour éviter la fissuration prématurée) sont respectés.

CORRECTION

Dimensionnement d'une Semelle Filante

1
Dimensionnement Géométrique (Largeur et Hauteur)
🎯 Objectif de l'étude géométrique

L'objectif primordial de cette première étape fondatrice est de déterminer les proportions physiques de l'interface entre la structure et le sol. D'une part, nous devons évaluer l'emprise au sol minimale, c'est-à-dire la largeur. Cette surface de contact doit être suffisamment vaste pour diffuser les efforts colossaux transmis par le voile en béton sans risquer d'excéder la capacité de résistance au cisaillement du sol (le poinçonnement) ni d'induire des tassements excessifs.

D'autre part, nous devons statuer sur l'épaisseur de cet élément en béton. Une fondation trop fine se comporterait comme une poutre souple, se courbant sous la charge et créant des pics de contraintes dévastateurs sous l'axe du mur, tout en décollant sur ses bords. Notre but est donc de définir un massif aux proportions garantissant une rigidité absolue.

📚 Référentiel Normatif Appliqué
  • Eurocode 7 (EN 1997-1) : Principes généraux de justification géotechnique des fondations superficielles.
  • NF P 94-261 (FAS) : Norme française d'application de l'EC7 pour les Fondations Appliquant des Sollicitations superficielles.
  • NF DTU 13.12 : Règles de calcul pour la détermination des hauteurs de semelles rigides (Condition du débord).
🧠 Réflexion de l'Ingénieur

Toute étude de fondation débute par une analyse critique de la capacité du sol, car c'est systématiquement le maillon faible de l'interaction sol-structure. Le béton armé résiste allègrement à plusieurs dizaines de Mégapascals, tandis que notre sol d'assise plafonne ici à \( 0.50 \text{ MPa} \).

La stratégie de dimensionnement requiert de vérifier séparément deux états limites majeurs. L'État Limite de Service (ELS), basé sur les charges quotidiennes non pondérées, prévient les déformations et les tassements inacceptables à long terme. L'État Limite Ultime (ELU), intégrant des coefficients de sécurité majorants, prévient la rupture catastrophique du sol.

Je dois donc mener les deux calculs en parallèle et retenir la largeur la plus défavorable. Ensuite, pour des raisons de constructibilité, je devrai arrondir cette dimension théorique au multiple de \( 5 \) ou \( 10 \text{ cm} \) supérieur, car on ne demande pas à un terrassier de creuser une fouille au millimètre près.

📘 Rappel Théorique Magistral : Pression Uniforme et Rigidité

Le dimensionnement classique d'une semelle repose sur l'hypothèse de la répartition uniforme des contraintes (Modèle de Boussinesq simplifié). Si une charge est parfaitement centrée sur un bloc indéformable, la pression sous ce bloc est constante en tout point : c'est le quotient de l'effort normal par la surface de contact.

Toutefois, pour que la contrainte sol-béton soit réellement uniforme, la fondation doit être "rigide". Le DTU 13.12 traduit cette nécessité mécanique par une règle géométrique simple : tout débord de la fondation par rapport à son point d'appui (le mur) doit s'inscrire dans un cône de diffusion des contraintes formant un angle d'environ \( 45^\circ \), ou d'une pente de un pour deux. Concrètement, cela impose que la hauteur utile soit au moins égale au quart de la largeur débordante totale.

📐 Formules Clés du Dimensionnement
Formule 1 : Condition de Portance (Surface)

La largeur théorique s'isole de la formule de pression uniforme. La contrainte (ou pression) au sol s'exprime par le rapport de la force sur la surface d'appui. Pour une semelle filante modélisée sur une tranche de 1 mètre de profondeur, la surface de contact se simplifie. La force verticale correspond à notre charge linéique.

En posant la condition de non-poinçonnement, nous obtenons l'inéquation fondamentale. Par manipulation algébrique (multiplication par la largeur et division par la contrainte admissible), on isole la dimension recherchée :

\[ \begin{aligned} \sigma &= \frac{F}{S} \\ &= \frac{q}{B \times 1} \\ &= \frac{q}{B} \end{aligned} \] \[ \begin{aligned} \sigma &\le q_{\text{admissible}} \\ \frac{q}{B} &\le q_{\text{admissible}} \\ B &\ge \frac{q}{q_{\text{admissible}}} \end{aligned} \]

Ici, la lettre \( q \) représente la descente de charge linéique et \( q_{\text{admissible}} \) représente la contrainte de rupture du sol pondérée correspondante.

Formule 2 : Condition de Rigidité (Hauteur Utile)

La hauteur utile (distance entre la fibre la plus comprimée et le centre de gravité des aciers tendus) doit respecter le critère d'angle de diffusion. Géométriquement, la charge doit se diffuser depuis le bord du voile jusqu'au bord de la semelle. Pour que le poinçonnement soit évité et que le béton travaille comme un bloc rigide, la norme empirique (DTU) impose que la tangente de l'angle de diffusion soit supérieure à environ 0.5 (pente de 1 pour 2).

Mathématiquement, le rapport entre la hauteur et le débord de la semelle définit cette pente. En multipliant les deux membres par le dénominateur gauche, on obtient la formule finale :

\[ \begin{aligned} \text{Pente} &= \frac{d}{\text{Débord}} \\ &= \frac{d}{\frac{B - b_0}{2}} \end{aligned} \] \[ \begin{aligned} \frac{d}{\frac{B - b_0}{2}} &\ge \frac{1}{2} \\ d &\ge \frac{B - b_0}{4} \end{aligned} \]
📋 Données d'Entrée Restituées
ParamètreNotationValeur Convertie pour le Calcul
Charge linéique de ServiceCharge de service\( 320 \text{ kN/m} \)
Charge linéique UltimeCharge ultime\( 450 \text{ kN/m} \)
Contrainte Admissible Sol (ELS)Capacité portante de service\( 350 \text{ kN/m}^2 \) (soit \( 0.35 \text{ MPa} \))
Contrainte Admissible Sol (ELU)Capacité portante ultime\( 500 \text{ kN/m}^2 \) (soit \( 0.50 \text{ MPa} \))
Épaisseur du murÉpaisseur du voile\( 0.20 \text{ m} \)
💡 Astuce de l'Expert Géotechnicien

Dans 90 pourcents des cas courants sur des sols sédimentaires modérément compressibles (comme nos graves argileuses), c'est la condition ELS (tassement) qui gouverne la largeur de la fondation, et non la condition ELU (rupture). Vérifiez toujours l'ELS en premier.

Par ailleurs, assurez-vous de convertir strictement toutes vos pressions de Mégapascals vers des kiloNewtons par mètre carré pour conserver une homogénéité parfaite avec les descentes de charges données en kiloNewtons par mètre.

📝 Calculs Détaillés
1. Détermination de la largeur requise à l'État Limite de Service (ELS)

Nous évaluons la dimension nécessaire pour maintenir les déformations du sol dans une plage élastique admissible. En partant de l'inéquation de base, on isole la variable et on substitue les données numériques :

\[ \begin{aligned} B_{\text{ELS}} &\ge \frac{q_{\text{Ser}}}{q_{\text{ELS}}} \\ &\ge \frac{320 \text{ kN/m}}{350 \text{ kN/m}^2} \\ &\ge 0.914 \text{ m} \end{aligned} \]

Le résultat mathématique brut indique qu'une emprise de 91.4 centimètres est indispensable vis-à-vis des critères de déformation quotidienne.

2. Détermination de la largeur requise à l'État Limite Ultime (ELU)

Nous vérifions ensuite la dimension requise pour empêcher l'enfoncement brutal de l'immeuble sous des charges extrêmes majorées, selon la même logique de substitution :

\[ \begin{aligned} B_{\text{ELU}} &\ge \frac{q_{\text{Ed}}}{q_{\text{ELU}}} \\ &\ge \frac{450 \text{ kN/m}}{500 \text{ kN/m}^2} \\ &\ge 0.900 \text{ m} \end{aligned} \]

Le calcul ultime exige 90.0 centimètres de largeur. La condition la plus sévère est donc bien dictée par l'ELS (\( 0.914 \text{ m} \)). Pour des raisons d'exécution sur chantier, nous adopterons une largeur forfaitaire de \( 1.00 \text{ m} \).

3. Dimensionnement altimétrique (Condition de rigidité)

En retenant la largeur d'exécution de 1.00 mètre, nous calculons la hauteur utile minimale théorique permettant au béton de travailler comme un socle rigide en résolvant la fraction géométrique :

\[ \begin{aligned} d_{\text{min}} &= \frac{B - b_0}{4} \\ &= \frac{1.00 \text{ m} - 0.20 \text{ m}}{4} \\ &= \frac{0.80 \text{ m}}{4} \\ &= 0.20 \text{ m} \end{aligned} \]

La fibre neutre de l'acier doit se trouver à au moins 20 centimètres du sommet de la semelle. Pour obtenir la hauteur totale globale du coffrage, on ajoute forfaitairement 5 centimètres pour l'enrobage normatif de 4 centimètres et le rayon de la barre d'acier.

4. Calcul de la hauteur finale de coffrage

Addition de la hauteur utile et des sujétions d'enrobage pour définir le volume de bétonnage.

\[ \begin{aligned} h &= d_{\text{min}} + \text{enrobages} \\ &= 0.20 \text{ m} + 0.05 \text{ m} \\ &= 0.25 \text{ m} \end{aligned} \]

Une hauteur de 25 centimètres est le minimum absolu. Par convention dans les bâtiments collectifs R+3, et pour faciliter le coulage et gagner en inertie, nous choisirons de surdimensionner très légèrement l'épaisseur à 30 centimètres.

👁️ VISUALISATION : CÔNE DE DIFFUSION ET CONDITION DE RIGIDITÉ
Angle Pente 1:2 Aciers tendus d = 0.25 m h = 0.30 m Largeur B = 1.00 m Voile = 0.20 m Débord = 0.40 m
La hauteur utile de la semelle doit être suffisamment importante pour que la charge du mur (faisceau rouge) se diffuse jusqu'aux aciers sans dépasser un angle de poinçonnement d'environ 45 degrés.
✅ Interprétation Globale de l'Étape 1

La confrontation des exigences de déformation (ELS) et de résistance (ELU) a démontré que le critère de tassement est dimensionnant. Par itération et bon sens constructif, nous figeons la géométrie du prisme de fondation à des cotes rondes et sécuritaires : Une largeur de 1.00 mètre et une hauteur totale de 0.30 mètre. Cette épaisseur octroie un comportement parfaitement rigide, validant définitivement l'hypothèse de répartition uniforme des contraintes.

⚖️ Analyse de Cohérence

Les proportions obtenues (100 centimètres de large pour 30 centimètres d'épais) donnent un élancement de l'ordre de un tiers, ce qui est extrêmement caractéristique et visuellement cohérent avec l'anatomie classique d'une semelle continue sous mur banché pour un immeuble moyen. Une largeur de 3 mètres aurait été le signe d'un sol de très mauvaise qualité exigeant le passage sur fondations profondes.

⚠️ Points de Vigilance

L'erreur classique du projeteur débutant est de s'arrêter à cette étape en validant la contrainte du sol ! C'est une faute grave. Les calculs effectués ci-dessus prouvent que le sol supporte le mur, mais ils ont totalement occulté le propre poids de cet énorme bloc de béton que nous venons de modéliser. Cette géométrie brute doit impérativement faire l'objet d'un rétro-contrôle (Étape 2).

2
Vérification des Contraintes incluant le Poids Propre
🎯 Objectif de la vérification gravitationnelle

L'objectif de cette étape de contrôle est strict : valider formellement que le sol d'assise ne sera pas mis en rupture une fois la semelle coulée. Dans l'étape 1, nous avons défini un bloc de béton armé mesurant 1.00 mètre de large sur 0.30 mètre de haut. Or, le béton est un matériau extrêmement lourd. Pour chaque mètre linéaire d'ouvrage, ce volume représente une masse morte additionnelle qui agit verticalement sur la couche de graves argileuses, en symbiose avec l'effort du mur.

Nous devons impérativement quantifier cette surcharge gravitationnelle, la pondérer, et revérifier la contrainte de contact réelle.

📚 Référentiel Normatif Appliqué
  • Eurocode 0 (EN 1990) : Bases de calcul structural, combinaisons d'actions et coefficients partiels.
  • NF P 06-111 : Charges permanentes et masses volumiques des matériaux de construction.
🧠 Réflexion de l'Ingénieur

La démarche algorithmique ici est simple mais ne tolère aucune erreur d'omission. Je dois isoler mentalement un tronçon de 1.00 mètre linéaire de notre fondation. Je calcule le volume géométrique de ce parallélépipède, que je multiplie par le poids spécifique du béton armé (qui inclut intrinsèquement la densité de la matrice cimentaire et le poids de l'acier qui y sera noyé). Une fois cet effort mort obtenu, il constitue une Charge Permanente pure.

Étant donné que son effet augmente la pression sur le sol, son action est strictement défavorable. Par conséquent, je dois lui appliquer le coefficient majorateur de sécurité normatif propre aux actions permanentes défavorables à l'ELU, soit un coefficient majorateur de 1.35. J'additionnerai ensuite cet effort pondéré à la charge du mur pour juger le sol en configuration ultime.

📘 Rappel Théorique Magistral : Les densités des matériaux lourds

Dans l'ingénierie du Génie Civil, le poids n'est jamais un détail. Le béton non armé possède une densité théorique d'environ 24 kiloNewtons par mètre cube (soit 2.4 tonnes au mètre cube). Cependant, les armatures en acier qui vont venir quadriller notre fondation pèsent beaucoup plus lourd.

Les comités normatifs ont établi une valeur conventionnelle globale et forfaitaire facilitant les calculs structuraux courants : le poids volumique du béton armé est pris égal à 25 kiloNewtons par mètre cube.

📐 Formules Clés du Contrôle Global
Formule 1 : Poids Linéique de la Fondation

L'effort propre engendré par le bloc de béton s'exprime en kiloNewtons par mètre linéaire. La masse d'un objet rectangulaire est le produit de son volume par sa masse volumique. Pour un tronçon de fondation de longueur unitaire, le volume est un parallélépipède. En multipliant ce volume par le poids volumique conventionnel du béton armé, on isole l'effort descendant :

\[ \begin{aligned} P_{\text{semelle}} &= V_{\text{semelle}} \times \gamma_{\text{BA}} \\ &= (B \times h \times 1.00 \text{ m}) \times \gamma_{\text{BA}} \\ &= B \times h \times \gamma_{\text{BA}} \end{aligned} \]
Formule 2 : Action Verticale Cumulée (ELU)

Somme vectorielle des efforts agissant à l'interface sol/structure. Le poids propre étant une charge permanente défavorable, l'Eurocode 0 impose de le multiplier par le coefficient partiel de sécurité. On l'ajoute ensuite à la charge ultime de la superstructure.

\[ \begin{aligned} q_{\text{ELU, tot}} &= q_{\text{Ed}} + (\gamma_{\text{G}} \times P_{\text{semelle}}) \\ &= q_{\text{Ed}} + (1.35 \times P_{\text{semelle}}) \end{aligned} \]
Formule 3 : Contrainte Réelle Transmise

Évaluation de la pression ultime réelle exercée sur l'horizon porteur, en appliquant de nouveau le théorème de Boussinesq.

\[ \begin{aligned} \sigma_{\text{sol, ELU}} &= \frac{q_{\text{ELU, tot}}}{B \times 1.00 \text{ m}} \end{aligned} \]
📋 Données d'Entrée Restituées
ParamètreValeur pour le Calcul
Largeur d'appui1.00 m
Hauteur de béton0.30 m
Densité volumique Béton Armé25 kN/m³
Descente de charges du voile (ELU)450 kN/m
Capacité limite du sol d'assise (ELU)500 kN/m²
💡 Astuce de l'Expert Modélisateur

Une question récurrente sur les chantiers : faut-il aussi ajouter le poids de la terre qui vient remblayer les côtés de la fondation au-dessus des patins débordants ? La réponse rigoureuse est oui.

Néanmoins, en ingénierie de bâtiment standard, le gain de portance latérale engendré par cet encastrement (effet de butée) compense ou excède souvent le poids du remblai. La méthode simplifiée autorise donc à omettre le poids des terres sur les patins, se concentrant uniquement sur le béton.

📝 Calculs Détaillés
1. Évaluation gravitaire du prisme de béton

Calcul de la charge linéaire pure induite par la masse du coffrage, non encore pondérée par les coefficients de sécurité, en multipliant les dimensions validées à l'étape 1.

\[ \begin{aligned} P_{\text{semelle}} &= B \times h \times \gamma_{\text{BA}} \\ &= 1.00 \text{ m} \times 0.30 \text{ m} \times 25 \text{ kN/m}^3 \\ &= 0.30 \text{ m}^2 \times 25 \text{ kN/m}^3 \\ &= 7.50 \text{ kN/m} \end{aligned} \]

Chaque mètre de mur doit soutenir une ancre de 750 kilogrammes. Cette valeur est physiologiquement très réaliste pour une poutre de fondation massive.

2. Superposition pondérée des actions à l'ELU

Nous cumulons l'effort transmis par la structure et l'effet du poids propre pondéré pour modéliser le pire scénario de contrainte pour le terrain naturel.

\[ \begin{aligned} q_{\text{ELU, tot}} &= q_{\text{Ed}} + (1.35 \times P_{\text{semelle}}) \\ &= 450 \text{ kN/m} + (1.35 \times 7.50 \text{ kN/m}) \\ &= 450 \text{ kN/m} + 10.125 \text{ kN/m} \\ &= 460.125 \text{ kN/m} \end{aligned} \]

La charge linéaire ultime foudroyant le sol s'établit à un peu plus de 460 kiloNewtons par mètre. La part du poids propre ne représente que 10.125 kiloNewtons, soit à peine une fraction de l'effort total.

3. Confrontation avec le paramètre de rupture du sol

Nous divisons l'effort global par la surface réelle d'appui offerte par la géométrie choisie pour statuer sur la sécurité absolue.

\[ \begin{aligned} \sigma_{\text{sol, ELU}} &= \frac{q_{\text{ELU, tot}}}{B \times 1.00 \text{ m}} \\ &= \frac{460.125 \text{ kN/m}}{1.00 \text{ m} \times 1.00 \text{ m}} \\ &= 460.125 \text{ kN/m}^2 \\ &= 460.125 \text{ kPa} \end{aligned} \]
👁️ VISUALISATION : MODÉLISATION ISOMÉTRIQUE DU POIDS PROPRE
Pression du sol = 460.1 kPa Charge Mur = 450 kN/m Poids = 7.5 kN/m Hauteur beton Profondeur unitaire Largeur base
Volume de béton isolé pour un mètre linéaire d'ouvrage. L'équilibre statique global implique que le sol doit supporter la charge du voile (rouge) PLUS le poids volumique intrinsèque de la fondation (orange).
✅ Interprétation Globale de l'Étape 2

Le ratio de vérification s'écrit de manière limpide : la pression réelle exercée à l'État Limite Ultime s'élève à 460.125 kPa. L'étude géotechnique nous garantissait une portance ultime de la grave argileuse à 500 kPa. L'inéquation Pression réelle inférieure à Capacité portante admissible est strictement vérifiée. L'introduction du poids propre du béton n'a pas renversé l'équilibre initial. La stabilité géotechnique de l'ouvrage est mathématiquement démontrée et incontestable.

⚖️ Analyse de Cohérence

Le taux de travail de notre fondation sur le sol s'élève à environ 92 pourcents. Cela signifie que le dimensionnement est parfaitement optimisé : nous n'avons pas sur-consommé de béton inutilement et nous ne frisons pas dangereusement la rupture limite sans marge. C'est l'essence d'une ingénierie saine et économiquement responsable.

⚠️ Points de Vigilance Cruciaux

Le piège absolu guettant l'ingénieur junior réside dans la double-pondération mortelle. Il est vital de questionner l'origine des descentes de charges. Si la valeur transmise par le bureau de calcul structure était une valeur "aux charges de service" ou "non pondérée", et que le concepteur aveugle lui appliquait de lui-même un coefficient majorateur dans cette phase, l'effort fictif exploserait, forçant un redimensionnement massif, onéreux et totalement illusoire de la semelle. Toujours identifier la nature de l'effort source.

3
Calcul du Ferraillage Transversal (Méthode des Bielles)
🎯 Objectif Structurel Principal

La géométrie volumique validée, le bloc de béton va maintenant jouer son rôle de répartiteur de pression. Mécaniquement, sous l'action descendante ultraconcentrée du voile en son centre et la réaction ascendante répartie du sol sur toute son emprise inférieure, la semelle travaille en flexion transversale : ses débords latéraux tendent à se replier vers le haut (phénomène de "la mouette").

En conséquence directe, la fibre inférieure du béton va se tendre. Le béton étant par nature catastrophiquement incompétent pour résister à la traction (il se fracture sans préavis), il exige un apport d'armatures passives. L'objectif cardinal de cette section est de déterminer de façon exacte la section de ces armatures en acier Haute Adhérence, placées perpendiculairement au voile, qui feront office de "couture" infaillible pour empêcher la fissuration en sous-face de la semelle.

📚 Référentiel Normatif Appliqué
  • Eurocode 2 (EN 1992-1-1) : Dimensionnement des structures en béton armé, propriétés de l'acier et coefficients partiels.
  • DTU 13.12 Annexe A : Méthode simplifiée dite "des Bielles" pour les fondations continues rigides.
🧠 Réflexion de l'Ingénieur

Plutôt que de s'embarquer dans la théorie classique de la flexion des poutres (moments d'inertie, calcul d'intégrales d'efforts tranchants) qui s'applique mal aux prismes très trapus comme notre fondation de 30 centimètres d'épaisseur, nous faisons appel au modèle d'équilibre le plus élégant du génie civil classique : la Méthode des Bielles.

Le principe mentalise l'intérieur du béton comme une ferme en treillis. La charge s'écoule depuis le mur vers les bords de la semelle le long de lignes de compression diagonales (les bielles de béton). À la base, ces bielles ont tendance à glisser vers l'extérieur. Pour retenir ce glissement géologique au sein du béton, on tend une "corde" horizontale entre les extrémités des bielles : c'est notre nappe d'acier transversale. En identifiant la force de traction écartant ce tirant, il suffira de diviser cette force par la résistance intrinsèque de l'acier pour quantifier immédiatement le nombre de barres requises.

📘 Rappel Théorique Magistral : Modèle Strut-and-Tie

Le modèle "Bielles et Tirants" repose sur un équilibre de nœuds isostatiques. À l'aplomb du centre de gravité des pressions ascendantes sur un débord, on définit un bras de levier transversal. L'angle de la bielle de compression transférant la force se forme avec le bras de levier vertical.

Par application de la trigonométrie et des moments statiques au centre géométrique du voile, la force horizontale globale qui tire sur la nappe d'armatures inférieures se résout par la formule canonique proportionnelle à l'effort appliqué, l'amplitude des débords, et inversement proportionnelle au bras de levier vertical.

📐 Formules Clés de Ferraillage
Formule 1 : Effort de Traction Interne (La Corde de l'Arc)

La démonstration de cette équation isostatique repose sur l'équilibre des moments d'une demi-semelle. La moitié de la charge du mur descend selon un trajet oblique. En opposition, la réaction du sol exerce une force ascendante de valeur identique. Le centre de poussée de cette réaction du sol se trouve au milieu du demi-débordement de la semelle.

La distance horizontale entre le bord d'appui du mur et ce centre de poussée se déduit géométriquement par le rapport de la largeur débordante sur quatre. En appliquant le principe d'équivalence des moments au niveau du nœud d'encastrement, on écrit l'équilibre. En divisant par la hauteur utile, l'algèbre nous livre la formule simplifiée :

\[ \begin{aligned} \text{Moment}_{\text{sol}} &= \frac{N_{\text{Ed}}}{2} \times \frac{B - b_0}{4} \\ &= \frac{N_{\text{Ed}} \times (B - b_0)}{8} \end{aligned} \] \[ \begin{aligned} F_{\text{traction}} \times d &= \text{Moment}_{\text{sol}} \\ F_{\text{traction}} &= \frac{N_{\text{Ed}} \times (B - b_0)}{8 \times d} \end{aligned} \]
Formule 2 : Section Théorique d'Acier

La Loi de Hooke simplifiée dicte que la section requise est l'effort interne totalisé divisé par la résistance de conception du matériau tendu.

\[ \begin{aligned} f_{\text{yd}} &= \frac{f_{\text{yk}}}{\gamma_{\text{s}}} \\ A_{\text{s}} &= \frac{F_{\text{traction}}}{f_{\text{yd}}} \end{aligned} \]
📋 Données d'Entrée Restituées pour le calcul acier
Paramètre StructurelValeur pour le Calcul
Largeur fondation et Épaisseur mur1.00 m et 0.20 m
Hauteur utile d'équilibre0.25 m
Action descendante créant la flexion0.45 MN/m
Limite d'élasticité Acier ELU434.78 MN/m²
💡 Astuce de l'Expert Calculateur (Le secret des MégaNewtons)

Une erreur d'unité lors du calcul de la section d'acier mène irrémédiablement à des ordres de grandeurs faux (des centimètres carrés qui deviennent des millimètres carrés ou des hectares d'acier). L'astuce imparable est de convertir méticuleusement la force en MégaNewtons. Sachant que la contrainte du béton ou de l'acier en MégaPascals est exactement équivalente par dimension spatiale à des MégaNewtons par mètre carré, la division de l'effort par la contrainte offrira un résultat net et sans bavure en mètres carrés. Un simple produit par dix mille fournira la valeur de chantier classique en centimètres carrés.

📝 Calculs Détaillés du Ferraillage
1. Évaluation de l'intensité de traction à la base

Application numérique de l'équation isostatique du nœud en injectant les dimensions physiques validées précédemment. Le bras de levier transversal est résolu pas-à-pas.

\[ \begin{aligned} F_{\text{traction}} &= \frac{N_{\text{Ed}} \times (B - b_0)}{8 \times d} \\ &= \frac{0.45 \text{ MN/m} \times (1.00 \text{ m} - 0.20 \text{ m})}{8 \times 0.25 \text{ m}} \\ &= \frac{0.45 \text{ MN/m} \times 0.80 \text{ m}}{2.00 \text{ m}} \\ &= \frac{0.36 \text{ MN}}{2.00} \\ &= 0.18 \text{ MN} \end{aligned} \]

La nappe d'armatures inférieures sur chaque mètre de fouille doit être capable de résister à une tension d'écartement latérale de 18 tonnes-forces sans entrer en limite d'allongement plastique.

2. Calcul de la Section Théorique requise

Nous dimensionnons à l'État Limite Ultime, ce qui implique de diviser cette force massive par la résistance de l'acier minorée par le coefficient normatif. En divisant des MégaNewtons par des MégaPascals, on extrait naturellement des mètres carrés.

\[ \begin{aligned} A_{\text{s}} &= \frac{F_{\text{traction}}}{f_{\text{yd}}} \\ &= \frac{0.18 \text{ MN}}{434.78 \text{ MN/m}^2} \\ &= 0.0004140 \text{ m}^2/\text{m} \\ &= 0.0004140 \times 10000 \text{ cm}^2/\text{m} \\ &= 4.14 \text{ cm}^2/\text{m} \end{aligned} \]

Le verdict du calcul est strict : la survie de la semelle dépend de la présence d'au moins 4.14 centimètres carrés d'acier par mètre, coulé perpendiculairement à l'axe du mur de refend.

3. Optimisation et Sélection Commerciale des Aciers

Les usines métallurgiques ne fabriquent pas des sections à la carte. Nous devons recourir aux diamètres standards. Le diamètre d'une barre HA10 est de 10 millimètres, soit 1.0 centimètre. Sa section circulaire se calcule via la formule de l'aire d'un disque. Le nombre de barres requises est le rapport entre la section totale nécessaire et la section d'une seule barre.

\[ \begin{aligned} A_{\text{unitaire}} &= \frac{\pi \times \text{Diamètre}^2}{4} \\ &= \frac{\pi \times (1.0)^2}{4} \\ &= 0.785 \text{ cm}^2/\text{barre} \end{aligned} \] \[ \begin{aligned} n_{\text{barres HA10}} &= \frac{A_{\text{s}}}{A_{\text{unitaire}}} \\ &= \frac{4.14 \text{ cm}^2/\text{m}}{0.785 \text{ cm}^2/\text{barre}} \\ &= 5.27 \text{ barres/m} \end{aligned} \]

Il serait physiquement impossible de placer 5.27 barres. Nous arrondissons à l'entier constructif supérieur garantissant un espacement régulier. 6.66 barres par mètre linéaire correspond à un espacement standard de chantier de 15 centimètres.

👁️ VISUALISATION : MODÈLE DES BIELLES ET TIRANTS (STRUT-AND-TIE)
Nœud Supérieur Nœud A Nœud B Compression Compression Acier Tendu Charge globale Réaction gauche Réaction droite Bras d Levier Horizontal
Modélisation de l'équilibre isostatique : Les charges cheminent en diagonale dans le béton (Bielles comprimées rouges), générant une forte poussée horizontale vers l'extérieur. Le tirant d'acier (bleu) empêche l'écartement des nœuds d'appui.
✅ Interprétation Globale de l'Étape 3

La résolution mathématique de l'équilibre du bloc aboutit à une décision constructive franche. Pour reprendre sereinement la flexion induite, nous optons pour une nappe principale constituée de barres HA10 espacées tous les 15 centimètres. Cette configuration fournit une section acier réelle déployée de 5.24 centimètres carrés par mètre (contre 4.14 théorique). L'excédent capacitaire confère une grande robustesse d'exécution et prévient d'éventuelles microfissurations qui altéreraient l'étanchéité des aciers.

⚖️ Analyse de Cohérence Structurelle

Une section acier transverse de l'ordre de 4 à 6 centimètres carrés par mètre pour une semelle de fondation sous voile lourd est un ratio d'acier "normal" et documenté dans la littérature d'ingénierie. Un résultat de l'ordre de 40 centimètres carrés aurait mis en évidence une épaisseur de béton beaucoup trop fine pour jouer le rôle de socle ou une grave erreur de conversion d'unité en amont.

⚠️ Points de Vigilance sur Chantier

Le calcul suppose l'acier en parfaite position ! Or, la notion de hauteur utile implique que l'acier soit maintenu fermement avec un enrobage exact depuis le fond de la tranchée. Si l'acier est posé à même la terre humide, il rouillera prématurément, son adhérence au béton sera nulle, et le système des bielles s'effondrera instantanément à la mise en charge du bâtiment par désancrage. L'usage de cales à béton sous les aciers lors du ferraillage est crucial.

4
Aciers Longitudinaux et Dispositions Constructives
🎯 Objectif de la Conception Tridimensionnelle

Le dimensionnement mécanique unidirectionnel achevé à l'étape précédente n'est pas suffisant pour garantir la pérennité d'un ouvrage massif coulé in-situ. Le béton, en durcissant, subit un important phénomène de retrait exothermique menant inévitablement à la fissuration spontanée si aucune armature ne coud la matière dans l'axe de la tranchée. De plus, de minuscules variations de portance géologique (points durs ou zones molles locales) peuvent causer une flexion longitudinale de la semelle sous le mur.

L'objectif absolu de cette ultime phase est de statuer sur le ferraillage dit "de répartition" (aciers parallèles au voile) pour rigidifier la cage, lutter contre le retrait thermique et chaîner l'ouvrage de bout en bout.

📚 Référentiel Normatif Appliqué
  • Eurocode 2 (Section Fissuration) : Règles relatives au pourcentage d'armatures minimal passif requis.
  • DTU 13.12 (Aciers Longitudinaux) : Forfaits minimaux conventionnels de ferraillage des semelles filantes (Loi du Quart).
🧠 Réflexion de l'Ingénieur

Dans une fondation sous voile en béton coulé continu, la raideur monolithique du mur supérieur assure de fait une immense inertie globale. Le ferraillage longitudinal de la semelle ne travaille donc presque pas structurellement vis-à-vis des descentes de charges. Par conséquent, les normes n'imposent pas de calculs complexes par intégrations de moments, mais fournissent des garde-fous arithmétiques empiriques prouvés.

L'approche normative s'établit en évaluant la Loi du Quart (la section de répartition longitudinale doit peser un quart de la section transverse résistante) et en la comparant aux abaques stricts minimaux de chaînage anti-fissuration exigés pour la compacité du béton. Nous choisirons logiquement la valeur enveloppe qui respecte toutes ces réglementations avant de dessiner les plans de détails du férailleur.

📘 Rappel Théorique Magistral : La grille de répartition

Les armatures longitudinales croisent orthogonalement les armatures transversales résistantes calculées précédemment, et leur sont liées par des fils de ligature, formant une armature en treillis bidimensionnel (une grille) prête à couler. Elles remplissent trois rôles fonctionnels : Empêcher le déplacement anarchique des barres maîtresses lors du coulage et du vibrage intensif du béton, répartir latéralement les charges ponctuelles aléatoires et assurer une traction résiduelle contre les phénomènes lents de retrait hygrothermique et le lent tassement différentiel du bâtiment.

📐 Formules Clés des Minimums Normatifs
Formule 1 : Règle du Quart (DTU 13.12)

La manipulation mathématique ici est purement réglementaire et proportionnelle. L'exigence relative lie la section répartitrice à la puissance structurelle déployée dans le sens de flexion principal, afin de garantir que l'effort de retrait thermique du béton soit contenu proportionnellement à la masse de l'ouvrage.

\[ \begin{aligned} A_{\text{répartition}} &\ge \frac{1}{4} \times A_{\text{s, calculé}} \end{aligned} \]
Formule 2 : Condition Conventionnelle Absolue de Chaînage

Le code prévoit qu'en deçà d'un certain seuil absolu, une nappe d'acier ne peut être considérée comme structurellement liante. Pour ce type de fondation et de sol, le législateur impose un plancher mathématique forfaitaire.

\[ \begin{aligned} A_{\text{longitudinal, min}} &\ge 2.00 \text{ cm}^2/\text{m} \end{aligned} \]
📋 Données d'Entrée Restituées pour l'exécution
Paramètre AnalyséValeur pour la Phase 4
Section théorique calculée4.14 cm²
Bordure maximale espacement aciersEnviron 30 à 35 cm
Exigence constructibilitéHA8 (moins de 8 millimètres est jugé trop flexible pour marcher dessus)
💡 Astuce de l'Expert Réalisateur (Chef de Chantier)

En bureau d'étude, on est tenté d'être puriste et de demander de très petits fils d'aciers rapprochés. L'astuce est de comprendre la réalité du chantier : si vous proposez des fils de 6 millimètres, les compagnons du ferraillage, avec leurs lourdes chaussures de sécurité, vont tordre et écraser le fond de votre cage d'armature au fond de la fouille. Privilégiez systématiquement des diamètres d'au moins 8 millimètres pour la répartition longitudinale, voire HA10, pour que le squelette de la fondation conserve une rigidité spatiale indéfectible avant le bétonnage.

📝 Calculs Détaillés et Dispositions
1. Évaluation de l'exigence matricielle (Loi du quart)

Nous substituons la valeur transversale obtenue à l'étape 3 dans l'équation proportionnelle pour extraire le quota imposé.

\[ \begin{aligned} A_{\text{r}} &\ge \frac{A_{\text{s}}}{4} \\ &\ge \frac{4.14 \text{ cm}^2/\text{m}}{4} \\ &\ge 1.035 \text{ cm}^2/\text{m} \end{aligned} \]

La norme autorise mathématiquement une section dérisoire d'à peine un centimètre carré (l'équivalent de deux très petites barres). Ce volume est notoirement insuffisant pour chaîner un bloc de ce poids massif.

2. Confrontation avec le garde-fou du chaînage forfaitaire

Nous faisons opérer la fonction algébrique du Maximum pour retenir l'enveloppe la plus pénalisante entre le calcul mathématique fractionnaire issu du DTU et les dispositions constructives conventionnelles de base.

\[ \begin{aligned} A_{\text{retenu}} &= \max(A_{\text{r}}, A_{\text{longitudinal, min}}) \\ &= \max(1.035 \text{ cm}^2/\text{m}, 2.00 \text{ cm}^2/\text{m}) \\ &= 2.00 \text{ cm}^2/\text{m} \end{aligned} \]

L'objectif de dimensionnement cible pour nos armatures est donc définitivement figé à 2.00 centimètres carrés pour chaque tronçon de fondation en largeur.

3. Sélection d'une typologie d'exécution d'armatures

Pour couvrir la largeur d'un mètre avec des fers de maillage maniables, nous adoptons quatre barres dites "filantes". Celles-ci seront uniformément espacées sur la nappe d'assise transversale. Une barre HA8, avec un diamètre de 0.8 centimètre, offre une section unitaire déterminée par l'aire du disque. Nous calculons l'accumulation de ces sections.

\[ \begin{aligned} A_{\text{unitaire}} &= \frac{\pi \times (0.8)^2}{4} \\ &= 0.503 \text{ cm}^2 \end{aligned} \] \[ \begin{aligned} A_{\text{r, réel}} &= 4 \times A_{\text{unitaire}} \\ &= 4 \times 0.503 \text{ cm}^2 \\ &= 2.012 \text{ cm}^2/\text{m} \end{aligned} \]

Le choix pragmatique de déployer quatre barres HA8 satisfait intégralement aux exigences cumulées avec une précision chirurgicale.

👁️ VISUALISATION : MAILLAGE DES ARMATURES (VUE EN PLAN)
Bord de coffrage Emprise Mur porteur Fils horizontaux Fils verticaux Ligatures croisées 15 cm 30 cm Bordure
Vue en plan de la cage d'armatures prête au bétonnage. Les aciers transversaux (bleus) garantissent la résistance à la flexion, tandis que les aciers longitudinaux (verts) assurent le chaînage anti-fissuration.
✅ Interprétation Globale de l'Étape 4

La définition tridimensionnelle du ferraillage inférieur de la semelle filante est désormais close et parfaitement équilibrée. Les quatre filants de diamètre 8 millimètres (HA8) courront parallèlement au mur sur toute la longueur de la fouille géotechnique. Liées solidement aux aciers transversaux principaux (HA10 tous les 15 centimètres), ces armatures de répartition vont conférer au béton frais une squelette structurel résilient. L'ouvrage ne fissurera pas lors de sa prise thermique et diffusera les potentiels affaissements anarchiques du terrain avec une rigidité monolithique certifiée.

⚖️ Analyse de Cohérence des Mailles

Ces quatre barres longitudinales HA8, astucieusement équiréparties sur le mètre de largeur (offrant un vide d'environ 30 centimètres entre chaque barre), génèreront sur site une maille parfaitement rectangulaire avec l'acier transversal principal (15 centimètres par 30 centimètres). Cet entraxe garantit un glissement fluide et homogène du béton lors du coulage (le gros gravier des formulations de fondation passant sans entrave, empêchant les redoutables vides d'air internes ou nids d'abeille).

⚠️ Points de Vigilance d'Exécution

Le diable se cache dans les continuités. Les barres de 6 mètres commandées par le chantier ne font évidemment pas la taille complète du futur bâtiment. Lors de la mise en place de ces filants de répartition HA8 bout-à-bout, il est rigoureusement impératif d'assurer un recouvrement normatif entre deux barres (un croisement superposé d'environ 50 fois le diamètre de la barre, soit 40 centimètres pour du HA8), vigoureusement lié, pour que la force de chaînage ne s'interrompe jamais le long de la Résidence.

📄 Livrable Final (Note de Synthèse d'Exécution)

BON POUR EXE
Projet : Résidence L'Opale (R+3)
NOTE DE CALCULS - FONDATION SEMELLE FILANTE - REPERE S1
Affaire :GEO-2026-084
Phase :EXE
Date :22/02/2026
Indice :A
Ind.DateObjet de la modificationRédacteur
A22/02/2026Création du document / Première diffusion EXEÉquipe BE Ingénierie
1. Hypothèses & Données d'Entrée Restituées
1.1. Référentiel Normatif Appliqué
  • Béton Armé : Eurocode 2 - EN 1992-1-1
  • Fondations et portance : Eurocode 7 & NF DTU 13.12
  • Hypothèse de terrain plat et charge purement centrée verticale.
1.2. Données Mécaniques Synthétiques
Contrainte Admissible Sol (ELU)\( 500 \text{ kPa} \) (\( 0.50 \text{ MPa} \))
Contrainte Admissible Sol (ELS)\( 350 \text{ kPa} \) (\( 0.35 \text{ MPa} \))
Masse volumique béton armé\( 25 \text{ kN/m}^3 \)
Limite Élasticité Acier (HA)\( 500 \text{ MPa} \)
2. Note de Calculs Justificative

Résultats analytiques tirés du dimensionnement théorique de l'étude principale.

2.1. Contrôle Géométrique & Poinçonnement (ELS/ELU)
Largeur minimale requise (ELS pénalisant) :
\[ \begin{aligned} B &= \frac{q_{\text{Ser}}}{q_{\text{ELS}}} \\ &= 0.91 \text{ m} \end{aligned} \]
Contrainte réelle intégrée ELU (Poids propre inclus) :
\[ \begin{aligned} \sigma_{\text{sol, ELU}} &= 460.1 \text{ kPa} \end{aligned} \]
Taux de travail sur le sol porteur :
\[ \begin{aligned} \text{Taux} &= \frac{460.1}{500} \\ &= 92 \% \end{aligned} \]
2.2. Aciers (Méthode des Bielles)
Effort Traction Nappe Inférieure :
\[ \begin{aligned} F_{\text{traction}} &= 0.18 \text{ MN} \end{aligned} \]
Section de ferraillage théorique :
\[ \begin{aligned} A_{\text{s}} &= 4.14 \text{ cm}^2/\text{m} \end{aligned} \]
3. Conclusion & Décision
DÉCISION TECHNIQUE FINALE
✅ DIMENSIONNEMENT ET FERRAILLAGE VALIDÉS
Géométrie finale prescrite : Semelle de Largeur \( 1.00 \text{ m} \) x Hauteur \( 0.30 \text{ m} \)

Ferraillage transversal : Nappe HA10 Espacement \( 15 \text{ cm} \)
Ferraillage longitudinal : 4 filants continus de répartition (HA8)
4. Plan d'Exécution de la Cage d'Armatures (Coupe Transversale)
Terre d'assise Béton de propreté VOILE BA Axe de fondation Acier Transversal Acier Longitudinal Attentes de Voile Largeur Hauteur Mur Enrobage de protection
Ingénieur d'Études Rédacteur :
A. DUBOIS (Calculateur Structure)
Directeur Technique Approbateur :
Dr. E. LEFEBVRE (Validateur Géotech)
VISA DE CONTRÔLE G2
VALIDÉ CONFORME
EUROCODES ET DTU
(Date: 22 Février 2026)
EXERCICE PÉDAGOGIQUE AVANCÉ - FONDATIONS SUPERFICIELLES EN BÉTON ARMÉ
Exercices fondationÉtape 6 sur 22

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